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Tous les billets de la catégorie Histoire

Généalogie

Histoire, Son 0 commentaire »
4 fév 2010

Syntone, tenu par Etienne Noiseau, est le blog à suivre quand on s’intéresse à la création radio. Son dernier post en date, évoquant le très beau livre dirigé par Christian Rosset, qui paraît chez Phonurgia Nova éditions*, pose la question de l’hommage, de sa valeur au présent. D’où je tire cette phrase : “De son vivant, Paranthoën était déjà une exception. Peut-on bâtir un modèle à partir d’une exception ? ” Là se trouve une tension partagée, ici et ailleurs, commune à bien des domaines sans doute : comment faire cohabiter la conscience d’une généalogie, d’une série de références, et la création au présent ?

Christian Rosset, qui travaille régulièrement pour Les Passagers de la Nuit, avec des “Avis d’orage” totalement contemporains, sera dans la position de l’invité demain vendredi à 23h. On parlera de Claude Ollier, auteur et homme de radio à l’Atelier de création radiophonique, où il a beaucoup travaillé avec Yann Paranthoën. Il sera question du livre, bien évidemment.

>>> lire le billet d’Etienne Noiseau sur Syntone… 

* je dois à l’honnêteté d’écrire que je participe à ce livre à travers une interview d’YP datant de 2004.

Pop, Rémo !

Histoire, Son, Journalisme 0 commentaire »
26 oct 2009

Rémo Forlani, homme de radio. Il faisait partie de cette génération qui s’était rêvée autre - écrivain surréaliste, peintre, peut-être. Et qui, enrichi de son parcours et de cet horizon, s’était retrouvée derrière un micro pour faire autre chose. De la radio.

J’avais parlé deux fois avec Rémo Forlani. Il se baladait souvent dans le coin des Gobelins, à Paris. Je me souviens de lui, sortant à toutes bombes du marchand de journaux, ou assis tranquillement sur un banc, une grande jambe sur une autre, ou au café - l’Interlude ou le Canon des Gobelins… C’est à cette dernière table que je l’ai aperçu une dernière fois, en septembre je crois, à l’orée du boulevard Arago, qui fut aussi celui de Tardieu et de Crémieux, autres voix de radio…

Rémo Forlani m’avait dit quelques mots sur Gérard Sire, dont il fut le collaborateur dans sa maison de production “Pilote productions” dans les années 60 : une ruche créatrice où se retrouvaient aussi Jean Yanne, Jacques Martin, Claude Lelouch… Dans son autobiographie “Toujours vif et joyeux”, il donnait l’impression d’un slalomeur dans la vie artistique. Cinéma, théâtre, dessin, radio… Compagnon de route de Resnais, scénariste pour un Tintin de cinéma, travaillant à la télé, à la radio. Et connaissant son premier grand succès au théâtre.

Ses lignes donnent l’impression qu’il n’était pas peu fier de ce slalom et en même temps, comme souvent, le regret d’un manque de reconnaissance par manque de “spécialité”. Voix parlant de cinéma sur RTL, Rémo Forlani a eu la vie d’un pionnier de la pop culture, et du mélange artistique qui l’accompagne. Pop, Rémo, pop !

Podcast 1930

Histoire, Son 1 commentaire »
13 juin 2009

Tout est dans tout, et inversement. Et depuis longtemps, surtout. L’essaimage des contenus, la fragmentation de la diffusion… Voilà des idées qui reviennent de temps en temps dans les lignes du présent blog.
Mais ça ne date pas d’hier. Le flux des programmes hertziens est une illusion de flux. En matière de broadcast radiophonique plus encore qu’ailleurs.
Le métier de la radio c’est intrinsèquement de découper. Monter un reportage, c’est découper. Calibrer un documentaire, c’est découper. Faire d’une fiction une série, c’est découper.

Mieux, la radio a inventé le principe du programme à la carte. Ca s’appelle la syndication. Pareil que le dernier S de RSS : Real Simple Syndication. Mais depuis des lustres.
La syndication, c’est le principe de faire diffuser ses programmes à l’unité, par décrochage ou reprise.
Les Etats-Unis ont une grande pratique de la chose, les radios locales faisant partie de grands réseaux, de grands “networks”, auxquels elles se raccrochent entre deux moments de programmes natifs, locaux.
La France a moins cette tradition, mais le réseau France Bleu, à Radio France, est un exemple de syndication. Les banques de programmes musicaux produits par Radio France, aussi. Et FIP pratique aussi la syndication, puisqu’une FIP locale peut “décrocher” sur FIP nationale - - de manière indolore pour l’auditeur.

Or donc voilà : il n’est plus question de se dire que la radio va pouvoir s’adapter aux modes de diffusion fragmentée. Elle EST déjà un mode de diffusion fragmenté. Elle a inventé la fragmentation de la diffusion.

Du podcast à la poignée de main

Histoire, Son 1 commentaire »
6 mai 2009

Les hasards parfois, ma bonne dame, ça vous cueille. Ce matin, c’est une émission de France Culture, eh oui, qui m’aidait à ouvrir les yeux dans le métro parisien. Les Jeux d’archives d’Antoine Perraud, derniers en date. Il s’adressait cette fois pendant une heure à Jérôme Prieur. Heureuse introduction sur le sujet de l’archive, question ouverte, surprise de l’interlocuteur et beau développement au débotté.

Une des premières archives choisies par Jérôme Prieur fut la voix d’Antonin Artaud, pour une prestation radiophonique explosive datant d’avant Pour en finir avec le jugement de Dieu (je voulais mettre en lien l’excellent site UbuWeb, mais les ayant-droits ont apparemment fait retirer l’enregistrement qu’on y trouvait). Prieur parle du Club d’Essai, qui a enregistré Artaud, et d’un ingénieur du son qu’il fit témoigner dans son film La véritable histoire d’Artaud le Momo, qu’il a réalisé en 1992 avec Gérard Mordillat. Son nom : Gervais Marchal. Ce qui m’a fait pensé qu’il y a quelques personnes qui revendiquent l’initiative d’avoir mis Artaud devant le micro du Club d’Essai. J’en avais rencontré un, Paul-Louis Mignon. Peut-être tous ont-ils raison, après tout. Je n’ai pas vu le film de Prieur et Mordillat, des pistes de réponses s’y trouvent peut-être.

Bref, plongé dans l’émission, j’arrivai ce matin dans le hall d’une fameuse chaîne culturelle franco-allemande où je tombai sur… Jérôme Prieur ! Il avait apparemment bien apprécié ce moment dans les archives sonores pour les Jeux d’Antoine Perraud et m’annonçait que j’allais entendre un canular de Francis Blanche, qui devait suivre dans l’émission. Effectivement, il a demandé à entendre une archive d’Europe (n°)1. Ce qui fut donc fait.  

Réflexion sur le passé qui s’emboîte dans le présent, l’émission entendue ce matin donna lieu à un podcast qui entrait en collision avec le monde physique… Toujours surprenant.

Allô, la radio ?

Histoire, Son, Technologie 2 commentaires »
25 avr 2009

On a de temps en temps ce sentiment, celui de l’évidence, de la simplicité… allié à celui de la nouveauté. C’est ce qui s’est passé lors de la préparation de l’émission diffusée le 17 avril qui nous a permis d’interroger Robert Spier, directeur des activités numérique de NPR, la radio publique américaine. Parmi toutes les initiatives en ligne de NPR (dont le partenariat avec l’excellente opération StoryCorps, really exciting ! - - mais qui fait en ce moment un appel aux dons pour pouvoir maintenir ses studios mobiles), un tout petit rien ne cesse de me trotter dans la tête. Cliquez donc là (ou regardez l’image ci-dessous).

 © /

C’est l’interface du site mobile de NPR. Qu’y voit-on ? Qu’y voit-on d’étonnant ? Aux côtés du nom de l’émission, et du mot “stream”… il y a le mot “call”. Qui signifie qu’on peut écouter le podcast en “appelant”. Le support de cette offre de contenu étant a priori un smartphone du type Iphone, NPR propose, pour entendre ses productions, d’utiliser le téléphone comme… un téléphone ! Et effectivement, en cliquant sur call, un numéro est composé. La voilà, la simplicité de l’évidence.

En ça, NPR revient même sur les premiers rapports entre productions sonores et téléphone. Les premières retransmissions de spectacles à distance se faisaient par téléphone (en filaire), alors que les conversations de personne à personne se faisaient par les appareils de radiodiffusion.

   

Les blogographes

Histoire 2 commentaires »
17 avr 2009

Mais bien sûr que c’est une honte d’appeler ça un blog. Effectivement. Pas un post en presqu’un mois. Je pourrais plaider l’emploi du temps, ce qui ne serait que vérité pure ; ou alors évoquer la fin du phénomène blog tu sais maintenant pffh depuis twitter, mais ce serait mauvaise foi crasse ; ou encore mentir effrontément en prétextant un bug je te jure j’avais trois beaux billets en mémoire et puis scratch, je sais pas ce qui s’est passé…

Mais finalement, je préfère tout bonnement battre une coulpe (la mienne), et passer vite à un autre sujet. Début 2005, j’avais été frappé par la découverte du blog de Jean-Luc Bitton, écrivain, autour d’un livre en cours : la biographie du dadaïste Jacques Rigaut. Depuis, Bitton maintient le rythme et poursuit son travail. Ce qui non seulement prépare le lecteur de la future bio, mais crée une forme artistique de références et de propos sur Jacques Rigaut, qui existeront sans et après le livre.

D’autres se sont prêtés à l’exercice. Frantz Vaillant, notamment, qui a fait de son blog un vrai bonus de sa biographie de Roland Topor. Vidéos, dessins, photos. Là, le livre est sorti, en l’occurrence chez Buchet-Chastel (pas mal du tout, au passage, riche).

Et là, je viens de tomber sur “Monsieur Bob”, par Olivier Bailly. C’est une biographie de Robert Giraud, écrivain méconnu, compagnon de bistrots de Prévert et Doisneau, et “dernier arpenteur de Paris, la ville-poème. Ce travail avait aussi fait l’objet d’un blog, un peu énigmatique je trouve (du fait aussi du côté homme de l’ombre de son héros), sorte de long teasing pour le livre. Qui vient donc de paraître. Je l’ai seulement entre les mains, vais l’attaquer. Mais de voir l’objet, cela donne toute sa valeur au blog, la démarche est complète. Beau geste, donc.

Mais pourquoi le blog est-il un format qui a séduit particulièrement ces biographes ? Solitude de l’enquête à contrer, désir d’échange en cours de travail, volonté de séduire par son sujet… Tout ça sans doute. Et ça marche, au moins sur moi, puisque j’ai lu le Topor de Vaillant, j’ai remarqué le Monsieur Bob de Bailly, et j’attends impatiemment le Rigaut de Bitton.

Démanteler Google ?

Histoire, Technologie 0 commentaire »
20 mar 2009

Il y a comme qui dirait des faisceaux. Des faisceaux qui vont dans le sens d’une nette fragilisation de l’image de Google. Vous savez, le moteur de rech… Ah non, le webmail… Ah non, le fournisseur de cartes géogr… Ah non, le bureau à distance… Naon ! le fabricant de téléphon… Non, non, non, le navigat… Non plus.

Bref. Plusieurs épisodes récents ont fait quelque bruit, voire inquiété les utilisateurs (dans ce cas-là, d’ailleurs, twitter est une magnifique chambre d’écho de ces angoisses, en temps réel) :
> L’incident sur le moteur de recherches (Le 31 janvier, les sites trouvés étaient tous signalés comme dangereux par le moteur).
> la panne de Gmail
> la (légère) instabilité de Google Docs.
> la prise de parole publique de Peter Fleischer, le responsable de la protection des données personnelles chez Google, qui s’est fendu d’une tribune dans Libération le 3 mars pour expliquer que afficher la chose suivante : “Le service Street View respecte-t-il la vie privée ? La question est tout à fait légitime. Et la réponse est oui.” Mais si la nécessité d’une prise de parole publique googlienne, relativement rare, se fait sentir, son effet est toujours à double tranchant.
> … Manière de répondre à la “révolte” contre Google Street view qu’on a vu par exemple en Allemagne.
> Le navigateur Chrome qui connaît un succès très relatif.
> Google pointé du doigt lors des EGPE comme magnifique désintermédiateur en matière de publicité en ligne. Qui chagrine les régies d’un côté, et qui pressure les tarifs de l’autre.
> La crise de la pub (même si en la matière, le leader est toujours moins touché que son dauphin, et ainsi de suite)

Le questionnement sur Google n’est pas neuf, évidemment. Mais là, on dépasse la simple question habituelle du type ”que fait Google de nos données personnelles ?” - bien qu’elle reste dans doute l’interrogation majeure et qu’elle grossira encore dans les années à venir.

Car enfin, en filigrane de ces incidents objectifs, grandit une critique : celle de l’omnipotence, l’omniprésence de Google. Verra-t-on un jour un autorité demander le démantèlement de Google ? Quand Mats Carduner, DG de Google France, avait répondu aux questions de Place de la toile en novembre, il avait insisté, affirmant en substance : “Nous ne sommes pas une entreprise de contenus, mais nous permettons à nos utilisateurs d’atteindre ce qu’ils cherchent le plus rapidement et le plus justement possible”. Certes, mais quand on va sur Google Earth, on trouve bien du contenu estampillé Google. La frontière est fine entre “trouver” et “trouver quelque chose” ! Alors que comprendre dans ces propos rapportés par Mats Carduner ? Peut-être justement faut-il y lire cette crainte de la position objectivement incontournable et monopolistique. Alors, pour y faire face, Google dit : “Je ne suis qu’un maillon de la chaîne”… (C’est une simple hypothèse).

Google reste aujourd’hui l’inventeur du pagerank, l’algorythme secret et assez magique (en perpétuelle évolution) qui est à la base du moteur de recherche. L’autre invention majeure, c’est Google AdSense, qui a permis à Google d’intégrer la longue traîne des blogs et sites amateurs dans la logique publicitaire. Mais tout ça reste fragile, à la merci d’une prochaine “killer application” fabriquée dans un autre garage.

Facettes de Google qui montrent quelques signes d’instabilité (micro), structure googlienne se défendant d’une position incontournable (macro)… Quelle que soit la focale, apparaît sous nos yeux une forme de Google aux pieds d’argile. Qui reste malgré tout impressionnant.

[Billet mis à jour / forme & liens / le 23 mars]

[Actualisation 11h12 : un article signalé par Eric Scherer sur Mediawatch : “Les géants des médias US font pression sur Google pour faire remonter leurs contenus“]

Culture geek, la revanche

Histoire, Technologie 4 commentaires »
6 mar 2009

“Je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer”, titrait Cavanna dans Charlie Hebdo, a long time ago. Je dirai la même chose de Cyprien, le film de David Charhon, avec Elie Semoun dans le rôle titre. Pas vu, mais on connaît l’histoire. Celle de Cyprien, un geek asocial, qui drague en tentant des approches maladroites, comme cette phrase à l’adresse d’une de ses collègues, qui appelle pourtant tant de développements : “Est-ce que tu rebootes en mode sans échec ?” (si je n’ai pas encore vu le film, j’ai vu les bandes-annonces).

Et puis le geek en question, moqué, repoussé, souffre-douleur, se transforme magiquement en « beau gosse » sûr de lui (ça aussi, on le comprend dans les bandes-annonces). Outre les résonances intimes que cette histoire connaîtra dans les cours de récréations des collèges,  elle est le reflet d’un phénomène qui s’accentue avec les années : celui du geek héros enfin socialisé et reconnu.

Dans Die Hard IV, qui est sorti il y a quelques mois (excusez-moi, j’ai eu quelques jours de congés, j’ai vu des films), le brave et courageux John McLane (Bruce W.) est dépassé par les armes et les arguments des forces en présence, en l’occurrence une armée de hackers qui tentent une “liquidation” (la prise de contrôle de toutes les formes de réseaux). Il est aidé, pour la traduction pratique des manipulations de code, par un jeune as des réseaux et surtout, un court moment, par un gros barbu qui vit reclus dans son “QG”, à savoir la cave de la maison de sa mère. Se méfiant de la société, de la police et tout ce qui représente l’ordre social (tout en étant ultra connecté à l’actualité connue ou souterraine), fils numérique de Thoreau, cet individu est surnommé “le Sorcier”. Et évidemment, il est celui qui permet au brave et généreux John McLane (qualifié un moment de « montre à remontoir dans un monde numérique ») de repérer la cachette des méchants. Celui-ci cessera alors d’être décalé, il retrouvera ses repères anciens et la maîtrise des choses (il gagne à la fin). Merci les geeks, chapeau « le Sorcier ».

Die Hard IV et Cyprien : la culture populaire fait du geek pur et dur son héros, ou l’adjuvant décisif de son héros. Dans le premier cas, elle en fait le complice de l’ordre social (un policier), et le ramène ainsi dans une norme admise. Dans l’autre, elle rend visible cette transformation symbolique, et en fait une transformation physique.

Bill Gates avait été le premier geek à intégrer la culture populaire. Avec le chemin suivant : il était le geek devenu milliardaire, et en ça figurait une exception – une marge officielle et reconnue. Aujourd’hui, le geek est totalement intégré à la société, qui a besoin de lui. Je suis tombé il y a quelques jours sur une annonce d’emploi qui se terminait par : « profil geek apprécié ». La sous-culture (dans le sens souterraine) du geek nourrit la culture. Ses connaissances nourrissent l’économie. Et sa figurine de Dr. Spock en latex format 1/5e qui est sur son étagère fait envie à tout le monde… Euh, ah non, ça non.

Arts-relais & podcast : au début de “quelque chose”…

Histoire, Son, Technologie 2 commentaires »
22 jan 2009

Dans un post précédent, j’avais envisagé d’aborder la question des “arts-relais” à l’âge du podcast. Sinon, aussi, je pouvais me dire que j’allais faire l’Everest en 24h, réconcilier les deux Corées, ou faire une bataille navale avec Barack Obama. Ce genre de choses simples à organiser. Innocent que je suis, je passais, depuis, mon temps à repousser le moment de mettre l’ouvrage sur le métier.

Le sujet est revenu par le biais d’une question, entendue à Metz, dans la bouche de Pierre Morelli, lors d’une petite conférence la semaine dernière. Où justement, il était question d’information et de web. Et tout à coup, le nom de Pierre Schaeffer jaillit dans la conversation. Et la question des arts-relais : le web a-t-il connu l’âge de l’expérimentation adaptée ?

Selon la définition de Schaeffer, l’art-relais est un forme d’expression qui comprend une part artistique, où l’on peut parler d’oeuvre, et une part de message à transmettre. (Tout cela étant présentement vite dit). Le cinéma, la photo, la radio, la télévision sont des arts-relais selon cette terminologie. Et dans les âges de développement des arts-relais, il y a la période d’expérimentation. Sur les matériaux, sur les structures, sur les messages… Concernant la radio, Pierre Schaeffer a conduit cette expérimentation, à travers le Studio d’essai, qu’il dirigeait, puis Le Club d’essai, auquel il participait. Il a translaté ce questionnement pratique sur la télévision par la suite au Service de la recherche de l’ORTF. Avec, dans chaque cas, un contact des productions avec le public.

Appliquons l’idée au podcast sonore. Aujourd’hui, ce mode de diffusion reste très largement un miroir des médias “broadcasts”, traditionnels et de flux. Simplement, on découpe la production : en émissions, en reportages, en “éléments”. Même les productions spécifiquement web, non émises sur les ondes auparavant, restent encore très liées aux formes initiales. Des expériences existent… Mais l’étape de questionnement systématique, décrite par Schaeffer, reste encore à aborder. Pour le moment, ça se passe de manière diffuse. Et ça le restera, évidemment, mais on peut imaginer des lieux destinés à essayer, à tenter, à goûter. Et aboutir, au final, à une vraie connaissance de la production “délinéarisée”, du point de vue artistique et technique (art & relais). Une grammaire reste à construire, et elle n’existera en temps que telle que si quelques individus s’immergent dans cette forme d’expression.

“La radio n’en est encore qu’à ses débuts. Elle est souvent ventriloque, elle se contente d’adapter des genres qu’elle emprunte aux autres arts”. Cette citation de Blaise Cendrars, dont je n’ai malheureusement pas retrouvé l’année (je crois 1938, de mémoire incertaine), peut s’appliquer au podcast, au son essaimé dans le réseau.

Ne serait-on pas au début de “quelque chose” ? Joie, non ?

Si vous trouvez mon Ipod, merci d’écrire à France Culture, qui transmettra

Histoire, Son, Technologie 2 commentaires »
13 nov 2008

J’ai perdu mon Ipod. Quelque part, dans le train ou dans une salle de cinéma de Pessac (1). On se méfie des virus, on se méfie des malwares, des cookies, des intrusions de toute sorte dans son système, on se barde de pare-feux. Mais rien ne vaut la bonne vieille faille humaine, la poche ouverte au mauvais moment, le manteau qui glisse. Expression vestimentaire du social engineering. 

Mes deux derniers souvenirs ipodesques sont les suivants (sans nostalgie, parce qu’il faut pas non plus hein bon). Il s’agit d’abord du long et douloureux processus par lequel il faut passer pour changer de poste de référence pour l’Ipod, sans effacer ce qui a déjà été téléchargé depuis des mois. Oh le bel exercice. Oh le beau cas d’école pour expliquer la différence entre système libre et système propriétaire. Car la souplesse n’est pas la caractéristique de l’Ipod (litote). Il faut jongler entre les fichiers, downloader, uploader, tenter sa chance, faire des hypothèses, prendre des risques, aller faire un tour sur les forums de vos frères ipodeurs à la dérive… Bref, sortir des automatismes Itunes/ Ipod est fortement déconseillé par Itunes/ Ipod.

L’autre souvenir, c’est celui d’une réécoute. L’ai-je déjà écrit ici ? Je milite pour l’idée suivante : la cinéphilie est née de la possibilité pour le grand public de voir et revoir des oeuvres fugitives. A savoir des films, d’abord en salle de cinéma, puis en VHS, puis en DVD. Chaque support renforçant la souplesse de la re-vision. Dans la même logique, le podcast permet l’écoute et la réécoute de masse d’émissions fugitives… De là (re)naîtra la radiophilie.

Bref. Le second souvenir de cet Ipod et de ce qu’il contenait est donc celui d’une réécoute : un épisode de la “grande traversée” Truffaut, diffusée cet été sur France Culture, signée Serge Toubiana et Manoushak Fashahi. Précisément, une archive des Après-midis de France Culture (circa 1975), trouvée par MF. On y entend un Truffaut calme, pas du tout dans l’énergie nerveuse/ passionnée qu’on ressent souvent chez lui. Il est étonnament posé. Et puis il parle seul. Les questions de son interlocuteur ont été coupées, mais de telle manière qu’on les devine quand même. On ne les entend pas mais, d’une certaine manière, elles n’ont pas disparu. Etonnant, non ? Une fois de retour au direct, au studio 168, on comprend que cet entretien, signé Michel Gonzalès, a été mené dans le noir, à la demande de Truffaut. Voilà pourquoi ce ton/ son inhabituel.

Tout cela pour dire d’une part que c’est seulement l’analyse, la réécoute, la deuxième lecture qui permet de se dire tout ça. La première écoute étant celle de la surprise et du questionnement. Et d’autre part que l’innovation en radio reste simple, à portée de main. Une interview dans le noir, et l’absence de question. Rien ne très sophistiqué là-dedans. Et pourtant, ça marque. Tentons, tentons, il en restera forcément quelque chose.

(1) J’ai fait un passage éclair, trop éclair, à Pessac (33), hier. Dans le cadre du Festival international du film d’histoire, j’ai rencontré quelques élèves journalistes de l’IJBA, qui ont produit des reportages multimédias sur le thème “2008 : mémoires de la guerre”. Allez-y donc voir, c’est en ligne. Bel exercice que de savoir quel média choisir en fonction du sujet, comment articuler chaque forme d’expression (vidéo, son, texte) dans un propos global…