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Tous les billets de la catégorie Non classé

Une belle présence

Non classé 2 commentaires »
24 déc 2009

Je me souviens que la première fois que j’ai vu Kriss, c’était début septembre 1998, au 5e étage de la Maison de la Radio. Elle allait présenter un Dimanche en roue libre.

Je me souviens que la deuxième fois que j’ai vu Kriss, je me suis retrouvé dans le studio 154 pendant la diffusion d’un Portrait sensible. Elle répondait à mes questions pendant la diffusion de ses enregistrements et jonglait allègrement entre notre discussion et ses lectures à l’antenne.

Je me souviens de “Kriss Graffiti” en écriture “fantasmagorique” signée Dali dans un petit cadre aux bords noirs.

Je me souviens d’un appel un dimanche matin en 2002 : “Bonjour, c’est Kriss !”, me sortant des limbes, répondant à un courrier et pour me parler de radio.

Je me souviens d’une porte de 2 CV, marquée “KRISSS” à la peinture rouge au pochoir, sur un mur de son salon.

Je me souviens d’une discussion téléphonique avec Kriss, alors qu’elle préparait une émission. Et l’on avait parlé d’un élément sonore qui devait durer deux minutes, mais qui ne lui convenait pas du tout. Elle m’avait parue un peu speed.

Je me souviens que j’avais compris après coup qu’elle était angoissée par cette préparation d’émission. Cela m’avait paru tellement improbable que je n’avais pas réalisé tout de suite. Et alors j’ai saisi : rien au hasard, ne pas se contenter du plus facile, ne pas jouer sur du velours.

Je me souviens d’un appel un dimanche matin : “On fait un repas, tu peux être là ?”

Je me souviens y être allé. Je ne me souviens plus ce qu’on a mangé, mais je me souviens qu’on était assis autour d’une grande table en bois dans le jardin.

Je me souviens ne pas avoir vraiment cru être là, dans le jardin de Kriss.

Je me souviens avoir vu un garçon dormir avec son bébé dans un hamac au fond du jardin, avoir entendu un chanteur chanter en fin de repas…

Je me souviens que Kriss avait le projet de construire une petite maison au fond de son jardin. Je me souviens que sa voisine n’était pas d’accord.

Je me souviens que Kriss m’avait dit : “Je pars cet été, si tu connais quelqu’un qui veut occuper la maison pendant trois semaines…”

Je me souviens avoir assisté à un Dimanche par hasard.

Je me souviens de la pause gâteaux des Dimanches en Roue Libre. Et de sa surprise d’entendre les gens lui parler de ces pauses gâteaux des années après.

Je me souviens du Portrait sensible où Kriss annonçait qu’elle serait prochainement à Metz, et qu’elle cherchait des Portraits sensibles. Je me souviens l’avoir appelée pour lui donner des noms, et je crois me souvenir qu’elle n’est finalement jamais venue à Metz pour les Portraits sensibles.

Je me souviens de Kriss me disant : “Mon père a eu le Général au téléphone, le Général lui a dit : ‘Ce ne sera pas le premier sacrifice que vous ferez pour la France’, et mon père s’est mis au garde à vous”. A propos de la désignation de Georges Gorse comme ministre de l’information.

Je me souviens quand on m’a dit que Kriss était la fille de Georges Gorse, je n’avais jamais entendu parler de Georges Gorse.

Je me souviens du thé.

Je me souviens de Michel Gonzalès dans la cave.

Je me souviens d’un appel de Kriss, je ne sais pas quel jour, me disant qu’elle était mécontente des extraits de L’Oreille en coin la concernant sur le coffret de CD L’Oreille en coin. Elle considérait que j’aurais pu trouver mieux.

Je me souviens qu’une fois qu’elle me l’avait dit, elle ne m’en a plus jamais parlé.

Je me souviens du caddie usé dans lequel elle avait mis les bandes qu’elle m’avait prêtées.

Je me souviens qu’elle m’avait dit de garder les bandes, mais de lui rendre le caddie usé.

Je me souviens que le caddie sentait l’encens, même après 3 mois chez moi.

Je me souviens de C’est la Kriss, et autour l’été, la montagne.

Je me souviens de : “On m’avait dit que si je faisais ça, je deviendrais une ‘baronne’ de France Inter. Mais moi, ça ne m’intéressait pas de devenir une ‘baronne’ de France Inter”.

Je me souviens que le lendemain d’une visite chez elle, je l’ai vue non loin de là, elle au volant de sa voiture, au feu rouge, moi traversant sur le passage pour piétons (je travaillais dans le coin). “On ne se quitte plus !”, sourire. Et à chaque fois que je suis passé à cet endroit-là, dans les mois qui ont suivi, j’y ai repensé, je jetais un coup d’oeil dans les voitures au feu. Mais ça ne s’est jamais plus produit.

Je me souviens du dernier juillet, et de sa colère contre les médecins. “J’ai l’impression d’être passée du mauvais côté de la statistique”.

Je me souviens d’un café aux Ondes, le bistrot près de Radio France, discrètement au milieu de l’équipe d’un Dimanche par hasard. Et Kriss, parlant d’une séquence qu’elle avait imaginée : “… Parce que ça, en radio, ça ne s’est jamais fait !”

Je me souviens du (tout) petit bureau des Portraits sensibles, au 5e étage de la maison de la radio.

Je me souviens de son adresse mail qui commençait par “SSIRK”.

Je me souviens de : “Moi, je m’en fiche des bruits de micros, j’aime quand ça vit, quand ça bouge”. Et je me souviens que peu de temps après, je l’avais entendu dans un Portrait sensible cogner son micro contre le verre d’un interlocuteur - bing ! - pour trinquer.

Je me souviens de cartons que j’avais aidé à descendre des étages de France Inter (”Puisque t’es là !”), qui contenaient du matériel pour Ousmane Dodo, un infirmier nomade du Niger dont elle avait fait le portrait, et qui avait provoqué un élan de générosité chez les auditeurs. Et Kriss avait monté une association pour acheminer ces dons.

Je me souviens d’un mail, à propos d’un de mes projets incertains : “Mais ça va marcher”. Et, bien plus tard, ça a marché.

Je me souviens de la porte bleue.

Je me souviens de : “Parce qu’il ne faut pas rester fâché avec les gens qu’on aime et qui ont compté pour vous”.

Je me souviens de : “ça va ça va”.

Je me souviens de la bienveillance.

Je me souviens de Kriss.

 ***

La forme du texte suivant est inspirée d’un petit livre,
pas épais mais dense,
qui s’intitule “Le Verger“,
écrit par Harry Matthews pour Georges Perec.

 

Twentative d’épwisement d’un lieu parisien

Non classé 15 commentaires »
13 juin 2009

Pierre Ménard sur son blog “Liminaire” a déjà tout raconté, mieux que moi (merci à lui !). Mais voilà l’histoire : me rappelant l’excellent, novateur et indépassable texte de Georges Perec “Tentative d’épuisement d’un lieu parisien” (chez Christian Bourgois), je me suis dit qu’une adaptation à l’heure de twitter pourrait faire émerger une variation intéressante sur ce thème.

Perec, dans ce texte, décrit tout ce qui se passe autour de la place St Sulpice, à Paris. Bus qui passent, mouvement de foules, singularités ou banalités du moment, l’infraordinaire, le fugace. Bref, tout ce qu’on ne décrit pas quand on décrit habituellement.

http://www.decitre.fr/gi/99/9782267019599FS.gif

Je me suis installé aujourd’hui au Carrefour des Gobelins, lieu animé, entre 14h20 et 16h20. Et j’ai twitté et décrit. M’imposant la contrainte supplémentaire d’utiliser la totalité des 140 caractères impartis par le format twitter, d’où parfois une ortho-typo un peu approximative (dans les derniers tweets, réalisés sur mobile et non plus sur ordinateur pour des raisons de batterie tombée à plat, cette dernière contrainte n’a pas toujours été respectée).

L’autre intérêt était la construction de ce texte fragmenté… en live. Le suivre en train de se faire. Ce n’est plus possible, mais le texte, dans l’ordre chronologique des tweets, en donne un tout de même une idée.

  • Temps sec, ensoleillé, chaud. Carrefour des Gobelins, Paris. Nord-Sud : av. des Gobelins. Est-Ouest : bd Arago, bd St-Marcel, bd Port-Royal.

  • Quelques lettres et mots visibles : Société Générale, afer, Barclays, Matelas sommiers, Prix Choc, LCL, MJS (carton accroché à un feu)

  • Vêtements : longue jupe noire et rose, sweat shirt vert autour de la taille, ensemble d’été beige foncé, pantalon en lin blanc, gilet

  • autres vêtements : baskets brillantes, chaussures bateau marron, mocassins à talonnettes, sandales, scratch, trois bandes, coq sportif

  • Des véhicules : bus, voitures à galerie ou sans galerie, camionnettes, dépanneuse DOSTL (?) de la police nationale, scooters, motos…

  • D’autres véhicules : une Renault Espace rouge immatriculée 92, un camion frigorifique, un taxi de la G7, un utilitaire RATP, un velib

  • “Connard! Connard !”. Puis éclats de rire. Conflit entre un piéton et un automobiliste. D’ici je peux apercevoir six passages zébrés.

  • Le carrefour des Gobelins est un noeud de bus. Je vois le 83 qui va direction Porte D’Ivry. Le 91 vers Montparnasse 2 gare TGV. Le 47.

  • Depuis le début, un utilitaire de la police n’a pas bougé, garé au coin du bd Arago et de l’av des Gobelins, face à un distribanque…

  • Le bus 27 passe. Et le 91 se détourne vers l’av des Gobelins plutôt que le bd St Marcel. Effervescence des passagers à l’intérieur…

  • Une cliente du Canon des Gobelins lit un livre intitulé: “Discover the essence of France”. Elle boit une bière, fume, et parle Anglais

  • Une cliente prend une chaise pour la mettre à sa table. Ce qui contrarie un client âgé. Alors que ce n’est ni sa table ni sa chaise…

  • Deux policiers se placent au milieu de carrefour. Flottement. Une voiture s’y met aussi. Coups de sifflets nombreux.Simple régulation?

  • Une voiture banalisée traverse. Le carrefour est bloqué avec des plots. Un convoi passe. Le camion de tout à l’heure en fait partie…

  • Une cliente questionne le garçon du café, qui affirme avec ironie : “C’est à cause d’une manif’ du MLF”. La cliente reste dubitative.

  • Phrases ouïes: “Avant on payait pas avant”, “J’ai 70 ans, j’assume”, “Non non là c’est moi”, “N’allez pas aux toilettes tous ensemble”

  • Je reconnais qqun avec qui j’ai travaillé il y a 11 ans au Nouvel Observateur, qui s’occupait des ventes et s’appelle Paule, je crois.

  • Je ferme les yeux. Les moteurs se sont calmés qq minutes. J’entends mieux les voix des gens. Et le cliquetis d’un vélo en roue libre..

  • Le vent s’est levé, un peu. Le soleil qui frappait, frappe moins fort. Odeur de cigare sur cette terrasse ouverte, chose devenue rare.

  • Un drapeau MJS (Mouvement des jeunes socialistes) fait son apparition, à l’entrée du bd Port Royal. Une petite troupe le suit. Manif ?

  • Un camion de pompier marqué “Premier secours” arrive du bd du Port Royal et prend l’avenue des Gobelins, vite mais pas trop. Sirènes.

  • Couleurs. Moins éclatantes qu’il y a 1h. Beaucoup de vert, celui des marronniers et des platanes du bd Arago. Gris : bitume, vêtements

  • Flottement. Calme avant un événement. Lequel ? Pas suivi l’actu du quartier. La police demande à 2 mobylettes de quitter le carrefour

  • Les “médias” sont là : un camion siglé France Inter, pour du reportage en direct. Un preneur de son de télévision, un JRI (caméraman).

  • Etonnant : le carrefour des Gobelins totalement bloqué. Plus un bus, plus une voiture, plus un moteur. Une moto est rappelée à l’ordre

  • une dame vient faire la bise à l’homme au cigare et discuter. Elle dit : “Elle a pas l’air d’avoir inventé le fil à couper le beurre”.

  • voilà : la manifestation attendue arrive sur le carrefour. Depuis le bd St Marcel, direction Port Royal. Les sonos prennent l’espace..

  • “En tout cas, c’est une belle balade dans Paris, sous le soleil”, dit l’animateur du cortège CFDT. Des battucada arrivent avec la CGT.

  • Slogans entendus : “Sarkozy si tu savais tes heures sup où on s’les met” // “Si t’es pour le mouvement social frappe dans tes mains”//

  • CFDT CGT CFE-CGC Sud Solidaires CGT Métallurgie Sud Territoriaux Soldiaires Justices Intersyndicale FNAC Solidaires retraités Unsa…

  • Razzy Hammadi, sec. national du PS aux services publics, est assis à une table voisine. Ballon CGT Ile de France passe en arrière-plan

  • l’essentiel du cortège est passé. Un air d’accordéon est dans le fond de l’air. Soleil est revenu. Le lunettes de soleil apparaissent.

  • Un petit garçon chante à tue-tête : « On a gagné les doigts dans le nez ! On a gagné les doigts dans le nez ! ». Ad lib…

  • un vélib passe dans le sens inverse du cortège et part vers la place d’Italie. Razzy Hammadi a quitté le Canon des Gobelins.

  • Des poussettes. Un sirop d’orgeat. On a gagné les doigts dans le nez. Une jupe à fleurs. Mélange de sonos. Une fumée de cigarette.

  • un amputé d’une jambe. Des rayban. Des ecouteurs dans des oreilles. Une grande menthe à l’eau. Il y en a marre de ces actionnaires.

  • du soleil. Il est 16h20, samedi 13 juin 2009. Fin de la Twentative d’épwisement d’un lieu parisien.

[Complément 1h10 : la totalité des échanges sur twitter autour de l’opération : http://tinyurl.com/twentative]

 © /

 

Page Twitter de @thbaumg

 

 

Le clip qui fait peur

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26 nov 2008

Nadine Morano l’avait dit peu de temps après avoir pris ses marques au secrétariat d’Etat à la famille : l’internet, c’est le danger dans la maison. Après avoir publié une plaquette avec Xavier Darcos sur le sujet en septembre, elle présente cette fois un petit film dont le but est de sensibiliser enfants, adultes et tous les utilisateurs innocents et naïfs du réseau. Il sera diffusé à la télé au moment de la période de Noël, entre les pubs pour les téléphones mobiles, et celles pour les consoles de jeu. Le voici ci-dessous.

Paraît-il qu’il aurait déjà reçu des prix. Parmi lesquels, sans doute, celui du clip le plus anxiogène. Après avoir lu ce post, vous êtes prié de quitter ce site, couper votre accès web, jeter votre unité centrale, brûler votre écran, écraser votre mobile, manger vos cartes sim. Et d’exiger la carte d’identité à l’entrée de votre immeuble.

Au passage, on a l’impression d’une pub américaine, doublée en Français (non ?).

Les souris denses

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25 sept 2008

Voilà, la migration est faite. Changement de territoire. Depuis mars 2005, je bloguais “Autour de L’Oreille“, où se mêlaient des repères personnels sur la radio et son histoire, des propos multimédiatiques variés et des considérations de hasard. L’ouverture du présent carnet entraîne mécaniquement la congélation du précédent. On poursuivra désormais ici, un peu différemment. J’ouvre ces Foules électroniques alors même qu’on apprend que la blogosphère n’est essentiellement qu’un vaste champ en friche, et que sa part féconde ne représente qu’un gros pourcent du total… De ce dernier essayons de faire partie le plus souvent possible ;-)
Il sera question ici de rencontres, de livres importants, de questions en suspens, de ressources à partager, de réflexions passagères issues (parfois) d’une Place de la Toile ou d’une autre.

Voilà pour le post programmatique de rigueur, suffisamment flou pour n’engager qu’un minimum. Je voulais intituler ce blog Les souris denses, mais ça ne marchait pas. Puis L’escampette et la poudre… mais ça n’avait rien à voir. Alors voilà Foules électroniques, réminiscence déformée d’un titre fameux, oreilles ouvertes, et que nous sommes.

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