Dans un post précédent, j’avais envisagé d’aborder la question des “arts-relais” à l’âge du podcast. Sinon, aussi, je pouvais me dire que j’allais faire l’Everest en 24h, réconcilier les deux Corées, ou faire une bataille navale avec Barack Obama. Ce genre de choses simples à organiser. Innocent que je suis, je passais, depuis, mon temps à repousser le moment de mettre l’ouvrage sur le métier.
Le sujet est revenu par le biais d’une question, entendue à Metz, dans la bouche de Pierre Morelli, lors d’une petite conférence la semaine dernière. Où justement, il était question d’information et de web. Et tout à coup, le nom de Pierre Schaeffer jaillit dans la conversation. Et la question des arts-relais : le web a-t-il connu l’âge de l’expérimentation adaptée ?
Selon la définition de Schaeffer, l’art-relais est un forme d’expression qui comprend une part artistique, où l’on peut parler d’oeuvre, et une part de message à transmettre. (Tout cela étant présentement vite dit). Le cinéma, la photo, la radio, la télévision sont des arts-relais selon cette terminologie. Et dans les âges de développement des arts-relais, il y a la période d’expérimentation. Sur les matériaux, sur les structures, sur les messages… Concernant la radio, Pierre Schaeffer a conduit cette expérimentation, à travers le Studio d’essai, qu’il dirigeait, puis Le Club d’essai, auquel il participait. Il a translaté ce questionnement pratique sur la télévision par la suite au Service de la recherche de l’ORTF. Avec, dans chaque cas, un contact des productions avec le public.
Appliquons l’idée au podcast sonore. Aujourd’hui, ce mode de diffusion reste très largement un miroir des médias “broadcasts”, traditionnels et de flux. Simplement, on découpe la production : en émissions, en reportages, en “éléments”. Même les productions spécifiquement web, non émises sur les ondes auparavant, restent encore très liées aux formes initiales. Des expériences existent… Mais l’étape de questionnement systématique, décrite par Schaeffer, reste encore à aborder. Pour le moment, ça se passe de manière diffuse. Et ça le restera, évidemment, mais on peut imaginer des lieux destinés à essayer, à tenter, à goûter. Et aboutir, au final, à une vraie connaissance de la production “délinéarisée”, du point de vue artistique et technique (art & relais). Une grammaire reste à construire, et elle n’existera en temps que telle que si quelques individus s’immergent dans cette forme d’expression.
“La radio n’en est encore qu’à ses débuts. Elle est souvent ventriloque, elle se contente d’adapter des genres qu’elle emprunte aux autres arts”. Cette citation de Blaise Cendrars, dont je n’ai malheureusement pas retrouvé l’année (je crois 1938, de mémoire incertaine), peut s’appliquer au podcast, au son essaimé dans le réseau.
Ne serait-on pas au début de “quelque chose” ? Joie, non ?