Panchomania ou le péon se parfume à la dynamite
D’abord on ne dit pas Villa, comme « Villa, mon repos » (il y en aura bien peu) ou « Villa mes roses » (la seule roseur de l’affaire sera celles des milk-shakes dont notre homme raffolait), mais B-I-L-L-I-A. Pancho Billia. J’ai manqué me faire fendre l’oreille par Paco Ignacio Taïbo II pour faute répétée et prononciation toc de plouc francilien. Son « Pancho Villa – roman d’une vie » (Payot, éditeur) est bien évidemment le livre de l’heure, la chose sur laquelle se ruer avec une fringale de gavial et des dents de couguar. Pour raconter la vie de Villa, où même la vie de n’importe qui, on a le choix, depuis le collège, entre la formule Hugo et la méthode Stendhal. Soit, la vision panoramique ou visée impériale de demi-dieu : je surplombe, rien ne m’échappe (Waterloo des Misérables) ; soit la conscience à « ras d’homme », prise dans la réalité brute du terrain, je patauge, je tousse, je tire au jugé, qui suis-je ? où vais – je ? (Fabrice à Waterloo, en ouverture de la Chartreuse de Parme). Eh bien, le cher Taïbo, qui ne rêve qu’Hugo, a Stendhalisé comme un fougueux pour nous délivrer les 950 pages (chacune gavée de signes jusqu’à la gueule) de son roman biographique. Villa nous fait monter en croupe page 1 et nous largue en rase campagne page 944, entre les deux, on ne sait ce qui nous est arrivé. On demeure hagard, estourbi, courbatu ; on titube comme un kidnappé qui viendrait de sortir du coffre arrière après cinq cent kilomètres de routes rocailleuses. Des visions nous restent, en lambeaux, des odeurs, par bouffées, des cris, des bruits, des râles : Pancho partant dormir seul, avec les coyotes, dans un recoin rocheux, Pancho chapeauté toujours, tête nue jamais ; Pancho chez le tailleur refusant d’ôter ses cartouchières pour essayer un nouveau costume ; Pancho traversant le Rio Bravo avec huit compadres (mais arrivant à la cantina, ils étaient déjà huit cents) ; Pancho négociant son image avec la firme américaine Mutual et se faisant payer trois fois pour trois prises ; Pacho ouvrant des écoles à la dizaine ; Pancho jouant au train, alignant des convois infinis chargés de chevaux, de poudre et d’armes ; Pancho jouant aux cartes et dégustant une glace à la fraise ; Pancho chaste de la narine et du gosier, interdisant l’alcool, ne fumant pas ; Pancho polygame ; Pancho dansant ; Pancho faisant battre monnaie, tambour ; Pancho et ses chaps, des guêtres montantes en cuir épais pour vaincre la griffure des épineux ; Pancho peaufinant des attaques de nuit, étirant sa cavalerie en une ligne infinie ; Pancho pris dans les négociations comme dans des bottes trop petites ; Pancho à la bataille de Tierra Blanca, de Torreon, de Zacatecas, Pancho apprenant à lire en prison, Pancho portant seul le cercueil de son maître Abraham Gonzalès ; Pancho en poncho ; Pancho se souvenant s’être un jour appelé Doroteo Anrago Arambula ; Pancho - Condé dirigeant la guerre au doigt et à l’œil, Pancho déclarant la guerre aux Etats-Unis d’Amérique et attaquant, avec ses derniers fidèles, le bled perdu de Columbus ; Pancho croisant Ambrose Bierce, parlant avec John Reed ; Pancho disant adieu à la Révolution en tirant quelques coups en l’air.
Pancho qui meurt comme King – Kong, comme Dillinger, comme Bonny Parker et Clyde Barrow : transformé en dentelle par une mitraillade croisée au détour d’une rue anonyme, l’année 1923.
Pancho, vainqueur, tu l’est à chaaaaaque fois.
« L’apparence de vérité réside dans le détail » déclare, ouvrant le bal, Taïbo II. Pancho, ce sera donc cela : une montagne énorme de détails qui pendant 950 pages déferlent sans trève, mille milliards de petits pétards crépitant dans la nuit.
Passé au Salon du livre. En face du fortin toc des éditions Albert – René, une poignée de maquisards résistent encore, basée en Rhône – Alpes, dont les éditions Jérôme Millon avec qui j’œuvre depuis 17 ans. Rencontré là le directeur des éditions « À Rebours » qui m’a fait découvrir son catalogue d’un « Mauvais Genres » parfaitement délectable : essai de Bricaud sur Huysmans, traité de Sinistrari d’Ameno sur la sodomie, ouvrage sur l’art du fouet, les tatouages pubiens des prostituées, la nymphomanie. On en reparlera.
Mort du hardeur Dominique Aveline, dit « le Martien » à cause de sa forme absolue et son endurance phénoménale. Tchao l’artiste !



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22 mars 2009 à 14:38
Oulala, ça ratisse large pour le coup. Je vais me pencher sur le Pancho Villa (quoique, sur les tatouages pubiens, je m’y pencherai bien aussi :-)).
22 mars 2009 à 14:39
Et c’est “Pancho” pas “Pacho” le pauvre
28 mars 2009 à 10:26
eh bien…francois angelier…y a dans mes propos aucune basse flatterie cherchant à obtenir 1 avantage quelconque : j ai lu tous les blogs de france-culture et france-inter…et mes 2 préférés sont le votre et celui de jean lebrun….alors merci-