On s’en doute, je n’ai que des raisons de bien aimer la Bibliothèque Nationale (désormais BN) : on peut y consulter des numéros méconnus des « Annales de Notre – Dame de La Salette » ou des brouillons de Paul Kenny, on peut y déchiffrer des manuscrits de Louis Massignon ou tenir dans sa paume les hosties sacrilèges de l’abbé Boullan (alias le Dr. Johannès du Là – Bas de Huysmans). Une terre sainte. Souventes fois, on y prend place à côté de Michel Meurger plongé dans un procès de sorcellerie ou un traité balte sur l’art de piéger les salamandres, de Claude Schopp pistant un ami de Dumas : spectacles bien apaisants. En outre, l’esplanade en plein vent du site Tolbiac offre à la méditation pédestre et à l’art de patiner un espace privilégié. Donc, l’animal est heureux. Quand sera ma dernière heure venue, je demande que mes cendres soient dispersées, en semaine, dans la salle de lecture : le climat de solennité sera bien gâché par quelques toussotements, mais qu’importe. Cela faisait déjà un jolie capital – sympathie, mais ce que j’ai appris récemment en ouvrant Chroniques (le bulletin de la BN) n°49 puis en lisant le Monde 2 du 9 mai m’a littéralement fait exploser de joie. Des bretelles m’en ont poussé, ma tignasse quasiment blanchi :
On a classé Trésor National les Archives de Guy Debord !
Les forces conjointes de la BN, de la librairie et du Ministère de la Culture ont classé bien suprême de la nation les cahiers Gibert de Guy Debord, ses notes et ses fiches. Alors là , chapeau bas, casoar et gants blancs. Déjà associer ces quatre mots « trésor », « national », « Guy » et « Debord » relève du prodige. Que les papiers de l’homme qui se voulait le démonteur du mécano spectaculaire mondial, que celui qui a conçu, en 1952, le blackout de « Hurlements en faveur de Sade », qui boutait la majuscule de ses pages comme un bedeau calabrais les touristes en short, qui célébrait à l’année les noces de la mèche théorique et du pétard social, le furieux haïsseur de tous les potestas potestatis, irrédentiste et le plus franc des tireur, qu’il soit devenu, par papiers interposés, Trésor national. Aux auteurs de ce colossal coup d’éclat, respect ! Pavé dans la mare intellectuelle ou dans la vitrine sociale, Debord va rejoindre, si financièrement l’affaire se fait, les rayons de la mémoire. À quand donc, fort de ce superbe acte ouverture, le transfert des cendres de Ravachol au Panthéon, un jour férié en mémoire de Léon Bloy, le 50 euros Sade ou le 100 euros Jarry. Et pourquoi pas une tranche Lautréamont à la Loterie Nationale. Mais cela a déjà été fait. En 1986. Mon exemplaire porte le numéro 161495. Perdant.
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mai 25



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