Ingurgité, jeudi soir, comme huit millions d’êtres humains survivant sur l’espace dit français, l’épaisse soupe sucrée du roi Arthus. Touchant la question de l’interpellation écologique au cinéma, j’en étais resté au « Soleil vert » de Richard Fleisher (sorti en 1973), mettant en scène l’état de la terre en 2022, avec son arbre unique, relique pathétique abritée dans une chasse plastique, ses steaks si rares qu’on aurait pu les porter en sautoir, ses libraires clandestins caressant le cuir oublié des reliures, ses escaliers - dortoirs et ses femmes - meubles, son air à couper au couteau, ses émeutes et son béton. Nous était parvenu ensuite, 1980, le « Koyyananisqatsi » produit par Coppola, musique de Philip Glass et images de Godfrey Reggio : un accelerando panique de deux heures où le spectacle de la cité se dissolvait dans une sorte de course à l’abîme : plus de formes, de contours, rien qu’une entropie colorée en route vers le néant. Une roue libre oculaire démoniaque. La mauvaise pente. À côté de ses deux fulgurantes percées, l’aligot télévisuelle de Yann – Artus Bertrand vous reste sur le ventre. Et ce pour une raison simple : les mots mous y disent le contraire des trop belles images. Ce dévidage pompeux de visions terrestres somnole gentiment dans une réduction abstraite : adieu Terre des hommes, plus rien qu’une marqueterie chromatique séduisante, des tourbillons crémeux de couleurs saturées, le lego scintillant des cités, animaux faisant de la figuration. La terre admise à jouer le rôle d’un diorama aux tons trompettant où l’œil se voit bercé, caressé, endormi. L’homme ? : il ne faut pas le rater tant il est rare : le confetti en bas à droite. Un point sur la carte. À côté de cela, Dieu, en voix off, vous cause : débit poussif à prétention incantatoire, jactance scolaire dopé par instants d’élans apocalyptoïdes assez drôles. Discours ex cathedra sur fond de glapissement lyriques. Morale de la fable : l’homme est un parasite envahissant, une algue tueuse dont les agrégats proliférants contaminent tout, les cités gagnent comme la rouille. Donc, un seul mot d’ordre : « Human, go home », comme lui assène J.B Thoret dans son blog. Rendez la Terre à la Terre. En attendant, j’espère que les pique-niqueurs nocturnes du Champ de Mars ont ramassé leurs ordures, car, sinon, ça sert à quoi que Yann se décarcasse.
juin 07



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8 juin 2009 à 9:03
Merci ! Enfin, quelqu’un qui ne s’extasie pas sur les productions de YAB !
Je voulais juste mentionner le très vulgaire usage de la musique dans ce film.
Quant à la place de l’homme, il est curieux de voir qu’il disparaît de l’écran dans Home mais que l’écologie politique ne pose jamais la question de la surpopulation humaine et de la pression qu’elle exerce sur les écosystèmes. Ce qui confirme que l’écologie politique est un humanisme, c’est-à -dire une idéologie qui n’a que faire de la nature.
12 juin 2009 à 16:24
Enfin une voix qui ne se laisse pas formater dans le yaourt insipide et rebattu d’une énième prophétie de la Fin des Temps.! J’écouterai désormais avec davantage de plaisir l’émission Mauvais Genre.
Il y aurait lieu de rectifier, une étourderie sans doute : ces deux fulgurantes percées, plutôt que : ses deux fulgurantes percées…
C’est la bonne idée de prendre le film de Besson & Bertrand pour de la science fiction. Les nouveaux envahisseurs et ravageurs sont sur la planète : les humains. Encore pire que les martiens ! David Vincent les avait vus, Yann-Arthus les a filmés et enrobés du prêchi-prêcha d’arrière-cuisine écolo-bobo dans le vent.
Bravo, M. Angelier et bonne route !
24 juin 2009 à 19:34
Bonjour,
Ceci n’a pas de lien direct avec le présent billet, mais en inconditionnel de votre (excellente) émission, je me demandais si vous prévoyiez une spéciale Howard/Conan (peut-être à l’occasion de la sortie de l’intégrale?).
Bien cordialement,
27 juin 2009 à 21:49
Bonsoir,
Mr. François Bourgeon, je trouve un peu navrant le procédé qui consiste à couvrir d’éloges le texte de François Angelier pour rebondir aussitôt (appelons ceci “la trahison du trampoline”) sur le complot des “bobos écolos”, des irrécupérables alarmistes, et autres cassandres armageddonesques, qui font rien qu’à nous gâcher la fête, dans la mesure où telle vilipendaison n’est aucunement l’objet de l’article d’Angelier (ou alors j’ai raté quelque chose), lequel article vise plutôt à rendre compte d’un état d’âme de cinéphile contrarié à l’issue d’une séance de “Home” (docu-film pompant d’un pompeux personnage, les chiens ne font pas des chats).
Chemin faisant, merci, Mister Angelier, pour cette émission ô combien indispensable.
10 juillet 2009 à 14:33
À l’autre Fred :
Quand j’entends - entre autres âneries - dans le film de Besson & YAB, que le niveau des mers et des océans va monter de 7 mètres dans les 10 ans qui viennent… Je me dis qu’on est en pleine science fiction et donc je penche du côté de François Angelier qui considère ce film sous cet angle : une fantaisie pour faire frissonner, un conte sur la fin du monde prochaine. Un thème maintes fois abordé dans la littérature de science fiction.
Mais pourquoi devrait-on masquer le côté récupération politique du film? J’ai mis en vedette les écolos-bobos, mais j’aurais pu y ajouter tout autant quelques zélateurs du président Sarkozy plus marqués à droite. À moins qu’au fond ce ne soient tous les mêmes à peu de choses près.
En tout état de cause, je suis persuadé que des films comme “Soleil Vert”, ou “La Planète des Singes” resteront pour longtemps encore considérés comme de grandes chefs d’Å“uvre cinématographiques. Et que “Home” tombera dans les oubliettes, tout comme le film “Une Vérité qui dérange” de Al Gore…
Rendez-vous dans 10 ans mon cher Fred. Et nous verrons bien si on se souvient encore de ces films-là et de leurs prédictions scientifiques à la Élisabeth Teissier… et si le port de La Rochelle, telle la ville d’Ys, est englouti sous les eaux.
François B.
10 juillet 2009 à 18:32
Sans rapport avec l’absence de qualité formelle du film : avec tous les avions et hélicoptères que YAB a pris, où en est-il de son bilan carbone ?
6 août 2009 à 10:07
pour certains…regarder des belles images bienpensantes suffit comme engagement pour la planéte!
changer la vie pour de bon, vous n´y pensez pas vraiment,
quel inconveniant.
let´s consume ecology all together now !…quel “nice feeling”!
1 octobre 2009 à 13:05
Bonjour,
Un grand merci pour votre émission sur Conan et Howard diffusée début septembre et que je viens d’écouter (avec un grand retard)!
Bien cordialement,