À ceux qui n’ont pas souhaité ou pu écouter, il y a nombre d’années, l’excellent “Bon Plaisir” de Pierre Chaunu produit par Ludovic Cellier pour France Culture (à rediffuser) et qui ne verrait en lui, Chaunu, à tort, qu’un mandarin bourru versé dans la thanatologie apocalyptique, l’Ézéchiel des berceaux vacants ou l’Isaïe du gouffre moral occidental, je recommande la lecture de ce chef-d’oeuvre qu’est son texte “Le fils de la morte”, publié en 1987, chez Gallimard, dans le recueil “Ego-Histoire” dirigé par Pierre Nora : En voici l’ouverture :
“Je suis historien parce que je suis le fils de la morte et que le mystère du temps me hante depuis l’enfance. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je me trouve fasciné par la mémoire. Elle retient le ciment de l’esprit, le secret de notre identité, le mémoire nous livre au vertige de l’être et du temps. Comme vous, et comme le néandertalien qui, il y a quarante cinq mille ans, à la Chapelle aux saints, dans cette Corrèze où s’enracine ma souche paternelle, enterra avec un rite complexe et, sans nul doute, pleura le premier mort, donc le premier homme vraiment homme qui vécut dans le pays sachant la mort, comme lui, comme vous, j’ai un problème avec le temps. En vérité, je suis tenté de le croire, nous n’avons jamais eu, depuis que nous savons chasser, d’autre problème que celui-là . Et cet unique problème est celui de la mort. Nous savons que le temps, disons, mieux, la durée, ne s’écoule que dans un seul sens, qui nous pousse, dans son tunnel, de la béance de l’avant à la béance de l’après. On ne remonte pas le temps.” (p. 61 du volume cité)



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25 octobre 2009 à 11:12
Cher François Angelier,
Très très beau texte de Chaunu. Et merci de l’exhumer.C’est un bel hommage.
Voilà , je viens de publier un e-book qui a “Mauvais genre”.J’aimerais vous l’adresser. Pour cela il me faudrait votre adresse e-mail. Pouvez-vous svp me la communiquer?
D’avance merci. Je vous enverrai tous les éléments de présentation qui vont avec ma bouffonnade, et vous verrez !
Bien à vous,
Ch.P ch.paillet@wanadoo.fr
20 novembre 2009 à 19:58
Bonsoir M. Angelier,
je lis tardivement votre chronique sur Pierre CHAUNU, et je l’entends dire ce texte, comme un comédien dit son texte.
Je le vois parcourir l’amphithéatre de l’annexe de la Sorbonne à Clignancourt.
Je le vois monter en puissance, sa voix d’abord sourde, prend de l’ampleur et finit en apothéose.
Lui seul pouvait s’enflammer pour la machine de Denis Papin, la vaccine de JENNER et nous embarquer dans les tranchées…
J’ai aimé ses cours et l’histoire grace à lui. J’ai moins aimé certaines de ses convictions.
Cette année là , MESRINE était canardé à Clignancourt…