C’est “Chessai”, je sais, qu’il faut dire. Comme “pays de Geai”. Oui, mais là , j’ai bien envie de m’offir un X, et un X majuscule, sifflant et bien saignant : CHES - SEX. Car de sexe, entendez d’organe, d’écoulement, de format, d’usure, de béance complice, il en est plus que question dans l’ultime opus, posthume (il est mort en octobre 2009), du maître de Payerne (Suisse) : Jacques Chessex : Le dernier crâne du Marquis de Sade (Grasset). En 171 pages tassées et décantées, avec finition aux petits ciseaux, Chessex nous narre avec minutie et avidité, les dernières semaines de Donatien - Alphonse, 74 ans, les deux tiers en prison. Sade, avant d’être un patronyme vainqueur, un texte, une plume, c’est avant tout un corps. Une masse énorme et charnue ; un tas adipeux qui ricoche, furibond, aux quatre murs de sa cellule et n’en peut plus de n’en plus pouvoir. Un corps sujet à d’étanges merveilles comme rayonnement, sulfurisation, fumées : une parodie des phénomènes mystiques. Sa vie n’est désormais qu’une basse-fosse sans cul, un mouroir morose où le grand fouetteur, ce sodomite glorieux, ce picoteur d’élite, assiste à sa propre déconfiture. À toutes heures scruté, espionné, soumis à fouille, il trouve néanmoins encore quelques proies à fasciner, quelque complicité, telle la jeune Madeleine Leclerc (”une vraie petite salope, sous ses airs d’ange transparent”) avec qui il se maintient en forme : si elle lui enfourne en le “boyau culier” d’invraisemblables béliers de bois durs et bien poncés, lui l’astreint à un régime de punition coquet, faisant de son sexe frais un de ses coussinet hérissés d’épingles comme en ont les tailleurs à leur poignée. Pratiques régulières rythmées par les saillies blasphématoires que Sade assène à son confesseur, l’abbé Fleuret et par l’horreur que lui inspire la possible autopsie de son corps. Il passe en décembre 1814. Rien n’est respecté de ses ultimes volontés : son corps ouvert sera, sa tombe piquée d’une croix. Reste ce crâne dont les tribulations, disparitions et résurrections, font la seconde part du roman : partie de furet où la crâne de Sade s’affirme relique incendiaire, ferment de malédiction que l’auteur lui-même s’en va dénicher en un recoin de la Suisse. Même si la seconde partie (entendez purement “crânienne”) accuse une baisse de régime, la toute première moitié est un des mieux cuisinées de la rentrée. À lire donc en toute candeur ; d’autant qu’en Suisse le dit ouvrage s’est vu nanti d’un blister pour protéger les vierges prunelles de ses incongruités obscènes…
Si d’aventure, Sade finissant devait se voir, de nouveau, porté à l’écran, osons Depardieu : colossal et désabusé, il y sera sûrement plus à sa place que dans Bellamy de Chabrol, vu samedi soir, où il occupe le cadre avec l’enthousiasme d’une part de tripes posée sur un papier d’emballage.
le sourire est en deuil, deux rides de plus : Roger Pierre a passé ; Maurane aussi, entendez Camille, fauréen céleste.



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