Les livres de Jean - Jacques Schuhl, quatre en presque quarante ans (”Rose poussièe”/1972, “Télex n°1″/1976, “Ingrid Caven”/2000 et ce tout dernier ; Gallimard les quatre), nous arrivent comme des signes, des passages de comêtes ou de silhouettes entrevues de qui l’on croyait disparu : mais qu’a-t-il fait, tout ce temps durant ? Comment a-t-il vécu ? Yves Adrien participe, également, de ce goût de la fugacité et de la déflagration, du retour bref mais sec, en éclair. Puis disparition, mais pour longtemps ? Mais qu’ont-ils fait tout ce temps durant ? “je viendrais comme un voleur” a dit quelqu’un.
Cette “entrée des fantômes” (mitoyenne de celle dite “des médiums” dont André Breton s’était fait le cerbère à monocle) se veut à la fois accès et dramaturgie : loin de ces entrées à flon-flon (mais là sans l’ombre d’un) qui parsèment la scène lyrique, plutôt un accès réservé et pour des présences chéries et étranges : Talleyrand ou Jean-Pierre Rassam, Byron au bras d’Ingrid Caven, Peter Lorre en croupe de Raoul Ruiz. Restif, hibou en épaulette. Ce livre est une porte, un accès entrouvert pour quelques présences rédemptrices ou curieusement vivifiantes. Les fantômes de Schuhl ne sèment pas la terreur, mais ont la poigne douce du souvenir. Plus Mme Muir que Roderick Usher. Ils s’invitent, se servent des drinks et vous parlent sans vous fixer. À quoi bon, on se connaît tellement. Un “accès pyromane” pour, doucement, réveiller, réembraser la mémoire.
La scène est à Paris, rue St Roch (noire, encaissée, sans faste, écartée), dans un restaurant asiatique ou notre homme a ses habitudes. Raoul Ruiz, qui y dinent, aborde Schuhl et lui offre le rôle du chirurgien dans un film tiré des “Mains d’Orlac”, roman de Maurice Renard. “Les Mains d’orlac” : sans doute la méthode de Schuhl. Un pianiste virtuose, aux mains ravies dans un accident de train, se voit greffer les appendices d’un tueur fou. Et notre pétrisseur de clavier d’être pris d’envies assassines. Ce sont les mains qui décident, vivent leur vie. À l’instar du chirurgien lancé dans des greffes insensées, des montages déments, Schuhl se veut plus monteur que cadreur, assembleur - marqueteur que chef-opérateur. Comme sa vie, son texte vit de rencontres, de heurts au détours d’un couloir, au fil d’un escalier, d’adresses éronnées et de numéros fautifs. Pas de parcours, d’estuaire balisé : un déboussolage rigoureux, une errance méthodique. La vérité du réel est à ce prix. Et le texte qui en découle n’a d’ailleurs pas sens commun. On n’en épuise pas la signification comme on siphone un réservoir. Jamais on n’aura fini de le lire car il n’a ni début, ni fin, ni intrigue prescrite, ni personnages découpés : rien que des élans, des ombres, des voix qui chuchotent ou s’exclament, des volets qui claquent et des lampes qui grésillent. “Ruelle ténébreuse” ou “image dans le tapis”. Sans fin.
fév 07



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4 mars 2010 à 9:19
Merci pour les souvenirs de Maurice Renard, Jean Ray et la belle Mrs Muir…
Je profite de l’occasion pour vous signaler l’exposition Edmond BAUDOIN à la Maison des Arts d’Evreux, du 2 mars au 17 avril. Baudoin sera présent lors du vernissage vendredi 5 mars à 18h30 et le 20 pour une rencontre avec le public…
Un vieil auditeur de Mauvais Genres
17 mai 2010 à 16:52
Bonjour,
fidèle de vos émissions, je suis un nouvel auteur BD (Tom et William - collec. Signé - Lombard), et la récente disparition de Frazetta m’a poussé à mettre (enfin) en ligne une masse conséquente de documents accablants - pompes et plagiats de l’oeuvre par divers “artistes”.
Par ailleurs (et rien à voir), si la BD pocket était une cause politique, je me considérerai comme un agent infiltré, puisque je plaide pour la cause du Petit Format, notamment à travers un blog entièrement dédiée à une maison d’édition de pocket fictive, et créée pour donner du crédit aux héros à la AKIM, ZEMBLA et autres BLEK qui parcourent l’univers de mon album : http://roa.over-blog.com Chaque vendredi, une nouvelle couverture ou planche, ainsi qu’une chronique y est mise en ligne par un certain Alain Chevrel,un des personages de mon album. Si vous êtes intéressés, voire juste intrigué, faites-moi savoir : je vous ferai envoyer un album.
Espérant votre visite, je vous salue cordialement