L’immersion dans une vie virtuelle est un accomplissement plutôt qu’une régression.
virtuel, jeu vidéoJean-Baptiste Soufron
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…Une chronique dédiée à Gary Gygax, le fondateur de D&D
Les jeux vidéos créent une immersion participative qui fait peur à la majorité des gens qui analysent ce phénomène. Les joueurs se plongent dans leur vie virtuelle et délaissent leur vie réelle. Psychologues, psychiatres et sociologues ont tous tendance à regretter la façon dont les gens s’immergent ainsi dans un jeu vidéo en ligne. Les joueurs y passeraient «trop» de temps. Ce serait un problème. Au fond, ce serait même une régression.
Ce discours est trop uniforme pour ne pas susciter le doute. Comment tant de gens différents peuvent-ils être aussi unanimes ? Et comment leur analyse peut-être elle aussi négative face à phénomène finalement plutôt commercial et consensuel ?
Au contraire, ne devrait-on pas considérer que le développement de cette nouvelle vie virtuelle est un aboutissement intellectuel bien plus qu’une régression ? Ce point de vue révèle toujours une certaine animosité envers ceux qui ont réussi à échapper aux contraintes de leurs corps et du physique.
On me faisait récemment la réflexion que les gens vivent aujourd’hui dans un univers de science fiction. Notre environnement est de plus en plus composé d’interfaces imaginées par d’autres. Sans même parler des joueurs de jeux en ligne, les internautes vivent une bonne partie de leur vie dans un environnement parfaitement virtuel. Mais peu à peu, cet environnement virtuel commence à se répandre dans le réel. Le quotidien rattrape la science fiction. L’interface de l’iphone ressemble étrangement à l’apparence du téléphone de science fiction utilisée par les rescapés de la série Lost. Et que cet environnement virtuel soit composé d’icones et de textes plutôt que de monstres et de magiciens ne change pas vraiment quelque chose à l’affaire.
Or donc, «après avoir plongé dans World of Warcraft, difficile de revenir à la grisaille de tous les jours. On dit qu’à haute dose il a le pouvoir de déconnecter les gens du réel » semble se désoler en quatrième de couverture l’éditeur de «Le monde de World of Warcraft, ma vie en ligne parmi 9 millions d’accros» récemment écrit par Jean-Paul Bourre.
Effectivement, il est désormais possible de passer plusieurs heures, voire plusieurs dizaines d’heures en ligne. De s’y faire des amis, d’y trouver des intérêts, d’y gagner de l’argent.
Ce qui se traduit bien sur par une diminution du temps passé dans l’environnement réel.
Alors faut-il vraiment s’inquiéter de cette capacité nouvelle de l’humain à échapper au réel ? Ou peut-être faudrait-il cesser de différencier environnement virtuel et environnement réel pour commencer à parler d’environnement innovant et d’environnement classique ?
Pour ma part, je soutiens qu’il faut voir dans ce phénomène du développement des mondes virtuels un véritable aboutissement par lequel la conscience s’extirpe enfin du principe de réalité.
Jusqu’à présent, l’humain est resté prisonnier du fardeau du quotidien. Il était nécessaire de faire plier son esprit aux difficultés et aux risques que comportent l’existence. Ce n’est pas pour rien que la liberté en occident est inséparablement associée à l’allégement du poids du réel. Si l’Europe est devenue la mère des révolutions, c’est peut-être aussi parce qu’elle est le premier continent à avoir conceptualisé le théatre, la littérature, la danse, le chant, la presse. Elle leur a donné une mémoire. Elle les a reliés les uns aux autres. Elle les a pensé peu à peu comme un projet d’ensemble destiné à briser la domination de la misère du quotidien par un travail de construction de l’imaginaire.
Le développement du virtuel n’est que la continuation de cette construction des arts et de la culture. Nous assistons en fait à l’incroyable prise de pouvoir de la modernité où réalité rime maintenant avec réalisation de soi. Si le joueur, l’internaute ou le citoyen virtuel passent moins de temps dans le réel pour se développer dans le virtuel, c’est parce que celui-ci leur permet de mieux s’accomplir eux-mêmes.
Nous pouvons prendre le pari que la notion de réalité sera rapidement condamnée au rang de l’inacceptable et du réactionnaire. Ses composantes explosent dans le virtuel. L’inflexibilité de la loi disparaît. On peut désormais choisir son monde en ligne et en plier les contraintes à ses envies. L’impossibilité de prévoir le destin recule face à la capacité à étudier les règles, à optimiser son personnage ou à construire son rôle. L’impossibilité de se libérer de la douleur n’est plus qu’un souvenir. La mort virtuelle n’a que son nom de commun avec son équivalent réel.
Mais plus le virtuel s’installe, plus ses règles deviennent partagées et plus le citoyen virtuel doit se soumettre à un nouveau réel imposé par ses pairs en ligne. D’une certaine façon, le virtuel devrait redevenir réel.
En somme, le virtuel a longtemps été utilisé de façon théorique pour représenter le réel par analogie (théorie des jeux en science sociale ou théorie de l’apparence en droit). Mais il n’est plus possible de considérer le virtuel comme une théorie ou une fiction. Aujourd’hui, le virtuel est une pratique. C’est l’application du Ready Made au domaine de l’imaginaire individuel.



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11 mars 2008 à 0:02
le top parce qu’il y le plus de player… contrairement à EQ2
Mais j’ai arrêté au bout d’un mois. Trop peu de rôle play entre les joueurs on se retrouve à jouer en solo la plupart du temps, ou alors avec des niv 70 gros bill qui ne pensent qu’à buffer et looter, où était le plaisir du jeu?
comparé à ce que m’a offert le monde de Gyga avec effectivement des one shots de 10h autour d’une table où les joueurs se surpassaient en matière de rôle play…
11 mars 2008 à 0:07
Oui le bon senns, mais les joueurs avec lesquels on est amené à jouer sont presque tous des no life : dans mon entourage, il n’y a ue moi qui est réussi à construire une vie à côté. En arrêtant.
Sinon, le visuel de WO est énorme : cartoonesque et tellement fantaisiste…
11 mars 2008 à 0:36
un petit Pvp ‘player vs player) pour compter les points lors des conflits
20 mars 2008 à 20:19
Enfin tout de même, on se rend compte que les jeux en ligne sont aussi capables de dégager une certaine profondeur. Les parties de JDR sur table étaient peut-être intéressantes, mais il ne faut pas non plus oublier les heures passées à lancer des dés en attendant de réussir un coup critique, etc.
Bref, les 2 expériences se ressemblent : des moments parfois un peu ennuyés, suivis par des moments intenses quand commencent à se créer des interactions avec les autres joueurs.
24 mars 2008 à 19:47
Se détacher de l’environnement réel, c’est aussi refuser de le connaître. Quelqu’un qui passe dix heures par jour à jouer devant son ordi peut ne pas lire un seul livre dans une année, peut ne pas voir un seul bon film (qui fait réfléchir), peut ne pas connaître le plaisir simple d’une promenade. Sans compter les réflexes d’impatience et de diminution de concentration qui résultent de ces pratiques intensives. Le temps que ces gamers engloutissent est hallucinant. Ce sont des gens qui n’auront aucun souvenir à raconter à qui que ce soit, aucune expérience un peu élevée à partager. C’est triste. Pour reprendre la parlance de Minuit Dix, je suis un adepte de l’adulting, à la place du gaming. C’est le fait de grandir, de sortir, de faire des choses, et de ne pas devenir un gosse barbu devant son ordi, avec une occupation assez égoïste : le plaisir personnel, et rien d’autre. C’est vraiment triste. J’ai essayé de discuter avec des gamers, et ils ne peuvent parler de rien d’autre, en dehors de leur pratiques de jeux… Ca doit être déprimant de vivre avec des gens comme ça!
5 avril 2008 à 9:06
Bon ,il est toujours sympathique de prendre à rebrousse poil une idée toute faite..L’irréel serait dangereux etc.. Mais, c’est presqu’aussi vain que l’inverse.. Comparer la presse et le théâtre à l’univers no life, c’est exagéré. Le spectacle est certes aussi un imaginaire mais dans lequel vous êtes passif en tant qu’acteur. On vous y propose un monde , on vous le montre, on vous donne à penser quelque chose qui vous résiste. Rien à voir avec les univers mous et malléables au gré du caprice des NL.
Ce n’est pas l’irréel qui est condamné, mais le principe de désir livré à lui-même. Par ailleurs, en quoi le réel serait-il à ne plus supporter ? De quelle libération parlez-vous si l’imaginaire est bouclé sur lui-même ?
Une idée audacieuse et à contre-courant n’est pas forcément novatrice. A moins que vous soyez déjà dans le monde des idées virtuelles ?
6 avril 2008 à 6:14
Virtuel Sarkozy vous ecoute en direct, en public et en “stream” tous les jours sur son ile (…et il n’aime pas vraiment ce qu’il entend, bande de gochistes):
http://slurl.com/secondlife/CARICAVATARS/124/8/23
http://img249.imageshack.us/img249/7205/parisburninglx5.gif
Christophe Hugo
21 mai 2008 à 10:01
Je crois que le virtuel ne s’oppose pas au réel, mais à l’actuel. Deleuze reprend la distinction à son compte, alors que la plupart des spécialistes restent sur une notion éroné peut-être…
On actualise un site internet en cliquant sur le bouton “enter”, et qu’est-ce qui reste de réel après ce geste ordinaire, pas assez pris en compte…
L’idée de J. CHirac, récemment formulée en interview consiste à taxer un nombre de clics de souris pour relancer la participation des pays riches au développement des pays pauvres. Cette prise de position délirante est au croisement du virtuel et de l’actuel. Chirac cherche quelque part désespérément à taxer dans le réel… dernière utopie pernicieuse du virtuel…