L’après Fêtes dans mon corps et son esprit, c’est : digérer et passer à autre chose, que ca m’ait plu ou non. La Black Box, la petite boite noire éditée par Radio Nova que m’a offert un ami passe et repasse sur la platine CD, impossible à digérer. Non que ce soit écœurant, mais difficile de s’en passer quand on commence à l’avaler, si possible dans le désordre.
1956 – 1980 : vingt-cinq galettes joliment décorées comme des vinyles, pochettes extras et rainures noires, rondelle au centre pour les puristes. On commence avec le séminal Rocket 88 de Ike Turner jusqu’à Suicide, Diamonds, Furcoat, Champagne. Toute la cartographie des mouvements que Jean-François Bizot dessinait tout à trac sur une feuille blanche saturée de feutres et de couleurs, là, dans une tentative de compil. Le branché infatigable (le mot résiste à l’usure concernant Bizot) a mixé joyeusement vaudou du XVIIIème, blues, rock noir, pop, funk, swing, chanson sans jamais rien déconnecter des mouvements de pensées qui les accompagnent. Il y a plus qu’une blague type Dr Folamour dans The Fin du monde de Soundforce (bande son idéale d’un jour de l’An), et la ressemblance frappante du lettriste Isidore Isou (photographié en 1947 dans l’image à laquelle je pense) avec Elvis d’avant Presley signifie elle aussi quelque chose d’un mouvement d’idées avec la musique, pas toujours là où on l’attend.
Alors quand se côtoient à quelques minutes d’intervalle un reggae démentiel, lourd et poétique des Meditations, «I’d rather be with you » de Bootsy Collins et Pretty Ballerina de Left Banke (en 72 ? tiens bizarre…) mon cerveau surchauffe et pourtant tout est bien & équilibre en mon for intérieur.
Que dire sur la folie graphique qui illustre chaque CD, des couv’ d’Actuel, les dessins de Crumb ou encore les unes de John Wilcock pour Other Scenes (choisie pour le disque de 1969) et la liberté rarement prise ailleurs de mettre en compile un Mingus dans sa version de 12 minutes ou le Olé de Coltrane sur plus d’un quart d’heure. Rien sinon que ca permet de s’occuper l’esprit un bon moment, et d’ouvrir sur tellement de choses, ce qui n’est pas rien pour un produit sous plastique.
Voilà sans doute l’occasion d’écouter sur France Culture la série sur Actuel ou une spéciale Bizot, mais j’ai tout raté, heureusement il y a la « baladodiffusion ». Un geste bien corporate pour le premier billet sur ce blog me direz-vous. J’en choisis finalement un autre, plus facile encore (il faut bien céder sur tout, quand on s’impose de bonnes résolutions), celui du namedropping frénétique pour inciter à se procurer ou voler le précieux coffret : Fred Astaire, Pierre Barouh, The Yardbirds, Kool & The Gang, Mahmoud Hahmed, les Sparks, Albert Marcoeur (!) Funkadelic, Peggy Lee, Fela, Boris Vian, Lizzy Mercier Descloux, Sarah Vaughan, Pablo Moses, les Heptones, MC5, Franck Zappa, Kraftwerk…
Oui tout a déjà été dit, entendu ailleurs… tout compte fait, non.