Chronique meilleure série tv du monde : The Last Enemy (BBC)
séries tv 2 commentaires »15 mar 2008
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Qui connait le groupe article 29 ? Le groupe article 29 a été créé par la Directive 95/46/CE consacrée à la protection des données personnelles des citoyens de l’union européenne. Mais pourquoi protéger les données personnelles des citoyens ?
En France on le sait depuis 1978, il n’est pas bon que n’importe qui connaisse vos opinions politiques, votre état de santé ou vos convictions religieuses. La collecte de ces données est interdite. Mais que se passerait-il si cette législation évoluait ? Que se passerait-il si le gouvernement devenait soudain capable de croiser vos données et de faire le rapprochement entre votre facture canal + et le fait que vous ne payiez pas la redevance tv. Ou bien entre le fait que vous soyiez enseignants à l’université et la liste des livres que vous avez emprunté cette année à la bibliothèque, ou bien les livres que avez acheté sur Amazon.
Cet univers dystopique, c’est celui de The Last Enemy, une nouvelle série de la BBC avec Robert Carlyle, Max Beesley, Benedict Cumberbatch dans laquelle un génie des mathématiques est contacté par le gouvernement pour l’aider à mettre la dernière main à un big brother de ce type : T.I.A, Total Information Awareness.
“TIA is Tomorrow.” Voilà le slogan que l’on aimerait donner à cette série. Pour bien faire comprendre que ces problèmes sont plus proches de nous qu’on ne pourrait le penser. Alors bien sur la problématique n’est pas nouvelle, on peut citer Orwell bien sur, mais aussi the Shockwave Rider de John Brunner, et bien d’autres.
Mais l’élément fascinant de cette série anglaise, c’est son réalisme technique et politique. La majorité des innovations qui sont présentées au spectateur sont déjà quotidiennes ou quasi-quotidiennes. Les interfaces de contrôle utilisées seront familières à ceux qui connaissent déjà Google, voire Mahalo pour les utilisateurs les plus avancés. Les fonctions qui sont introduites existent déjà en partie grâce à des sites internet comme Spock qui s’occupe de réaliser le mashup des données tirées de Wikipedia, Facebook et Linkedin. Et naturellement, grâce à Google Maps, plus personne ne sera surpris de voir des méta-éléments issues de bases de données externes s’afficher sur une carte routière.
Quand à l’enchaînement politique décrit dans la série, c’est celui que craignent tous les défenseurs des libertés numériques. La façon dont on y refait l’arbitrage entre la protection de la vie privée, les impératifs de la vie démocratique, les éléments constitutifs de la liberté de conscience et la façon dont on instrumentalise politiquement les faits divers et les enjeux du terrorisme.
Passé le charme de la qualité du science design, rien n’est plus intéressant que les débats politiques qui se déroulent dans le secret des cabinets anglais. La manière dont les décideurs refont les grands débats qui avaient déjà eu lieu dans les années 70. Sans déflorer le scénario, on peut dire que The Last Enemy a l’intérêt d’appuyer là où ca fait mal : sur les petites choses qui ont évoluées depuis cette époque par petites touches, subrepticement. La Grande Bretagne est désormais couverte de caméras de surveillance. Alors que c’était quelque chose qui avait disparu du paysage anglais, elle va réintroduire la carte d’identité dans les mois qui viennent. Les USA sont en train de voter le FISA Act pour accorder une immunité aux opérateurs de téléphone qui auraient aidé le gouvernement à procéder à des écoutes illégales.
D’une certaine façon, ce qui fait le plus peur c’est que The Last Enemy est peut-être une série de science fiction, mais ce n’est peut-être pas vraiment une série de politique fiction.


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