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La radio par “hard times”

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   Les éditions Amsterdam traduisent et publient les histoires orales de la Grande Dépression recueillies en leur temps par Studs Terkel.

   On se souvient un peu du rôle politique que la radio joua alors. Du moins se sont inscrites dans la mémoire les causeries au coin du feu du président Roosevelt: il était patricien snob comme pas un mais il suffisait qu’il dise “mes amis” et la magie opérait. Les interventions plus radicales, devant d’autres micros, d’extrèmistes comme Henry Long ou le prédicateur catholique antisémite  Coughlin ont laissé beaucoup moins de traces même si on trouve chez Julien Green l’écho des saintes colères que celui-ci pouvait provoquer.

   Terkel reçoit le témoignage de contemporains qui gardent une autre mémoire de la radio. Il ne suffit pas de dire que la dépression fut terrible et profonde, observe-t-il: “La crise de tout le monde finit par ne plus être la crise de personne; écoutons un à un les faillis, tous ceux qui ont eu le sentiment de devenir  inutiles au monde mais observons aussi les malins qui tirèrent parti des opportunités; quand il y a beaucoup de gens au travail, il est plus facile pour les bons vendeurs de trouver leur place.”

   Parmi la galerie d’opportunistes qu’il déploie en conséquence, je ne résiste pas au plaisir d’en citer un assez longuement. Et comme, quai de Seine, il nous arrive de parler radio, ce sera un petit génie des ondes. Son nom: William Benton. Il avait fondé une petite agence de publicité au moment où s’effondraient beaucoup d’entreprises. Lui avait été confié le budget d’un dentifrice en perdition, Pepsodent. “Je remontais une rue en me promenant; il faisait chaud, les fenêtres étaient ouvertes et sur dix neuf radios allumées, on en entendait dix sept qui passaient l’émission Amos and Andy. J’ai acheté Amos and Andy pour Pepsodent qui, du coup, n’a jamais connu le crash.” Le même Benton, un peu plus tard, inventa la musique d’ambiance dans les magasins, l’aïeule du genre lounge d’aujourd’hui, la musique faite pour qu’on ne l’écoute pas: “Tout homme d’affaires rêve d’un produit qui crée des habitudes d’achat.” Et pourquoi ma réussite? demande Benton: “La plupart des gens aux Etats Unis n’ont pas d’oreille. Pas d’oreille du tout. Or moi non plus, je n’ai pas d’oreille. Donc je ne suis pas inhibé et c’est la raison pour laquelle je suis si doué pour la radio.”

   Il faut une fin morale à la fable que je rapporte. C’est l’exemple que donne Benton lui-même dans ses dernières années qui la fournit. Le bonhomme se retrouve à la fin des fins… éditeur de l’Encylopaedia Britannica et président de l’Université de Chicago. “Cela a changé ma vie, je suis devenu producteur d’émissions pédagogiques, j’ai tenté de produire des anticorps qui pourraient barrer la route aux facilités que j’avais permises.” Bref, après la “muzak”, l’heure de cours. Comme quoi la vie sans idées, même avec beaucoup d’argent, ne peut être vécue tout le temps. Julien Green, à la même époque, écrivait que sous les portes verrouillées pouvait passer un trait de lumière.

    Et c’est ainsi que le chanceux Benton finit en glorieux précepteur de l’humanité. En somme, une fois la conversion achevée et la bure achetée, en directeur de France Culture.

L’obituaire

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Avant qu’il n’existe le journal, la radio, la télé et le net, les monastères se communiquaient entre eux les nouvelles des décès des uns et des autres par l’obituaire, lequel passait de cloître en cloître. Ces temps-ci, c’est un peu la fonction que tient France-Culture. Le Père Calvez , l’ancien directeur d’Etudes, et le trotskiste Daniel Bensaïd, lui aussi fidèle entre les fidèle, meurent le même jour. Nous essayons de tenir la balance égale entre l’un et l’autre. De même que nous faisons, évidemment, à Eric Rohmer un cortège aussi important au moins qu’à Philippe Séguin.
Pour en revenir à feu Philippe le Gros, qu’on ne compte pas sur moi pour entrer dans la discussion oiseuse selon laquelle il y aurait des hommes de culture dignes des obséques de notre station et d’autres qui ne seraient que des politiques. Churchill, qu’aimait tant Séguin, était aussi Nobel de littérature et Rohmer passait pour l’un des meilleurs archéologues de la société française. Je voulais juste indiquer ma perplexité à la lecture des compte-rendus de la cérémonie des Invalides par la presse écrite nationale. J’étais en réunion lundi à 15 heures quand elle commenca sous un ciel bas par un temps gris. Je lis qu’une longue théorie de manteaux noirs se déploya dans la cour d’honneur et qu’auparavant, dans la nef, VGE et Chirac se retrouvèrent côte à côte sans se saluer d’un mot. J’aperçois sur les photos les silhouettes malvenues de Tibéri et de Millon qui se glissent devant les objectifs. Mais personne, pas même Pascale Robert-Diard dans son beau papier du “Monde”, n’indique s’il y avait, hors du personnel politque, beaucoup de monde ou peu de monde à se joindre à l’ultime hommage. C’est étrange, on nous répète que toute la République ou quasi était là et personne ne parle des citoyens.
Et personne ne m’avait annoncé non plus la disparition de Coin-Coin à Avignon. Je remercie vraiment un internaute de l’avoir fait: ce blog a donc une utilité. Coin-Coin’était une figure de la place des Carmes; ancien SDF il s’était refait là-bas une santé et je suis fier que, plus d’une fois, Travaux Publics lui ait donné la parole. Les humbles y ont droit, c’est la leçon commune de Camus et de Séguin que nous saluions la semaine passée d’un même mouvement. “Après vous, les pauvres et les petit Chose…”
Dernière remarque. La migration des blogs de France Culture, que nous annoncions, a en effet été reportée. Cela permettra aux petits malins qui prennent l’espace public pour une cour de récréation de continuer leur partie de colin-maillard, que j’arbitre de loin, ne pouvant y passer, voyez-vous, tout mon temps, et sifflant seulement ceux qui pratiquent l’injure. On ne peut se consacrer entièrement à un quarteron de censeurs en goguette quand, par ailleurs, il faut essayer de satisfaire des auditeurs de plus en plus nombreux.

Philippe Séguin

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     On sait que Jacques Chirac essuyait régulièrement les colères de Philippe Séguin. Las de se faire raccrocher le téléphone au nez, il finit par émettre l’hypothèse que le tempérament de son compère était décidément insupportable. Ce qui provoqua cette réaction ingénue deSéguin:   

-Mais comment t’es-tu aperçu que j’avais mauvais caractère?

-Ce sont, cher Philippe, les journalistes qui me l’ont dit.

     Pendant quelques années, j’ai assez souvent cotoyé Séguin, à Epinal, il est vrai, où il avait davantage intérêt à se montrer normal, et je n’ai jamais eu l’occasion de le voir manier la foudre. “Vous savez, disait-il, on raconte que je me fais mener aux Champs pour jeter mes dossiers par la fenêtre de ma voiture, mais je peux tout aussi bien les balancer du premier étage de mon bureau, vous voyez bien qu’on exagère mes défauts.”

     Non, à Epinal, dont il fut un maire incomparable, on craignait moins ses colères qu’on n’ attendait sa présence. Kissinger disait du général de Gaulle qu’une fois entré dans une pièce, celle-ci basculait; l’arrivée de Mitterrand dans un salon provoquait un frémissement, celle de Sarkozy déclenche une décharge électrique… Quand la silhouette ( mais le mot convient-il?) de Séguin apparaissait dans une rue ou  se calait difficilemnt sur un banc pour assister dans un gymnase à un match de basket, les regards ne pouvaient cesser de se porter vers lui. Cela, en politique, s’appelle le charisme et ne rime pas nécessairement avec l’organisation partisane.

    Je n’étais pas inscrit sur les listes d’Epinal; quand il se présenta  en vain à Paris en 2001, je n’ai pas davantage eu l’occasion de voter pour lui; je n’ai jamais été son électeur mais je sentais qu’il était mon représentant. Et beaucoup d’entre nous ont dû partager ce sentiment, au moins un moment, qu’ils détestent définitivement la politique ou qu’ils l’aiment toujours un peu, cherchant encore en elle ce qui reste de conviction en cette époque du tout- communication . Davantage, ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui ont été reconnaissants d’incarner la meilleure part du camp qui leur était adverse. Qu’aurait été la bataille de Maastricht si le non avait été incarné par les nationalistes intégraux et non par le descendant passionnément modéré de Jules Ferry qu’il était?

     En réalité, nous aimions Séguin parce qu’il nous rendait intelligents en nous faisant apparaitre derrière les fausses évidences de vrais enjeux. Nous pouvions admirer Giscard quand il lui arrivait de consentir à le faire mais c’était un don, pas vraiment gratuit, qu’il ne nous octroyait, grand seigneur, que de tempse n temps. Giscard n’offre même pas à boire à qui vient le voir, s’il n’est pas de son rang. Il fallait, en revanche, voir Séguin au stade ou à table: chez lui, le partage était naturel. Au point qu’il a laissé les généraux de cour s’attribuer ses lieutenants fatigués, et que, non content de ne pas laisser de descendance politique, il ne lègue pas non plus de patrimoine financier ou immobilier. 

     Je finrai en rappelant la figure d’un grand homme de télévision. Séguin, qui passait beaucoup de temps devant les écrans, devait se souvenir de Georges de Caunes. De Caunes qui avait organisé une émission où il s’installait solitaire dans une île ou une cage pour se faire dévorer des yeux par ses contemporains. Et qui, lassé de jeter des maximes à la foule ingrate, finit par conclure: “Il est préférable de savoir partir plutôt que d’arriver.”

ATTENTION. Au moment où Philippe Séguin sera entour par ses amis, vrais et faux, et par les anonymes, lundi qui vient, aux Invalides, ce blog, commer les autres de Radio-France, sera suspendu. Et  le deuil durera trois jours. Conséquence non du froid mais d’une opération de migration. Puisse cette suspension calmer les lubies de certains qui, souvent, provoquent la mauvaise humeur justifiée des autres. Il y a longtemps que Séguin aurait envoyé tout valser. Encore que.. Comment disait-il? “Il n’y a rien de plus jouissif que d’être traité de con par des imbéciles”.                                                                 

Il suffit de 2%…

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   Et tout est différent!

   L’actualité est creuse en cette fin d’année. Aussi “Le Parisien” et ” Les Echos” consacrent l’un et l’autre un titre de “une” à  l’augmentation, estimée à 2%, de la vente de cigarettes en France. Le premier titre y ajoute même deux pages entières.

    Les deux rédactions sont, l’une et l’autre, dépendantes voire “addicts”, mais pas aux mêmes sources d’information. Au “Parisien”, en même temps qu’on fait confiance au sens commun et qu’on interroge des quidams à la descente de leur train de banlieue, on donne la parole au président de l’Office français de prévention du tabagisme qui tonne: l’Elysée écoute trop le ministre du Budget, lequel passe à la caisse chaque fois qu’est vendu un paquet de cigarettes et Frédéric Lefebvre parle trop en son nom alors que, dans une autre vie, il faisait du lobbying pour l’industrie du tabac… Aux “Echos”, on est visiblement plus sensible aux intérêts  des fabricants et des distributeurs et on relativise. Si augmentation des achats il y a, c’est qu’on se fournit moins en Espagne ou en Belgique: “la législation européenne permet aux particuliers d’acheter du tabac à l’étranger, dans des proportions raisonnables; or la hausse récente des prix décidée par Bruxelles et Madrid a réduit l’écart” et poussé nos compatriotes à revenir chez les buralistes intra-muros. Peut-être le bébitant à demi-ruiné de Biarritz va-t-il reprendre des couleurs, ce qui, au fond, est une bonne nouvelle.

     De glose en glose, on sent que chacun des deux journaux aurait de quoi tisser une édition spéciale dirigée, chacune, par une interprétation radicalement différente. On se dit que si l’équipe du “Grain à moudre” n’était en vacances, elle pourrait même en tirer un débat haut en couleurs. Las! Il suffirait que Julie et Brice, armés de leur scepticisme renommé, observent d’un peu près les fondements de la polémique en train de se construire et ils diraient vite: “Stop”. La hausse de la vente en France?. Elle est observée par la seule société Altadis, héritière franco-espagnole de la SEITA et elle n’est, répétons-le, que de 2% entre novembre 208 et novembre 2009. Les achats en France intra-muros qui reprendraient de plus belle? C’est un sondage de British American Tobacco, effectué auprès de 2000 de nos compatriotes fumeurs, qui le laisserait soupçonner. L’importance du marché de contrebande aux frontières ou via Internet? Il n’ya que le montant des saisies des douanes frontalières ou postales qui permet de l’estimer, et on sait que nos fonctionnaires sont dorénavant pressés de réaliser des objectifs qui ne photographient pas mieux la réalité que, jadis, les chiffres de feu le Gossplan en Union soviétique.

     Bref, voilà , en fin d’année, trois pages de journaux qui reposent sur bien peu de chose et dont vous pouvez faire l’économie de la lecture. Comment disait Montherlant, plus regretté encore que le Gossplan: “De vos journaux, dans six mois, il restera moins encore que d’une danse de mouches dans un rayon de soleil”?

Le transistor, suite mais pas fin

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   Histoire de montrer que je ne fais pas relâche ( il faut constamment exercer sa vigilance dans cet espace ouvert à tant de vents mauvais), je voulais tenir compte de certaines informations par vous apportées avant de clore trop vite le chapitre “transistor”.

   Oui, c’est vrai chez nous, chaque foyer compte en moyenne, si les chiffres de Francoscopie 2010, sont exacts, six récepteurs de radio… Avant qu’ils ne disparaissent par la force des choses l’un après l’autre, on ne pourra pas conclure à la mort du transistor.

     Oui, c’est vrai, certaines villes offrent encore, et en vitrine, cet objet que j’ai décrété en voie de raréfaction. J’ai noté les adresses que certains me comuniquaient et pas plus tard que la semaine dernière, j’ai de mes yeux vu plusieurs transistors qui se livraient une bataille chevaleresque dans une devanture de la rue qui part de la gare de Vichy pour rejoindre les parcs.

     Et, pour signifier qu’en effet, ne soufflent pas que des vents mauvais et qu’une bataille peut être perdue sans que la guerre soit abandonnée, je voulais citer cet article de “La Tribune” du 23 décembre. Il y est dit qu’une fois qu’on annonce avec certitude la fin du signal analogique, on déclenche du même coup une nouvelle offre des industriels et une forte demande des clients. En Grande Bretagne, on vient ainsi de vendre le dix millonième appareil portatif de radio numérique. Sur le cadran des fréquences, une offre de 200 stations et  sur le devant de l’appareil, un petit écran qui permet d’ajouter des informations supplémentaires ( le nom de l’émission en cours, de la musique diffusée, de la personne interrogée) … et, hop! c’est le triomphe commercial que réserve souvent la nouveauté.

    Pendant ce temps, à Paris, on n’a pas encore fini de discuter de l’intérêt de la radio numérique terrestre. Le CSA, une fois installée en grande pompe une mission pour le déploiement de la dite RNT, bute sur l’obstacle des conclusions de la mission Tessier, dont tel ou tel de nos blogueurs a noté la sévérité. La RNT est-elle, comme le soutient l’ancien président de France-Télévisions, une étape à sauter, trop coûteuse, trop incertaine? Mais si elle évite que la radio ne se dilue dans des terminaux communs , si elle  permet le maintien, dans chaque domicile, d’un objet domestique encore voué à elle seule, l’investissement ne vaut-il pas d’être tenté?

Et après le transistor?

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   Le mois dernier, un ami me convie à un pari: “Puisque tu penses encore qu’on peut prolonger la radio de papa, demandes-toi avec quels outils tu le feras; trouves et achètes un transistor et, après, on en en reparlera.”Tranquille comme Baptiste, je pars à Sain-Malo: eh bien, ni intra-muros ni à Paramé ni rue Ville-Pepin, je ne déniche l’objet. Les commercants me font observer que c’est obsolète. Nouvelle tentative la semaine suivante, à Saint-Dizier cette fois: je me dis que, dans une ville plus pauvre, ce sera moins difficile. Même échec sur toute la ligne. Je sais que, rue d’Alésia à Paris, si n’a pas disparu un magasin un peu interlope, tout près de la voie de chemin de fer qui sépare les territoires incertains du 14e et du 15e, je pourrais espérer dénicher le poste rare. Mais, comme je suis en Haute-Marne, je préfère confier mes intérêts à mes amis brocanteurs de Blumerey. L’un, qui réussit généralement à satisfaire les caprices des clients les plus fortunés, n’a plus rien de tel dans son magasin mais l’autre, plus modeste, possède encore un stock dont il me distrait un e emplaire. Je rentre enfin avec le trophée dont mon ami parieur et farceur a la bonté de ne pas vérifier l’état de marche. De toute façon, au temps de l’i-pod triomphant, on est devenu moins regardant sur la qualité de l’écoute!

     La marque de l’objet rare? Sony. Il n’y a plus guère que cette immense société japonaise qui, en électronique, consent à couvrir un spectre large de produits et à fabriquer encore quelques modèles basiques, lesquels lui rapportent infiniment moins que ses play-stations. Mon camarade de Blumerey me rapporte qu’il a cependant vu, en Belgique, des transistors venus d’ailleurs mais c’ étaient en réalité des objets purement décoratifs, des boites à musique multicolores.

     Une époque s’achève, qui commenca autour de 1950. Elle marqua dans l’écoute de la radio une révolution. Autrefois, on écoutait le poste quasi religieusement. Je me souviens, en Bretagne, de mon grand’père penché sur l’appareil  jusqu’à faire corps avec lui ou encore d’une fratrie de célibataires qui l’avaient placé si haut qu’ils ne pouvaient l’allumer qu’en grimpant sur un tabouret - assez vite d’ailleurs, ils l’éteignaient, craignant qu’il ne se fatigue rapidement. Les années 60 marquèrent un changement complet: le transistor tirait l’auditeur comme le cheval la charrue, il conduisait par le bout du nez l’adolecent sur la plage ou la ménagère d’une pièce à l’autre.

    Aujourd’hui, nouveau virage. La radio s’entendra sur un terminal, support polyvalent, qui permettra aussi de regarder de la vidéo, d’écouter ses playlists musicales, de téléphoner…. Dès 1990, le CNRS mettait au point un transistor qui se combinait avec une calculette molle comme les montres de Dali et avec un écran de télé qu’on pouvait rouler après usage comme une nappe de toile cirée.  D’aucuns noteront que le labo qui fit cette invention était situé à Thiais et qu’il préparait, près d’un grand cimetière, un enterrement de première classe. Disons plutôt que la route de la transformation technique va souvent dans le sens de la “convergence” et que l’e emple que nous prenons illustre une généralité bien connue.

     Radio inscrite dans la dite convergence, radio à la demande, passage de l’identification à une radio à l’identification à tel réseau social ou à tel blog… Le basculement est vertigineu  . A lire les habitués de Quai de Seine qui, plutôt d’écouter encore France Culture s’accrochent à ce blog tels des berniques à un rocher, on  est tenté de penser que le progrès n’est pas évident…Mais il faut prendre les situations comme elles sont et les auditeurs au point où, qu’on le regrette ou non, ils sont parvenus.

     Tout de  même, il me vient un souvenir. Je voyais souvent François Valéry. C’était le fils de Paul et l’ombre du grand homme le suivait partout. François n’allait d’ailleurs jamais bien loin. De Verrières-le-Buisson  au Ritz puisqu’il ne pouvait envisager de se faire coiffer autre part, d’un déjeuner à un dîner: sa conversation éblouissante était une bénédiction pour ses hôtes. Il avait accfepté d’être nommé ambassadeur, à condition que ce fût à Paris, ils s’était donc contenté de l’UNESCO. Nous le pressions bien sûr d’écrire ses souvenirs. Il prétendait qu’il ne pouvait le faire qu’avec l’aide d’une vieille machine à écrire d’un crtain type. J’eus à peine le temps de repérer celle qu’il cherchait dans une boutique de l’Odéon qui, depuis, a changé d’enseigne, et de m’assurer qu’il restait assez de rubans pour lui assurer plusieurs mois de travail que François Valéry, qui était en vérité assez paresseu ,  mourut subitement. Ce pari-ci , je l’ai perdu. Quant à celui que j’évoquais plus haut, nous le perdrons bientôt tous et il nous faudra changer de jeu.

Deux rendez-vous radio

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     Un blogueur notait que je ne devais pas connaître Hervé Glevarec. Si, fort bien et depuis qu’il préparait ici sa thèse, excellente, sur les producteurs de France Culture. Avec ses amis du GRER -Groupe d’études et de recherches sur la radio- il organise un colloque sur les mutations des objets et des formes radiophoniques. C’est du 26 au 28 novembre, à Paris, dans les locaux de l’INA et de l’INHA ( à ne pas confondre) Programme alléchant sur le site du GRER www.grer.fr/

     Et, la semaine suivante, du 3 au 6 décembre, Longueur d’ondes à Brest. Septième édition. Je connais des auditeurs qui, habitant le Sud, prennent des vacances pour participer à ce festival. Pour France Culture, Thomas Baumgartner, Joseph Confavreux, Jean-Marie Colombani seront là aussi. Et surtout les programmes de fiction qui travaillent depuis longtemps avec les élèves des écoles de Brest. A ne pas manquer, le spectacle qu’ils offrent, écoutant dans la grande salle du Quartz, casques sur les oreilles, et se demandant les uns les autres “Est-ce que t’entends ce que je vois?”. Le GRER note que l’écoute traditionnelle de la radio s’effondre chez les gamins, Longueur d’ondes fournit quelques unes des réponses possibles.  Le site de Brest: www.longueur-ondes.fr

Un petit salut à Kriss… et à son père

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     De même que les auditeurs de Radio France qui butinent à leur guise - une station ici, une station là - appartiennent peu ou prou à une même communauté d’esprit, ses producteurs, même s’ils ont travaillé seulement à FIP ou Inter, font un peu partie de France- Culture. Aussi la disparition de Kriss Graffiti touche-t-elle le si ième étage de la Maison Ronde comme les autres. Elle avait dans la voi  un grain particulier et elle réveillait le grain d’enfance que nous avions enfoui dans nos têtes; qui plus est, au temps des cumulards qui miltiplient les emplois médiatiques, elle a toujours su se rendre rare: aussi chaque fois qu’on la retrouvait, on éprouvait la même joie que, dans nos premières années, au retour d’un parent revenu de loin et porteur de cadeau  .

     Ce soir, je ne retrouve pas dans ma bibliothèque le livre consacré par notre ami Thomas Baumgartner à “L’oreille en coin” et à son équipe: Kriss y joua le rôle d’une virtuose qui ne tirait jamais la partition vers elle. En revanche, sur un autre rayon, les réfle  ions en forme d’escargot publiées en 1992 par son père. Kriss ne parlait pas volontiers de lui. Il s’appelait Georges Gorse et, il est vrai, n’avait pas bonne presse chez les journalistes: il était ministre de l’Information en mai 68 et son ancien camarade de la rue d’Ulm, Maurice Clavel, le sommait alors de démissionner plutôt que de censurer. Gorse, qui était assez jouisseur, resta, obtint un autre portefeuille et régna encore longtemps sur Boulogne-Billancourt. Puis, sur le retour, il écrivit une manière d’anti-mémoires . La tristesse y perce à chaque instant mais sans être majestueuse: Gorse déteste la tragédie. Les ma imes s’y alignent mais dans le même ordre hétéroclite qui présidait au    premiers bataillons de la France libre au  quels il avait appartenu: Une grande situation, étant un grand esclavage, disait-il, il n’y a pas d’autre méthode que de demander régulièrement à l’huissier ce qu’on fait ici entre ces murs lambrissés sur lesquels on aura auparavant mis des peintures surréalistes…

     Kriss est née quand Gorse parcourait les routes de la Vendée dont il était député… socialiste - rien qu’en associant ces deu  mots, on voit jusqu’où le personnage poussait l’originalité. Ensuite, elle connut grâce à lui l’ambassade de Tunis, celle d’Alger, enfin les palais présidentiels d’Afrique lorsqu’il était titulaire de la Coopération. A l’écouter conter, avec le talent de parole étonnant qui était le sien, l’histoire de France vue des coulisses, elle apprit sûrement la distance vis-à-vis des grandeurs d’établissement et aussi la bienveillance pour les simples humains que nous sommes tous, grands ou petits. Gorse en  avait trop vu et, surtout, était devenu trop paresseu  pour penser qu’on pouvait inverser le cours des choses. Mais il avait entendu le général de Gaulle, qu’il accompagna en 1944 de la Normandie juqu’à Paris, parler à la France ruinée de la grandeur:  il donnait encore au rêve le même statut qu’à la parole. En plus, il gardait la volonté  de toujours plaire au  dames. Il me semble que Kriss savait parler au  messieurs comme lui au  électrices.

     Octogénaire, le vieil émir fit encore une campagne électorale, pathétique, sur les marchés de Boulogne. Il ne retrouva pas son siège. Et, pour finir, s’éloigna. Dans le manuel du protocole du Quai d’Orsay, il notait qu’il était recommandé d’entrer dans la salle à manger en suivant l’ordre hiérarchique mais qu’il fallait surtout sortir négligemment. Kriss aurait mérité, à notre table de Radio France, de tenir le haut bout. Elle est sortie négligemment, discrètement, sur la pointe des pieds.

     Le livre de son père avait pour titre ” Je n’irai pas à mon enterrement”.

     PS Je lis parfois avec un certain effarement les posts de ce blog: parfois, j’ai l’impression de tenir une réunion électorale de député socialiste en Vendée dans les années cinquante. J’ai noté que tel ou tel critiquait comme “dérapage  énophobe”(je n’arrive même pas à écrire le mot) le rapprochement que j’ai fait entre les vigiles noirs de nos manifestations modernes et les tirailleurs sénégalais. Sans doute ai-je été trop elliptique mais je voulais évidemment dire qu’ à nos compatriotes d’origine africaine on trouve facilement des fonctions de surveillance, de répression ou de représentation: pour les autres, c’est souvent une autre histoire…

Montmartre, nous n’irons plus au musée?

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Montmartre a incarné un moment l’esprit de Paris, sans être vraiment de Paris. Pendant quelques années, beaucoup plus tard, j’ai habité non loin; j’aimais bien, à cette saison, monter jusqu’au sommet de la colline et d’en haut, regarder Paris.
Je me rends encore souvent au musée de Montmartre. Ce n’est d’ailleurs pas un musée qui, malgré sa position élevée, voudrait se hausser du col, c’est simplement une maison. On y accède par une petite cour sur laquelle, me suis-je laissé dire, donnent les appartements de quelques anciens notables de la politique. Le personnel est débonnaire: pas de gardiens noirs, ces nouveau tirailleurs sénégalais, comme il y en a partout maintenant, dans les supermarchés comme au 104 par e emple. Dans les salles, je ne m’ennuie jamais bien que je connaisse bien les collections: je me dirige vers les fenêtres et là, je vois de loin la banlieue Nord comme depuis les ateliers d’artistes disposés comme en falaise le long de la rue Caulaincourt - au loin, le moulin de Sannois, la forêt de Montmorency, comme à portée de main la basilique des rois et aussi la route de la Plaine qu’emprunta naguère Saint-Denis, sa tête mise à l’abri sous son bras.
Les souvenirs de Rousseau à une trentaine de kilomètres, ceu de l’Ancien régime et de l’industrialisation à une douzaine… Et, au hasard des pièces du musée, ceu de la Révolution, de la Commune, de la Sociale et de la Bohême. Clémenceau aurait pu dire de Montmartre: c’est un tout.
Jamais je n’ai vu ce musée désert. Des e positions l’animent régulièrement. Il se targue d’avoir reçu ces derniers temps 40 ou 50000 visiteurs l’an. Pourtant la mairie de Paris veut que l’association qui le gère soit dissoute et que ses collections, qui sont ici en situation, se dispersent entre trois endroits: Carnavalet, la Bibliothèque historique dela rue Pavée, les Halles enfin. Quant au musée -pardon, la maison- seul le cabinet du maire sait ce qu’il en adviendra.
L’adjointe au patrimoine met en avant des arguments financiers: la manifestation consacrée récemment à Jean Marais aurait eu du succès mais creusé le déficit, un ou plusieurs audits auraient mis en garde, sans effet, les dirigeants de l’association qui, malgrè les apparences, n’auraient pas géré l’endroit en bons pères de famille.
Peut-être. Mais tout de même, au regard des chiffres, on est surpris. La subvention, qui sert d’abord à verser à la Ville un loyer récemment alourdi, n’est que de 125000 euros. Il serait facile ici d’évoquer encore une fois le 104 mais on est nécessairement tenté par la comparaison qui, certes ,n’est pas raison: chaque année, la Ville verse 8 millions au centre que dirigeaient Fisbach et Cantarella et qui, peut-être mal pensé au départ, se surimpose malaisément à son quartier tandis que le musée de Montmartre est dans le Nord de Paris comme dans son jus.
Au temps de la domination des industries culturelles, est-il encore possible que survivent, sans qu’on leur déclare une guerre inégale et facile, quelques ateliers, modestes, étrangers à la concurrence et qui ne font d’ombre à personne?

Le Mans, l’animal, l’identité nationale et… la vaccination

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     Annette Becker m’e plique, au lendemain du 11 novembre, ques les Australiens vivent dans le souvenir de la Grande Guerre bien plus que nous. En peu d’années, par leur partipation coûteuse à un conflit très lointain, ils ont constitué soudain une nation alors qu’ils peinaient jusque là à s’imaginer comme autonomes. Dans chaque commune, ils ont en conséquence édifié un monument au  morts, à qui, en esprits pratiques qu’ils sont, ils ont souvent associé une fonction utilitaire: c’est, chez eu  , à un stade, une piscine, et pas à une simple stèle, qu’est associée la mémoire. “Et, figurez-vous, j’ai eu la surprise de trouver là-bas un monument au  morts qui faisait aussi office… d’abreuvoir!” C’est que les chevau  , au même titre que les hommes, ont participé au grand combat et à l’émergence, en même temps, sur le sol européen, de l’idée australienne. Il est vrai qu’en France, mais plus discrètement, on cita aussi à l’ordre de la nation des pigeons voyageurs et, évidemment, des chiens: leurs diplômes, leurs photos figurent sur les murs d’un émouvant petit musée dissimulé dans l’enceinte du Mont-Valérien.

     Je pensais à ces faits, qui peuvent nous paraitre étranges, au Palais des congrès du Mans où, le 13 novembre, se déroulait le forum du “Monde” relayé par France Culture. La question qui était posée passionne beaucoup aujourd’hui: “Mais qui sont les animau?” Frédérice Keck, qu’on a pu entendre au micro de Laurent Goumarre, montrait que les avancées de la vaccination, sous la IIIème République, peu avant la Grande Guerre, étaient corrélées à l’émergence des états-nations. Koch était une figure de l’Allemagne, Pasteur un héros de la République française depuis qu’il avait guéri de la rage un enfant mordu par un renard non loin de la ligne bleue des Vosges. Il paraissait alors parfaitement normal d’accepter les campagnes d’inoculation des virus sous forme atténuée puisque le gouvernement les organisait et que toutes les autorités acceptées comme telles, instituteurs et médecins, les recommandaient vivement.

     Plus rien de tel aujourd’hui, poursuivait au Mans Frédéric Keck. Les épidémies - étymologiquement, les maladies qui affectent le peuple- ne concernent plus un peuple seulement. Elles surgissent à la vitesse de l’avion, elles e  plosent dans les mégapoles internationales et c’est depuis Hong Kong, Le Caire, Me  ico que les observent des e  perts mandatés par des organisations internationales. Dans l’atmosphère articielle des laboratoires, sans beaucoup tenir compte des individus concrets in situ, on nomme les épidémies avec des noms savants (encéphalite spongiforme etc…), on modèlise leur développement possible, on construit des scénarii-fiction en même temps qu’on imagine des vaccins dont de grandes entreprises trans-frontières prépareront ensuite les doses.  Dans ce nouveau dispositif autrement comple  e que  le précédent, les gouvernements n’ont guère d’autre marge de manoeuvre que de s’installer avec plus ou moins de diligence dans les phasages que l’OMS leur indique et de mesurer aussi au jour le jour les évolutions de leur opinion: prendra-t-elle  la chose avec l’habitude du fatalisme comme au Me  ique ou approchera-t-elle de la panique à force de colère contre les dirigeants comme en Ukraine? Quant au  agents  de la santé publique à l’intérieur de chaque pays, il ne sera question d’eu  que pour réquisitionner leurs services: le médecin de la Sécurité sociale doit griffer son vaccin en trois minutes dans les gymnases affectés à cet usage, un point c’est tout.

     Il ne faut pas s’étonner dans cette nouvelle configuration que la vaccination devienne impopulaire. Elle donne l’impression de venir du diable vauvert alors qu’auparavant étaient établies les  preuves de sa nécessité au coin de chaque rue, par des campagnes de pro  imité. Elle est accusée de servir les intérêts des multinationales: en réalité, celles-ci n’arrachent grâce à elle qu’une part infime de leur chiffre d’affaires, mais peu importe la vérité, seule compte la représentation dans notre société qui n’est plus qu’un jeu d’images.

     Le plus grave est à venir. On dit que la vaccination est une guerre et on sait d’e  périence qu’il faut parfois livrer des guerres quand les motifs sont justes. Or, aujourd’hui, dans nos opinions européennes, l’idée de guerre paraît de moins en moins acceptable. En 1914, la plupart des hommes acceptaient de partir et on embarquait aussi dans l’aventure, les chevau , les chiens et les pigeons. Aujourd’hui, le recours au  animau  serait jugé inacceptable et, mieu  , après la mort dans une embuscade de 10 soldats français en Afghanistan, il se trouve des familles et un avocat pour porter plainte contre l’armée qui  aurait laissé tuer leurs enfants. A fortiori, si vous proposez une vaccination, beaucoup répondent: “Non, il y a un risque!”Madame Bachelot peut rire de toutes ses dents en offrant son bras au vaccinateur, elle se heurte à l’hostilité sourde de ceu  qui se défient de toute forme de mondialisation mais sans plus avoir le soutien de ceu  qui, il y a quelques générations, auraient eu conscience que la vaccination participait de l’identification nationale.Â