Une lettre me manque sur mon clavier et je me sens quelque peu dĂ©semparĂ©. Au retour d’un long week-end, je dĂ©couvre les commentaires qui s’accumulent: une sĂ©dimentation qui m’Ă©touffe, une mer oĂą je me noie, un labyrinthe de pseudonymes oĂą je me perds… Je dĂ©sespère de pouvoir isoler, ici et lĂ , une pĂ©pite. Tentation de lâcher prise… D’autant que manque Ă mon clavier une lettre dĂ©cisive: toutes ces colères qui circulent comme autour d’un rond-point, sans jamais se calmer, comment dessiner des fcarrefours, des a es, surtout quand je n’ai plus l’usage de la
Je reviens de Bretagne, oĂą j’accompagnais Mona Ozouf qui y a donnĂ© son nom Ă l’Ă©cole de son enfance, Ă Plouha- moment unique dont je ferai le compte rendu cette semaine,avant un documentaire de La Fabrique de l’histoire,programmĂ© en novembre. J’y ai lu un poème d’Yvon Le Men, “Les enfants et les mots”, que j’ai envie de reproduire tout simplement, comme on pose une pierre d’attente. Le Men s’y adresse Ă l’un de ses enfants:
“Quand tu apprends l’alphabet,
Ne laisse pas tomber une lettre
Car si elle se blesse,
Tu ne trouveras plus le mot pour appeler
Quand tu apprends l’alphabet
Et que le Z te paraît bien loin du A,
Demande Ă ta maman une chanson
Pour finir le chemin
Quand tu apprends l’alphabet,
Rappelle-toi qu’avec 26 lettres,
On peut faire beaucoup de mots
Et tu pourras partager
Avec tes parents, tes amis, tes secrets…”
   Il me reste seulement 25 lettres. Cerné à gauche, à droite, il me manque une flèche dans mon carquois. Pourtant il faut se défendre et attaquer. Un peu de répit, de patience et le débat va reprendre.



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