Annette Becker m’e plique, au lendemain du 11 novembre, ques les Australiens vivent dans le souvenir de la Grande Guerre bien plus que nous. En peu d’années, par leur partipation coûteuse à un conflit très lointain, ils ont constitué soudain une nation alors qu’ils peinaient jusque là à s’imaginer comme autonomes. Dans chaque commune, ils ont en conséquence édifié un monument au morts, à qui, en esprits pratiques qu’ils sont, ils ont souvent associé une fonction utilitaire: c’est, chez eu , à un stade, une piscine, et pas à une simple stèle, qu’est associée la mémoire. “Et, figurez-vous, j’ai eu la surprise de trouver là -bas un monument au morts qui faisait aussi office… d’abreuvoir!” C’est que les chevau , au même titre que les hommes, ont participé au grand combat et à l’émergence, en même temps, sur le sol européen, de l’idée australienne. Il est vrai qu’en France, mais plus discrètement, on cita aussi à l’ordre de la nation des pigeons voyageurs et, évidemment, des chiens: leurs diplômes, leurs photos figurent sur les murs d’un émouvant petit musée dissimulé dans l’enceinte du Mont-Valérien.
    Je pensais à ces faits, qui peuvent nous paraitre étranges, au Palais des congrès du Mans où, le 13 novembre, se déroulait le forum du “Monde” relayé par France Culture. La question qui était posée passionne beaucoup aujourd’hui: “Mais qui sont les animau?” Frédérice Keck, qu’on a pu entendre au micro de Laurent Goumarre, montrait que les avancées de la vaccination, sous la IIIème République, peu avant la Grande Guerre, étaient corrélées à l’émergence des états-nations. Koch était une figure de l’Allemagne, Pasteur un héros de la République française depuis qu’il avait guéri de la rage un enfant mordu par un renard non loin de la ligne bleue des Vosges. Il paraissait alors parfaitement normal d’accepter les campagnes d’inoculation des virus sous forme atténuée puisque le gouvernement les organisait et que toutes les autorités acceptées comme telles, instituteurs et médecins, les recommandaient vivement.
    Plus rien de tel aujourd’hui, poursuivait au Mans Frédéric Keck. Les épidémies - étymologiquement, les maladies qui affectent le peuple- ne concernent plus un peuple seulement. Elles surgissent à la vitesse de l’avion, elles e plosent dans les mégapoles internationales et c’est depuis Hong Kong, Le Caire, Me ico que les observent des e perts mandatés par des organisations internationales. Dans l’atmosphère articielle des laboratoires, sans beaucoup tenir compte des individus concrets in situ, on nomme les épidémies avec des noms savants (encéphalite spongiforme etc…), on modèlise leur développement possible, on construit des scénarii-fiction en même temps qu’on imagine des vaccins dont de grandes entreprises trans-frontières prépareront ensuite les doses. Dans ce nouveau dispositif autrement comple e que le précédent, les gouvernements n’ont guère d’autre marge de manoeuvre que de s’installer avec plus ou moins de diligence dans les phasages que l’OMS leur indique et de mesurer aussi au jour le jour les évolutions de leur opinion: prendra-t-elle la chose avec l’habitude du fatalisme comme au Me ique ou approchera-t-elle de la panique à force de colère contre les dirigeants comme en Ukraine? Quant au  agents de la santé publique à l’intérieur de chaque pays, il ne sera question d’eu que pour réquisitionner leurs services: le médecin de la Sécurité sociale doit griffer son vaccin en trois minutes dans les gymnases affectés à cet usage, un point c’est tout.
    Il ne faut pas s’étonner dans cette nouvelle configuration que la vaccination devienne impopulaire. Elle donne l’impression de venir du diable vauvert alors qu’auparavant étaient établies les preuves de sa nécessité au coin de chaque rue, par des campagnes de pro imité. Elle est accusée de servir les intérêts des multinationales: en réalité, celles-ci n’arrachent grâce à elle qu’une part infime de leur chiffre d’affaires, mais peu importe la vérité, seule compte la représentation dans notre société qui n’est plus qu’un jeu d’images.
    Le plus grave est à venir. On dit que la vaccination est une guerre et on sait d’e périence qu’il faut parfois livrer des guerres quand les motifs sont justes. Or, aujourd’hui, dans nos opinions européennes, l’idée de guerre paraît de moins en moins acceptable. En 1914, la plupart des hommes acceptaient de partir et on embarquait aussi dans l’aventure, les chevau , les chiens et les pigeons. Aujourd’hui, le recours au animau  serait jugé inacceptable et, mieu , après la mort dans une embuscade de 10 soldats français en Afghanistan, il se trouve des familles et un avocat pour porter plainte contre l’armée qui aurait laissé tuer leurs enfants. A fortiori, si vous proposez une vaccination, beaucoup répondent: “Non, il y a un risque!”Madame Bachelot peut rire de toutes ses dents en offrant son bras au vaccinateur, elle se heurte à  l’hostilité sourde de ceu qui se défient de toute forme de mondialisation mais sans plus avoir le soutien de ceu qui, il y a quelques générations, auraient eu conscience que la vaccination participait de l’identification nationale.Â



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