Montmartre a incarnĂ© un moment l’esprit de Paris, sans ĂŞtre vraiment de Paris. Pendant quelques annĂ©es, beaucoup plus tard, j’ai habitĂ© non loin; j’aimais bien, Ă  cette saison, monter jusqu’au sommet de la colline et d’en haut, regarder Paris.
Je me rends encore souvent au musĂ©e de Montmartre. Ce n’est d’ailleurs pas un musĂ©e qui, malgrĂ© sa position Ă©levĂ©e, voudrait se hausser du col, c’est simplement une maison. On y accède par une petite cour sur laquelle, me suis-je laissĂ© dire, donnent les appartements de quelques anciens notables de la politique. Le personnel est dĂ©bonnaire: pas de gardiens noirs, ces nouveau tirailleurs sĂ©nĂ©galais, comme il y en a partout maintenant, dans les supermarchĂ©s comme au 104 par e emple. Dans les salles, je ne m’ennuie jamais bien que je connaisse bien les collections: je me dirige vers les fenĂŞtres et lĂ , je vois de loin la banlieue Nord comme depuis les ateliers d’artistes disposĂ©s comme en falaise le long de la rue Caulaincourt - au loin, le moulin de Sannois, la forĂŞt de Montmorency, comme Ă  portĂ©e de main la basilique des rois et aussi la route de la Plaine qu’emprunta naguère Saint-Denis, sa tĂŞte mise Ă  l’abri sous son bras.
Les souvenirs de Rousseau Ă  une trentaine de kilomètres, ceu de l’Ancien rĂ©gime et de l’industrialisation Ă  une douzaine… Et, au hasard des pièces du musĂ©e, ceu de la RĂ©volution, de la Commune, de la Sociale et de la BohĂŞme. ClĂ©menceau aurait pu dire de Montmartre: c’est un tout.
Jamais je n’ai vu ce musĂ©e dĂ©sert. Des e positions l’animent rĂ©gulièrement. Il se targue d’avoir reçu ces derniers temps 40 ou 50000 visiteurs l’an. Pourtant la mairie de Paris veut que l’association qui le gère soit dissoute et que ses collections, qui sont ici en situation, se dispersent entre trois endroits: Carnavalet, la Bibliothèque historique dela rue PavĂ©e, les Halles enfin. Quant au musĂ©e -pardon, la maison- seul le cabinet du maire sait ce qu’il en adviendra.
L’adjointe au patrimoine met en avant des arguments financiers: la manifestation consacrĂ©e rĂ©cemment Ă  Jean Marais aurait eu du succès mais creusĂ© le dĂ©ficit, un ou plusieurs audits auraient mis en garde, sans effet, les dirigeants de l’association qui, malgrè les apparences, n’auraient pas gĂ©rĂ© l’endroit en bons pères de famille.
Peut-ĂŞtre. Mais tout de mĂŞme, au regard des chiffres, on est surpris. La subvention, qui sert d’abord Ă  verser Ă  la Ville un loyer rĂ©cemment alourdi, n’est que de 125000 euros. Il serait facile ici d’Ă©voquer encore une fois le 104 mais on est nĂ©cessairement tentĂ© par la comparaison qui, certes ,n’est pas raison: chaque annĂ©e, la Ville verse 8 millions au centre que dirigeaient Fisbach et Cantarella et qui, peut-ĂŞtre mal pensĂ© au dĂ©part, se surimpose malaisĂ©ment Ă  son quartier tandis que le musĂ©e de Montmartre est dans le Nord de Paris comme dans son jus.
Au temps de la domination des industries culturelles, est-il encore possible que survivent, sans qu’on leur dĂ©clare une guerre inĂ©gale et facile, quelques ateliers, modestes, Ă©trangers Ă  la concurrence et qui ne font d’ombre Ă  personne?