Et tout est différent!

   L’actualité est creuse en cette fin d’année. Aussi “Le Parisien” et ” Les Echos” consacrent l’un et l’autre un titre de “une” à  l’augmentation, estimée à 2%, de la vente de cigarettes en France. Le premier titre y ajoute même deux pages entières.

    Les deux rédactions sont, l’une et l’autre, dépendantes voire “addicts”, mais pas aux mêmes sources d’information. Au “Parisien”, en même temps qu’on fait confiance au sens commun et qu’on interroge des quidams à la descente de leur train de banlieue, on donne la parole au président de l’Office français de prévention du tabagisme qui tonne: l’Elysée écoute trop le ministre du Budget, lequel passe à la caisse chaque fois qu’est vendu un paquet de cigarettes et Frédéric Lefebvre parle trop en son nom alors que, dans une autre vie, il faisait du lobbying pour l’industrie du tabac… Aux “Echos”, on est visiblement plus sensible aux intérêts  des fabricants et des distributeurs et on relativise. Si augmentation des achats il y a, c’est qu’on se fournit moins en Espagne ou en Belgique: “la législation européenne permet aux particuliers d’acheter du tabac à l’étranger, dans des proportions raisonnables; or la hausse récente des prix décidée par Bruxelles et Madrid a réduit l’écart” et poussé nos compatriotes à revenir chez les buralistes intra-muros. Peut-être le bébitant à demi-ruiné de Biarritz va-t-il reprendre des couleurs, ce qui, au fond, est une bonne nouvelle.

     De glose en glose, on sent que chacun des deux journaux aurait de quoi tisser une édition spéciale dirigée, chacune, par une interprétation radicalement différente. On se dit que si l’équipe du “Grain à moudre” n’était en vacances, elle pourrait même en tirer un débat haut en couleurs. Las! Il suffirait que Julie et Brice, armés de leur scepticisme renommé, observent d’un peu près les fondements de la polémique en train de se construire et ils diraient vite: “Stop”. La hausse de la vente en France?. Elle est observée par la seule société Altadis, héritière franco-espagnole de la SEITA et elle n’est, répétons-le, que de 2% entre novembre 208 et novembre 2009. Les achats en France intra-muros qui reprendraient de plus belle? C’est un sondage de British American Tobacco, effectué auprès de 2000 de nos compatriotes fumeurs, qui le laisserait soupçonner. L’importance du marché de contrebande aux frontières ou via Internet? Il n’ya que le montant des saisies des douanes frontalières ou postales qui permet de l’estimer, et on sait que nos fonctionnaires sont dorénavant pressés de réaliser des objectifs qui ne photographient pas mieux la réalité que, jadis, les chiffres de feu le Gossplan en Union soviétique.

     Bref, voilà , en fin d’année, trois pages de journaux qui reposent sur bien peu de chose et dont vous pouvez faire l’économie de la lecture. Comment disait Montherlant, plus regretté encore que le Gossplan: “De vos journaux, dans six mois, il restera moins encore que d’une danse de mouches dans un rayon de soleil”?