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13 septembre 2009

La Ferté-Vidame: la fabrique de la mémoire

Posté dans: Non classé

   Tel ou tel s’interroge sur l’utilité de ce blog. Mais tel ou tel autre note que je suis coriace et obstiné. Je persiste donc et continue de suivre mon bonhomme de chemin. Après une journée passée dimanche dernier à La Ferté-Vidame où se tenaient plusieurs débats sur la mémoire, je voulais semer ici,à l’usage des esprits de bonne volonté, quelques remarques, en prévenant toutefois qu’elles ne prétendent pas atteindre la même hauteur de vue que les innombrables et mémorables commentaires postés ici…
Quand on vient du Perche, qu’on sort de la forêt et qu’on parvient au parc de La Ferté-Vidame, la vue est saisissante: au bout d’une longue perspective, se détache la silhouette, grandiose mais ruinée, d’un superbe chateau. La Révolution dévasta le batiment mais ne suffit pas à effacer complètement l’ombre qu’il continue de porter sur la pelouse, l’allée, les fossés.
C’est dans cet espace que, tout un après midi, Lanzmann, Pingaud, Blas de Roblès, Jourde, Forest allaient parler de la mémoire.
“Ce qui a été, écrivait Jankelevitch, ne peut désormais ne pas avoir été; le fait empli de mystère et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité.”
A La Ferté-Vidame,la première impression, cependant, peut être trompeuse. On sait, en y arrivant, que c’était le fief de Saint-Simon et on pense spontanément que le chateau ruiné était le sien et que, décidément, les grandeurs d’établissement que défendait le petit duc ne pèsent pas lourd sur les balances du temps. En réalité, ce que les acheteurs de Biens nationau ne sont pas parvenus à désosser complètement dans les années 1790, ce n’est pas la demeure du mémorialiste mais celle que son successeur, Laborde, a construite après avoir lui-même démoli ce que son predecesseur avait tenté, sans beaucoup d’argent, de maintenir. A cette révélation,le sens de nos méditations est aussitôt dévié: notre mémoire, décidément, est encombrée de chausse-trapes dont il nous faut nous méfier à chaque instant.
Je traduirais bien, à l’usage maintenant des auditeurs nostalgiques de France-Culture: ce qui a été mérite en effet d’être préservé puisque le respect du passé fonde l’éthique mais attention, nous croyons souvent avoir entendu une chaine qui, jamais, n’a été.
Souvenir rennais maintenant que j’espère transcrire correctement. L’été 2008, j’entre dans une librairie de la ville. Dans la boutique, j’entends la rediffusion d’un des samedis après-midis de la station tels que les illustra Frédéric Mitterrand. Le propriétaire se met à m’entreprendre: “Vous croyez que c’est de la culture,ça?” Je souris aujourd’hui dans ma barbe, maintenant que l’ancien producteur de la chaîne est installé rue de Valois. A l’époque, j’ai écourté la conversation grâce à l’achat d’un petit livre, que je vois évoqué à plusieurs reprises sur ce blog, et qui dénoncait la ruine programmée pierre à pierre de France Culture, un peu à la manière de celle de La Ferté-Vidame par les barbares. J’y reviendrai sans doute à l’occasion mais je constatais, à la lecture de cet opuscule, que chaque page ou à peu près contenait une erreur. Qui s’installe dans le confort du devoir de mémoire (”découvrez-vous, bonnes gens, devant le saccage et
pourchassez les coupables”) se dispense trop souvent du travail qu’il faut faire sur ses souvenirs et aussi de la recherche d’un minimum d’e actitude historique. Le chateau de Saint-Simon n’a jamais été ce que nos yeu croient voir. Et, pareillement, France Culture n’a pas été ce que nos oreilles croient avoir entendu.
Avant de développer une autre fois cette idée, je voudrais juste citer notre directeur. Puisque des participants de ce blog considèrent qu’on entend trop Bruno Patino, je reprends à dessein un de ses récents propos: je suis coriace et obstiné et surtout, je ne vois pas de raison de taire ce qui me paraît juste. France Culture,observe donc Bruno Patino, autrefois déjà, vivait dans une tension entre sa vocation auto-affirmée d’université populaire et sa recherche e périmentale de création. C’est fondamentalement la contradiction qui la caractérise.
Cultiver une mémoire univoque,faisant fi de cette contradiction, ne pas vouloir considérer que la mémoire est aussi une forme de fiction, c’est, disait Philippe Forest dans les débats de dimanche à La Ferté-Vidame, c’est se condamner au travau forcés du deuil perpétuel.


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