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changement de quai

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10 mai 2010

Voilà, c’est, vous le savez, le moment d’un nouveau départ pour le site de FC. C’est comme si le port changeait de dimension; il reste au pied de la ville mais s’étend plus loin, quasi en haute mer, prêt à recevoir des hotes venus de plus loin que du cercle intra-muros des auditeurs fidèles.
Permettez moi d’attendre un peu pour continuer de m’exprimer et recevoir vos marchandises en tous genres, machines-outils et épices. Le temps d’y voir plus clair et aussi de m’adapter aux fonctions nouvelles que m’oblige à exercer, provsoirement, le départ de notre fidèle vigie, Laurence Bloch, qui vient de quitter ses fonctions de directrice-adjointe de France Culture pour rejoindre Inter.
Le 6 mai, c’était Sainte Prudence, cela exigeait le silence. Le breton entêté à tenir son blog le reprendra autour de la Saint Yves…

Juste une recommandation: Extinction

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21 avr 2010

    Puisque tel ou tel correspondant, ici, croit détenir la clé de la diction et manie sans distinction les accusations personnelles, je voudrais, brièvement, tant qu’il en est encore temps, émettre une recommandation. Si vous êtes parisien, que vous disposez de 15 euros et d’un peu de temps après le travail, filez au Théatre de la Madeleine. Avec une grande maîtrise de l’amplitude de sa voix, jouant sur tous les octaves, Serge Merlin lit et dit “Extinction”, un texte formidable de Thomas Bernhardt. Un écrivain qui maniait l’invective mais après avoir, lui,  identifié parfaitement les ennemis..

    Le personnage, seul sur la scène, vient de recevoir un télégramme annoncant la mort, accidentelle, de tous les siens. Les siens qui l’ont toujours regardé comme un autre. Il va devoir rejoindre encore une fois la maison familiale à laquelle le retiennent si peu de bons souvenirs. Noeud après noeud, il desserre les amarres: les dernieres salutations faites, il partira pour ne pas revenir.

     C’est Blandine Masson qui, avec Alain Françon, a mis en espace cette adaptation, après l’avoir mise en ondes. Courez y, vous prendrez de vitesse les barbares que nous craignons tous.

 qui

Les apéros géants

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14 avr 2010

     Il y a quelque temps, nous étions installés avec “Libé” à Rennes pour débattre du… bonheur. Au long de trois jours,19000 assistants, soigneusement comptés par nos amis du quotidien - à l’entrée du Théatre National de Bretagne, il fallait présenter billet et pièce d’identité.

     En dépit des chiffres, ce n’est pas nous qui faisions l’évènement à Rennes ce week-end de la fin mars mais les 6000 jeunes (chiffre établi à vue de nez) qui, par la seule force d’une convocation sur Facebook, s’étaient retrouvés la veille sur l’esplanade Charles de Gaulle : une seule justification avait été avancée, le bonheur d’un…apéro géant!. Le jeudi soir, à Rennes,depuis un moment, c’est quelque chose. Mais, cette fois, il s’agissait d’aller plus loin encore dans l’extrème. Des nappes en papier posées par terre, des bouteilles pleines de mélanges indéterminés et qui circulent, des groupes qui se retrouvent, se découvrent, se serrent les uns contre les autres, pendant que, très vite, des garçons et des filles s’en détachent, tournent sur eux-mêmes, chancellent, tombent raides morts, parfois en moins d’une heure. Les moralistes s’alarment : “Grégarisme de jeunes imbéciles”,”Alcoolisation en accéléré qui en dit long sur notre société puisque l’ivresse elle-même doit être réalisée en un temps record”. Les médecins comptent: 17 comas ethyliques mais pas de mort. Les forces de l’ordre, ce soir-là, sont les seuls à suivre un mot d’ordre de modération. Les élus s’effraient et préfèrent répéter à leurs hôtes de “Libé” qu’à Rennes, généralement, on vit en meilleure intelligence. 

    En réalité, que le maire et ses adjoints se rassurent, les participants du forum, gens de compagnie polie et par habitude détachés de la rue (on leur  proposait, d’ailleurs, un car pour les transporter du Théatre à l’Hotel de Ville, distant d’un kilomètre!) ont été rares à observer l’apéro du jeudi , ils ont continué, de vendredi à dimanche, à discourir de leurs conceptions bien assurées du bonheur: pourtant, une tendance, plus encore qu’une mode, s’était esquissée sous leurs yeux.

     Depuis, les jeunes urbains de Bretagne,et même plus généralement du Grand Ouest, se lancent chaque semaine des défis : Rennes a fait mieux que Nantes? Eh bien, à Brest, il y aura 7000 personnes! Les grandes villes s’imaginent être seules à tenir le gueuloir? Les petites villes, de Guingamp à Cherbourg, vont tenter de faire aussi bien! J’étais le 1er avril à Carnoët, petit bourg au fond des Côtes d’Armor : les gens étaient partagés entre le soulagement de voir le danger de la rave en pleine campagne enfin conjuré et l’effarement devant la contagion qui menacera peut-être demain les villages.

    Le sociologue  Alain Ehrenberg, rencontré à Rennes le jour J et qui anima longtemps un laboratoire conscaré aux excitants, refusa ce matin de faire le moindre commentaire sur France Culture. Il faut contextualiser, répéta-t-il. En effet. Un docker qui boit beaucoup dans un port au mieux de sa tradition et où sa corporation tient le haut du pavé, ce docker-là, une trés sérieuse étude l’a montré, est moins alcoolique que son confrère, trente ans plus tard, dans le même port, mais conteneurisé, nettoyé des privilèges qu’y avait longtemps maintenu sa corporation. Le docker triomphant pouvait être souvent ivre sans guère de dommage; le docker déchu est entré dans la spirale de l’alcoolisme. Sans doute pourrait-on transposer l’observation dans le domaine de la jeunesse. On buvait beaucoup pendant la movida madrilène mais c’était moins grave, dans une atmosphère légère comme à l’époque, que si on buvait autant dans la crise présente qui inquiète l’Espagne. Tant que les lycéens bretons auront les meilleurs résultats de France au baccalauréat, tant que les étudiants bretons pourront garder l’espoir de réussir dans leur carrière professionnelle comme dans leur course aux diplômes, au pays ou ailleurs s’ils le désirent, ils pourront tourbillonner comme des toupies sur l’esplanade Charles de Gaulle, ils ne seront pas pour autant menacés d’être aspirés par une spirale. A la limite, on pourrait dire qu’ils peuvent continuer de boire s’ils se considèrent toujours comme les meilleurs: roulant dans le caniveau et vomissant, les apparences sont contre eux mais leur dignité demeure. En revanche, si survient le découragement, le chomage, s’ils perdent leur rang, les jeunes bretons feraient mieux de s’abstenir.

     Mais la morale ne peut pas grand’chose en la matière. Il ne faut pas imaginer que l’alcoolique entre jamais dans le champ du sermon. Ni penser l’alcoologie du seul point de vue de l’alarme et du soin médical. Le boire est social et, selon l’état de la société où il s’inscrit, ne présente pas les mêmes dangers.

Deux naufrages inexpliqués

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22 mar 2010

Les lecteurs de ce blog, qui connaissent bien l’univers de la radio, savent sans doute qu’existent, à l’échelle du continent, des prix assez prestigieux, nommés Italia et Europa. Radio France vient de procéder à la sélection des documentaires qu’elle compte y envoyer. Parmi eux, “Le Saint Prosper”. Notre ami des ACR, Philippe Langlois y conte le naufrage en Méditerranée, en mars 1939, du cargo que commandait son arrière-grand’père. Ou plutôt l’interprétation qu’en donnent, soixante dix ans plus tard, les descendants des marins morts. Réunis pour une cérémonie commémorative, ceux-ci ont apporté, qui des Saintes, qui de Bretagne, un peu de la terre de leurs aieux et ils tentent de rassembler les morceaux épars de leur histoire désormais commune. Que pouvait bien transporter ce maudit navire? Au moment où se terminait la guerre d’Espagne et où s’en préparait une autre, des armes, sans nul doute! Et pourquoi l’armateur, retrouvant et fouillant l’épave bien plus tard, dans les années soixante, n’a-t-il pas jugé bon de prévenir les descendants?
En 1939, l’accident était passé quasi inaperçu. Régis Debray, dans “Dégagements”, note qu’après quelques disparitions de militaires en Afghanistan, notre PDG -pardon, notre président de la République, fait huit mille kilomètres en avion pour aller les honorer tandis qu’en 1918, dix mille soldats tués par jour ne faisaient sortir ni Clémenceau ni Poincaré de leur bureau, et c’était à cent kilomètres de Paris… Pardonnez ici une évidence: en 1939, on était encore dans le même monde qu’en 1918 tandis qu’en 2009, c’est un autre siècle. Les familles faisaient contre mauvaise fortune de mer bonne figure. Aujourd’hui, où elles ne sont généralement composées, et recomposées, que d’enfants désirés et donc plus fragiles, elles réclament des comptes pour chaque disparition.
Le hasard fait que le 30 mars, “Sur les docks” rediffuse une autre histoire de naufrage. Et ce à la veille d’une nouvelle expertise, peut-être décisive, dans l’affaire du Bugaled Breizh. Les Bretons, et notamment ceux de Cornouaille, s’en souviennent. En janvier 2004, un chalutier coulait à pic au Sud du cap Luizard, en Angleterre. Cinq péris en mer. Non, “assassinés en mer!”, soutiennent familles et comités de défense. Les premières analyses faites après le renflouage du navire semblent d’ailleurs leur donner des raisons: le parquet observe qu’une “force exogène” non identifiable serait à l’origine du drame… Et si le Bugaled avait été éperonné par un sous-marin en manoeuvre? Par un batiment indétectable sur le moment et inavouable six ans après, ni par la Marine nationale française et encore moins par la perfide Albion? Lors des manifestations répétées à Quimper, fuse le même slogan: “La communauté maritime ne tolérera plus qu’on lui mente”.
On s’exaspérera peut-être du coût de l’instruction du dossier du Bugaled: la somme très importante consacrée à son renflouement aurait pu être utilisée autre part. En écoutant le documentaire de Philippe Langlois, on s’étonnera de la réaction de telle ou telle arrière petite fille des morts de 1939: l’une d’elles,dans un cri,avoue avoir été tentée de passer par dessus bord quand la cérémonie commémorative débutait à l’emplacement du drame: mais pourquoi vouloir rejoindre un ancêtre qu’on n’a pas seulement connu?
C’est notre temps qui le veut ainsi. Il est liquide, comme la mer, dit Zygmunt Bauman, et aussi dangereux. Il défait sans cesse les situations et les amours qui paraissaient autrefois mieux établies: aussi faut-il partout des bouées - elles se nomment désir de sécurité et exigence de réparation.
Clemenceau et Poincaré sont à des années-lumières. Et même Pompidou. Jean Ferniot raconte dans son dernier livre: il entrait en fureur quand Chaban voulait lui faire entamer une politique de contrôle routier-”Mais laissez donc les gens se tuer s’ils le veulent!”,lancait-il. Imagine-t-on un président de la République parler ainsi aujourd’hui? Il serait débarqué immédiatement de son poste de PDG. Notre liberté ne prévoyant pas qu’on puisse mourir à tout instant, elle exige un management de la sécurité de tous nos instants.

Tabula rasa

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10 mar 2010

     Vous connaissez la fable:

    “Un pauvre bucheron tout couvert de ramée

      Sous le faix du fagot aussi bien que des ans

     Gémissant et courbé marchait à pas pesants

     Et tâchait de gagner de gagner sa chaumine enfumée.

     Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,

     Il met bas son fagot, il songe à son malheur…”

   ” La Mort et le Bûcheron “me venait en mémoire ce matin quand , avec le service multimedias, nous réfléchissions au sort à réserver à la charge de propos inutiles voire inconvenants qui alourdit depuis des semaines ce blog.

    Comment faire pour éviter l’intervention du FMI -Front Multiplié des insultés?  Tout lisser, post après post, facture après facture pour que nous restions au-dessous du seuil fatidique des 3% du PIB -Produit des Injures Brutes? Finalement nous avons peut-être couru un peu trop vite jusqu’à la morale de la fable: “Le trépas vient tout guérir”. De ce qui s’entassait sur le quai, nous n’avons rien gardé, pas même les tout derniers commentaires relatifs au malheureux Marseille. D’un geste, d’un seul, tout est passé à la baille.

     A l’approche du printemps, commence un nouveau calendrier: nous sommes presque en prairial de l’an 1. Il faut boter aussi que c’est la mi-carême, on abandonne un instant la haire et la discipline. Chacun interprètera ce grand dérangement comme il voudra. En tout cas, le bûcheron en est fort aise:

     Il met bas son fagot, il songe à son malheur

     Quel plaisir a-t-il eu depuis que ce blog est au monde?

     En était-il un plus pauvre dans la Maison ronde?”

     Quant aux promeneurs et aux habitués, ils ne s’en trouveront pas plus mal. De temps à autre, il faut bien éclaircir les taillis.

      

    

    

Jacques Marseille

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4 mar 2010

    Avant d’atteindre la fortune par la ligne de crête des grands medias, il fut un moment producteur d’une émission chez nous. Ne serait-ce que pour cela, il mérite, après sa mort prématurée, un modeste salut de notre part.

     Son seul nom ressemblait à un pseudonyme et, en tout cas, évoquait le grand large… Marseille aimait les vastes horizons, il lui fallait les publics les plus vastes possibles. Dans l’industrie profitable des manuels scolaires, il imposa en quelques années sa marque. Et, dans les arènes de la politique qu’il fréquenta assidument ses dernières années, pas gêné d’y porter à peu près la parole du Medef, il impressionnait. La joie qu’il éprouvait d’être connu faisait plaisir à voir et on imagine la détresse qui l’étreignit quand il se sut malade: tant de réponses à tant d’invitations, tant de livres de plus en plus mis en scène et de mieux en mieux mis en place et il fallait déjà céder le premier rôle si difficilement acquis!

    Marseille, malgré les présentations qu’on faisait habituellement de lui, n’était pas une autorité. C’était un personnage de roman. Habitant à l’origine un pavillon du 93 (mais le 93 de François Nourrissier, Le Raincy!) il l’habilla de ses collections - il aimait les objets de la Révolution et de l’Empire, périodes où chacun pouvait se faire lui-même: l’égalité des chances dans la lutte pour les places. S’installant ensuite dans la capitale tant désirée, il ne fit pas les choses à moitié, il acheta un immeuble entier de la rue Monsieur-le Prince. A la journaliste qui préparait sa bio pour notre journal du soir, je disais que c’était Balzac qu’il faudrait pour l’évoquer. Elle me demanda: “Vous avez son téléphone?”. J’aurais pu ajouter que l’autre recours possible, de la même  époque, était Louis Reybaud, encore plus difficile à dénicher il est vrai. Cet auteur trop négligé publia, dans la série best seller des Jérôme Paturot, le fameux “Jérôme Paturot à la recherche d’une position sociale” dont le souvenir me venait immédiatement à l’esprit chaque fois que je voyais la silhouette rapide de Marseille virevolter au Quartier latin.

   Un matin, bien avant qu’il ne vienne habiter Paris, je me souviens qu’après une émission, à l’heure du petit déjeuner, il avait entrepris, en notre compagnie, le patron du bar Le Raynouard, voisin de la Maison de la radio. Il lui avait prouvé par A plus B qu’il lui fallait vendre son affaire car le moment était opportun et ensuite vivre de ses rentes - le côté Reybaud -Paturot toujours. Le cafetier a vite obtempéré; on dit qu’il élève maintenant des chevaux à 10 kilomètres de Paris.     

    Peu économe de bons conseils, Marseille ne se les appliquait pas à lui-même. Il travailla beaucoup. Et, il faut le dire, très bien à ses débuts. Sa thèse restera comme un monument: il y prouvait que la colonisation avait en fait coûté plus cher à la France qu’elle ne lui avait rapporté. A l’époque, il alignait déjà les chiffres et en tirait des leçons paradoxales. A la fin, il partait de prémisses paradoxales et demandait aux chiffres de les confimer. Bon, mais il était si brillant, si attachant! Parfois il faisait penser aussi à son voisin de Sorbonne Michel Maffesoli. Fils de peu, tous deux avaient conquis de haute lutte des chaires prestigieuses, celle de Bloch pour Marseille, celle de Durkheim pour Maffesoli. Cela donne le droit de s’amuser, non? Et de regarder en rigolant les pisse-froid qui, à France Culture ou ailleurs, retiennent leur envie en multipliant les perfidies.

Le tracteur de plusen plus intelligent?

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2 mar 2010

     Juste une petite notation en contrepoint du salon de l’Agriculture.

     Il y a quelques années, l’auditeur idéal et rêvé de France Culture- mais il existe, je l’ai rencontré parfois, c’était l’agriculteur juché en haut de son tracteur et nous écoutant depuis sa cabine tapissée de nos sons.

    J’entends  aujourd’hui ceci sur Europe 1, à l’occasion de la manifestation de la Porte de Versailles. Le “hyp”, dorénavant, c’est le GPS qui guide automatiquement le tracteur: “le cultivateur, dit le reporter, est encore obligé pour raisons de sécurité, de rester assis sur son engin mais il a dorénavant les mains libres pour consulter sur sur son ordinateur…les cours en Bourse des céréales.”

     Texto!  Nous sommes de plus en plus sujets d’objets vraiment de plus en plus intelligents.

Le Web peut aussi voler en haute altitude

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1 mar 2010

    Ceci est d’abord un message personnel destiné à l’internaute qui se plaint, à juste titre, d’avoir été injurié plus d’une fois au fil de ce blog. Vérification faite des occurrences qu’il mentionnait dans un courrier, chacune, à moins que je n’aie fait erreur pendant ma relecture, avait été effacée avant qu’il n’intervienne. Soit dans les heures qui avaient suivi leur inscription ici.

     Néanmoins, quelques minutes, quelques heures, c’est encore trop. D’où le deuxième volet de ce message, à caractère général maintenant. Dorénavant, chaque commentaire de ce blog attendra dans une file de modération que j’aie eu le temps de l’approuver ou de le supprimer. La spontanéité sera entravée mais la rareté sera au moins gage de qualité.

     A ce propose je voulais signaler à votre sagacité un article d’Adam Cohen récemment paru dans le “New York Times” et traduit dans “Le Figaro” du 26 février dernier. “Le Web peut aussi voler en haute altitude”, titre-t-il, avec volontarisme. Et de détailler le succès de deux émissions de BBC Radio4, “In our time” et “Thinking about” . Ces moments de radio très redemandés accueillent  chaque semaine un panel d’universitaires autour de thèmes apparemment aussi peu captivants que le positivisme logique mais  proposent aussi bien des sujets apparemment fantasques du genre “la virilité tendance gros bras dans l’enseignement supérieur”. Ainsi, note Adam Cohen, “lors d’une émission traitant de la sociologie des comportements au volant, on expliquait que, lorsque deux couples de la classe moyenne voyagent en voiture, les propriétaires s’asseoient généralement devant, laissant l’autre couple derrière. Or, quand deux couples de la classe ouvrière partent en balade, les hommes s’asseoient généralement devant et les femmes derrière.” Ces observations ouvrent des abîmes de perplexité qu’il faut en effet, pour tenter de les surplomber sereinement, beaucoup de podcasts en passerelle!

     Il me vient en mémoire une image des “Aventures de Tintin.” Le capitaine Haddock ne parvient pas à s’endormir sur sa couche du “Ramona”. Faut-il qu’il tienne la barbe sous les draps ou au-dessus? Le soir venant, vous lisant, me poserai-je des questions aussi angoissantes: est-ce que je passe ce commentaire-ci, et celui-là, sous le tapis? Ou pas? En tout cas, j’essaierai de maintenir une liberté de bon aloi; simplement, en dépit de la référence à Haddock, et de mon whisky du soir, j’en appellerai à la sobriété. 

   

La lassitude de Bouguereau au “Nouvel Observateur”

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28 fév 2010

Sur deux colonnes de l’Observateur cette semaine, les réflexions de Jean Marcel Bouguereau, chargé du dialogue avec les lecteurs de l’hebdomadaire.

“Il y a dans l’usage d’internet comme une involution que, tenant depuis deux ans un blog quasi quoitidien, je ne cesse de ressentir. Il y avait, il fut un temps, les pionniers d’internet s’en souviendront, ce que l’on nommait la netetiquette, un ensemble de bonnes manières qui devaient être observées dans l’univers de la toile. S’il fallait ne retenir qu’une règle, ce serait celle-ci: ce que vous ne feriez pas lors d’une conversation réelle face à votre correspondant, ne prenez pas l’internet comme bouclier pour le faire. Mais, ajoute Bouguereau, mon experience de blogueur sur le site d’ l’Obs m’incite au pessimisme. J’ai donc décidé de bannir les adresses IP de tous ceux qui ne font pas le moindre effort de politesse. Voilà où mène l’anonymat sur internet. Je partage l’avis d’un de mes lecteurs qui explique: Je demande que cesse la lâcheté savamment organisée qui consiste à insulter quelqu’un sans le nommer, sans se nommer soi-même. Nous sommes nombreux à le suporter tous les jours sur les différents sites d’info, je n’en peux plus.”

Ce que ne dit pas Bouguereau, c’est que la chasse aux adresses IP n’est pas nécessairement efficace. Chacun, n’est-ce pas, peut diposer  de plusieurs ordinateurs et, après avoir usé d’un canon à insultes, en utiliser le lendemain un autre. Et ainsi de suite. Quant à à imaginer un modérateur à temps plein, c’est impossible: nous n’avons pas les moyens ni l’intention de salarier quelqu’un à faire le même travail de nettoyage des toilettes à toute heure du jour et de la nuit, à la façon de Florence Aubenas sur les ferries débarquant sur les quais d’Ouistreham. Quant à l’élimination automatique de tout post comportant une injure, elle est malaisée à mettre en place: les internautes de France Culture disposent, par définition, d’un vocabulaire riche qu’ils pourront toujours élargir en faisant l’acquisition de tous les dictionnaires d’argot possibles et imaginables. Non, vraiment, la seule solution correcte est la retenue, qui semble avoir gagné un peu de terrain ces dernières heures. Ou bien la suspension. 

Radio de guerre

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24 fév 2010

     Un mot d’abord du climat qui règne sur ce blog. Quiconque veut y entrer par hasard - et c’est un droit élémentaire que lui donne la loi du net- a l’impression de pénétrer dans un champ de mines et se retire, effaré par tant de violence déchaînée. Quiconque en est un habitué doit essuyer des bordées d’injures, en échange souvent, il faut bien le dire, de celles qu’il envoie lui-même à tort et à travers. Le modérateur a beau lisser les posts, il ne peut le faire à chaque instant et tous, en dessous de leur tenue de camouflage, s’en trouvent blessés et amers. Je pensais que nous pourrions poursuivre cahin caha l’expérience jusqu’à la mise en place, ce printemps, du nouveau site de France Culture. Il apparaît que c’était une illusion. Dans les jours qui viennent, il faudra bien prendre une décision que nous fixerons, avec le service multimedia de la chaîne, selon une échelle qui va de la suspension, au pire, jusqu’ au plus complexe: l’inscription préalable avant toute participation.

     Puisque nous avancons encore, pour peu de temps, à découvert, je voulais proposer sans illusion deux ou trois réflexions sur le rôle de la radio dans une vraie guerre, celle que mènent les Français dans les quelques territoires d’Afghanistan dont ils ont la responsabilité.

     Un collaborateur de France Culture, Raphael Krafft, rentre d’une mission de deux mois dans l’un d’eux, la vallée de Surobi. Il était chargé du développement d’une radio plus communautaire que militaire, voulue par le commandant de bataillon du moment, le colonel Durieux qu’il y a peu, on a pu entendre aux Matins de Marc Voinchet.

      Plusieurs écoles stratégiques se partagent les faveurs des commandants de l’OTAN en Afghanistan. Certains pensent qu’il faut frapper fort et vite afin d’emporter la décision. C’est, disait Rony Braumann à France Culture encore mais au micro de L’Esprit public, foncer dans le mur en klaxonnant. Durieux, qu’on surnomme parfois le “colonel philosophe” tant il est nourri de Clausewitz, n’est pas loin de partager cette analyse: si, remarque-t-il, vous tuez un taliban, vous prenez le risque de vous faire cinq ennemis et si vous prenez le risque de tuer un civil, vous vous en faites dix. Mieux vaudrait donc limiter l’ascension aux extrèmes, approfondir l’action que la pacification permet de mener dans les territoires rendus au calme, amener enfin de notre côté les notables qui, partagés entre les insurgés et les autorités régulières, demeurent comme incertains, au milieu du gué. On reconnaît là l’influence lointaine de Clausewitz qui savait le rôle d’arbitres que pouvaient avoir les populations et, plus près de nous, l’enseignement des théoriciens français de la contre-insurrection, Galula ou Trinquier.  Le tout abrité sous la grande ombre de Lyautey, laquelle a créé ces derniers mois une manière de micro-climat dans la vallée sous contrôle tricolore de Surobi.

     C’est là que la radio intervient. Les talibans savent s’en servir:”Libération” du 26 janvier disait quel pouvoir avait gagné par les ondes un fameux taliban suronnomé”Mollah Radio”, et ce dans l’ancienne principauté de Swat, aux confins du Pakistan. Radio Surobi, à l’opposé, tente de répandre une atmosphère de confiance. Sans pouvoir sortir du camp retranché du 2ème REP, Raphael Krafft a ainsi formé en quelques semaines deux animateurs-reporters. L’un, Nassir, est professeur de collège; l’autre, Aziz, est proviseur: à 35 ans, fort de l’héritage d’un père respecté, il passe déjà pour une “barbe blanche”. Ce sont justement les “barbes blanches” qu’il faut convaincre de venir en studio: sous forme d’interviews pour le sous-gouverneur ou les notables, sous forme de prêche pour l’imam de la ville voisine. Ce n’est pas aisé mais la diffusion d’un journal, qui peut raconter les difficultés rencontrées par nos troupes, et surtout la musique font le reste: l’émission de dédicace de disques a ainsi remporté, aussitôt lancée, un grand succès. Les autres programmes suivront, consacrés aux femmes ou à l’agriculture.

     On voit bien la fragilité d’un tel outil. L’armée a, inscrite dans ses registres, une rubrique “achat de fusils-mitrailleurs” mais n’a pas prévu de fonds pour l’acquisition de matériel audiovisuel; quand elle a en stock des milliers de transistors, elle hésite à les distribuer tous. Le temps de présence d’un commandant de bataillon est limité, son sucesseur peut être tenté de choisir une autre direction que lui. L’unité qu’il commande n’est pas nécessairement imitée par sa voisine: le général français qui oeuvre à quelques dizaines de kilomètres , à l’autre bout du pays de Kapisa, a lui aussi sa radio qui n’obéit pas nécessairement à la même ligne. On pense, malgrè nos officiers qui n’apprécient guère la comparaison, à l’époque de la guerre d’Algérie: chaque sous-lieutenant -on en fabriquait alors 1000 par an- tenait son piton un peu comme il le pouvait sans être toujours au diapason de l’autre.

     La question, au fond, est de savoir pour qui joue le temps. Les insurgés, qu’ils soient, tels nos chouans d’autrefois, accrochés à leur village ou bien qu’ils combattent pour un Islam mondial, sont persuadés que “la vraie foi” l’emportera partout. Mais à quel terme? Les combattants de l’OTAN  espèrent, eux, qu’un palier d’équilibre peut être aménagé qui leur permettra de sortir du guêpier et de refermer la porte derrière eux, la tête haute. Et, dans cette perspective, la radio peut être aussi utile que le fusil mitrailleur.