Juste une ou deux réflexions après quelques lectures destinées à la préparation de notre programme Juin 1940.
 Sait-on qu’il y eut une époque où les intellectuels régnèrent en maîtres sur les ondes? C’était pendant la drôle de guerre. D’un côté Georges Duhamel régnait en majesté sur la programmation de la radio nationale et de l’autre, Jean Giraudoux dirigeait depuis l’hotel Continental les services de la propagande et de la censure.
   Des conférences sur la culture française assurées par les plus grands écrivains, des retransmissions de pièces classiques, des émissions longues comme des paquebots qui voguaient dans un océan d’optimisme.,; tel était le menu quotidien. “Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts”, disait le président du Conseil du printemps 40,Paul Reynaud. “Nous vaincrons parce que nous sommes les plus intelligents”, avaient répété auparavant les conférenciers les plus illustres. Sauf que Reynaud connaissait d’instinct les défauts de la cuirasse et, en arrivant trop tard à Matignon,il s’était félicité de la démission de Duhamel et fort bien  accommodé du retrait de Giraudoux, intervenus tous deux avant l’offensive allemande. La radio officielle s’était écroulée sur elle-même avant même que l’ennemi ne la pousse sur les routes de l’exode.
   En même temps que je relis le récit des soirées irréelles de l’hotel Continetal, je découvre l’histoire reconstituée par le menu des “Français parlent au Français” et du poste “Honneur et patrie” à Londres. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, qui en était, consacre à ce moment décisif une grande partie de sa biographie de Georges Boris (Gallimard): Boris était en effet ces années-là  officier de liaison de la France libre auprès de la BBC . A Londres, on a affaire à une radio qui, très surveillée pourtant, atteint de suite l’efficacité. Des animateurs excellents venus du théatre et de la musique mais du théatre grand public et de la musique légère… Crémieux écrit: “leurs émissions sont rapides, pleines de fantaisie” et il ose ajouter: “dans le meilleur style des radios commerciales parisiennes d’avant-guerre”. Voilà une remarque qui devrait nous faire réfléchir, nous qui aimons tant les vieilles maisons et les vieux papiers: il a soixante dix ans, la radio froide, impavide et sûre de sa supériorité a contribué à la défaite et la radio souple, réactive, imaginative à la victoire…



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