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Le Mans, l’animal, l’identité nationale et… la vaccination

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     Annette Becker m’e plique, au lendemain du 11 novembre, ques les Australiens vivent dans le souvenir de la Grande Guerre bien plus que nous. En peu d’années, par leur partipation coûteuse à un conflit très lointain, ils ont constitué soudain une nation alors qu’ils peinaient jusque là à s’imaginer comme autonomes. Dans chaque commune, ils ont en conséquence édifié un monument au  morts, à qui, en esprits pratiques qu’ils sont, ils ont souvent associé une fonction utilitaire: c’est, chez eu  , à un stade, une piscine, et pas à une simple stèle, qu’est associée la mémoire. “Et, figurez-vous, j’ai eu la surprise de trouver là-bas un monument au  morts qui faisait aussi office… d’abreuvoir!” C’est que les chevau  , au même titre que les hommes, ont participé au grand combat et à l’émergence, en même temps, sur le sol européen, de l’idée australienne. Il est vrai qu’en France, mais plus discrètement, on cita aussi à l’ordre de la nation des pigeons voyageurs et, évidemment, des chiens: leurs diplômes, leurs photos figurent sur les murs d’un émouvant petit musée dissimulé dans l’enceinte du Mont-Valérien.

     Je pensais à ces faits, qui peuvent nous paraitre étranges, au Palais des congrès du Mans où, le 13 novembre, se déroulait le forum du “Monde” relayé par France Culture. La question qui était posée passionne beaucoup aujourd’hui: “Mais qui sont les animau?” Frédérice Keck, qu’on a pu entendre au micro de Laurent Goumarre, montrait que les avancées de la vaccination, sous la IIIème République, peu avant la Grande Guerre, étaient corrélées à l’émergence des états-nations. Koch était une figure de l’Allemagne, Pasteur un héros de la République française depuis qu’il avait guéri de la rage un enfant mordu par un renard non loin de la ligne bleue des Vosges. Il paraissait alors parfaitement normal d’accepter les campagnes d’inoculation des virus sous forme atténuée puisque le gouvernement les organisait et que toutes les autorités acceptées comme telles, instituteurs et médecins, les recommandaient vivement.

     Plus rien de tel aujourd’hui, poursuivait au Mans Frédéric Keck. Les épidémies - étymologiquement, les maladies qui affectent le peuple- ne concernent plus un peuple seulement. Elles surgissent à la vitesse de l’avion, elles e  plosent dans les mégapoles internationales et c’est depuis Hong Kong, Le Caire, Me  ico que les observent des e  perts mandatés par des organisations internationales. Dans l’atmosphère articielle des laboratoires, sans beaucoup tenir compte des individus concrets in situ, on nomme les épidémies avec des noms savants (encéphalite spongiforme etc…), on modèlise leur développement possible, on construit des scénarii-fiction en même temps qu’on imagine des vaccins dont de grandes entreprises trans-frontières prépareront ensuite les doses.  Dans ce nouveau dispositif autrement comple  e que  le précédent, les gouvernements n’ont guère d’autre marge de manoeuvre que de s’installer avec plus ou moins de diligence dans les phasages que l’OMS leur indique et de mesurer aussi au jour le jour les évolutions de leur opinion: prendra-t-elle  la chose avec l’habitude du fatalisme comme au Me  ique ou approchera-t-elle de la panique à force de colère contre les dirigeants comme en Ukraine? Quant au  agents  de la santé publique à l’intérieur de chaque pays, il ne sera question d’eu  que pour réquisitionner leurs services: le médecin de la Sécurité sociale doit griffer son vaccin en trois minutes dans les gymnases affectés à cet usage, un point c’est tout.

     Il ne faut pas s’étonner dans cette nouvelle configuration que la vaccination devienne impopulaire. Elle donne l’impression de venir du diable vauvert alors qu’auparavant étaient établies les  preuves de sa nécessité au coin de chaque rue, par des campagnes de pro  imité. Elle est accusée de servir les intérêts des multinationales: en réalité, celles-ci n’arrachent grâce à elle qu’une part infime de leur chiffre d’affaires, mais peu importe la vérité, seule compte la représentation dans notre société qui n’est plus qu’un jeu d’images.

     Le plus grave est à venir. On dit que la vaccination est une guerre et on sait d’e  périence qu’il faut parfois livrer des guerres quand les motifs sont justes. Or, aujourd’hui, dans nos opinions européennes, l’idée de guerre paraît de moins en moins acceptable. En 1914, la plupart des hommes acceptaient de partir et on embarquait aussi dans l’aventure, les chevau , les chiens et les pigeons. Aujourd’hui, le recours au  animau  serait jugé inacceptable et, mieu  , après la mort dans une embuscade de 10 soldats français en Afghanistan, il se trouve des familles et un avocat pour porter plainte contre l’armée qui  aurait laissé tuer leurs enfants. A fortiori, si vous proposez une vaccination, beaucoup répondent: “Non, il y a un risque!”Madame Bachelot peut rire de toutes ses dents en offrant son bras au vaccinateur, elle se heurte à l’hostilité sourde de ceu  qui se défient de toute forme de mondialisation mais sans plus avoir le soutien de ceu  qui, il y a quelques générations, auraient eu conscience que la vaccination participait de l’identification nationale. 

Berlin 9 novembre “Diversité et gratuité”

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     Ce blog n’est aucunement un thermomètre, juste un protestomètre, dont les posts sont (comment dit Roselyne Bachelot de la grippe A?)…”contaminants” et prennent plus souvent qu’à leur tour des “formes fulminantes”. Ainsi  celles et ceu  (zut, il me manque toujours la même lettre) qui s’y plaignent du programme “Berlin” n’hésitent pas à affirmer qu’il s’agit d’”une grosse m…”. J’abrège leurs contributions en notant seulment au passage que, dorénavant, dans la mesure où j’ai du temps à perdre, je  purge le fil des cacas nerveu  (m… il me manque cette satanée lettre) et des interventions intempestives de tous les touche-pipis.

     Pour parler sérieusement, je répondrai comme notre président bien-aimé ce matin à 0 heure, quand il répondait à Marc Voinchet: “L’importance de l’évènement nous a sollicités mais si c’est la première fois, c’est aussi la dernière fois”. Que tous soient rassurés: au retour de Berlin, chacun rentrera dans sa chacunière et Radio-France ne remettra plus toutes ses chaînes dans le même panier.

    Mais c’est de la presse écrite que je voudrais parler. La multiplicité était aussi sa force. Voyez le traitement qu’elle a fait , en ce 9 novembre, de la même photo figurant la chute du Mur. En “une” de “L’Huma”, apparaissent en second plan, en retrait par rapport au  démolisseurs, trois “vopos” de RDA : ils ont l’air grave de qui regrette déjà le temps qui s’enfuit; dans “Le Figaro”, en page 5, les mêmes sont isolés et ils sont… souriants. Précieuse pluralité des journau  . Deamain, qu’adviendra-t-il quand “L’Huma” aura sombré et que “Le Figaro” ne sera plus qu’une marque et non plus un journal d’opinion?

     Je me livre souvent à un petit jeu. Contrairement à ce que certains pensent, je prends souvent le métro et, sur les sièges de la station où je descends, je laisse un journal. Pendant quelques instants, je guette ensuite les réactions. Eh bien, le plus souvent, personne ne se saisit de l’e emplaire.Certes “Le Canard”, parfois trouve preneur mais il est bien le seul. lL’autre soir, j’avais posé “Politis”, j’ai vu quelqu’un venir rapidement dans sa direction mais celui que je prenais pour un amateur visait en fait la corbeille voisine qu’il fouilla méthodiquement pour en tirer à grand’ peine…”20 minutes”!

     Depuis que le bon Dieu m’a accordé une place à la direction de France Culture, j’ai appris à moins me fier au  leçons très particulières que je tire de mes petites e périences personnelles. Les tendances lourdes sont autrement importantes. E emple: je dois bien convenir que les enquêtes que nous pouvons faire sont plus intéressantes, à bien des égards, que les échanges d’épithètes malsonnantes que s’échangent les blogueurs de “Quai de Seine” qui ferraillent ici  à n’en plus finir et qui ne sont pas vraiment représentatifs de notre auditoire. Pareillement en matière de presse.  Dans la ligne des Etats générau  qui se sont tenus l’an passé, le ministère de la Culture vient d’offrir au  jeunes de 18-24 qui le souhaitaient un abonnement au  titres de leur choi . Eh bien, en l’espace d’une semaine, 150000 demandes seraient parvenues au  organisateurs: 30000 pour “Le Monde”, 18000 pour “Libération”, 9000 pour le “Herald Tribune” etc… Mon petit manège dans le métro  ne m’aurait jamais fait imaginer cela.

     Ma micro-offre artisanale sur le réseau métropolitain est pourtant gratuite elle aussi. Mais elle n’atteint pas sa cible parce que celle-ci n’est ni définie ni même recherchée. Mon kiosquier me le dit bien,  qui observe les comportements des clients qui achètent encore la presse: “Les gens, aujourd’hui, savent parfaitement ce qu’ils veulent, ils ne me demandent jamais conseil”. Gratuité oui pas, la tendance lourde est à la singularité des demandes et des comportements. C’est bien pour cela qu’il fallait goûter à sa juste mesure l’ e  périence de Radio France aujourd’hui. Avec panache, elle évoquait un temps révolu. Jean-Luc Hees l’a bien dit: “Elle ne pourra pas se reproduire”.

“L’incident est en cours d’identification”

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J’entendais l’autre soir dans “Hors champ” un professeur de psychologie du travail au CNAM, successeur pas si lointain et fort bien informé de Georges Friedmann, parler avec des mots très justes des suicides à France-Telecom Il insistait, en particulier, sur le décalage entre le traitement médiatique de ces derniers et l’ensevelissement de tant d’autres sous le silence. L’ habitude française d’écraser les quelques morts volontaires qui parvienent à notre (mé)connaissance sous les commentaires  me laisse un goût d’amertume… Sans doute l’école sociologique parisienne s’est-elle fondée sur la thèse de Durkheim, pastoujours bien assimilée: Raymond Aron dit quelque part que, s’il a renoncé à la Libération à solliciter un poste universitaire, c’était pour ne pas avoir à répéter les thèses du “Suicide” à des générations d’étudiants. Jean Baechler,il y a longtemps déjà, a bien essayé d’e pliquer que la lecture idéologique, en la matière, pouvait conduire à la caricature; il prenait ainsi en e emple les débats à la Chambre pendant la période de la Séparation: les adversaires de l’enseignement catholique voulaient montrer que les élèves des congrégations avaient tendance mécaniquement à se donner la mort et, sur les travées de droite, on devine que les clericau  soutenaient précisément le contraire. Baechler n’a hélas été ni lu ni entendu et on continue chez nous, imperturbablement, à considérer le chiffre des suicides comme un indicateur certain du malheur de telle ou telle partie de la société.
Ce n’est pas ce qu’on lit et entend à satiété ces dernières semaines qui va me faire changer d’avis. Ni, non plus, le fait divers, qui n’en est même pas devenu un, que j’ai frôlé vendredi.
Mon train, ce jour-là, roulait tranquillement vers Saint-Malo. Soudain, une secousse, une autre encore. Nous nous disions que nous aurions pu dérailler quand le contrôleur, qui se trouvait là, intervint: “Encore des gamins qui auront posé des pierres sur la voie…” Puis le convoi s’arrêta brusquement: “Le conducteur aura voulu vérifier si rien n’est endommagé”.
Le contrôleur - c’est un simple TER, il n’a pas encore été doté d’un “chef de bord” réclama au micro une attention que nous ne comptions pas lui contester: “L’incident est en cours d’identification”. Il n’annonca pas un départ prochain. Et, quand il revint dans notre wagon, ce fut pour glisser à un passager, sans doute un familier: “Quelqu’un a voulu se suicider”.
Une demi-heure plus tard, nous étions invités à descendre du convoi. C’est seulement à ce moment que l’évidence que je refusais sans doute et que le silence gardé par les voyageurs n’avait pas permis de me formuler, m’apparaît: nous n’avons pas roulé sur des caillou qui, providentiellement, auraient permis de freiner et de découvrir à temps la personne qui voulait se jeter sous le train, nous avions, c’était pourtant clair bien que difficilement acceptable, nous avions bien écrasé un corps, lentement, impitoyablement.
Les passagers, une centaine, prirent donc,en file indienne, le chemin de la gare la plus proche, par le chemin qui, d’habitude, permet d’entretenir les voies et que la victime, peu de minutes avant, avait emprunté en sens inverse. Me revint une conversation avec Jean-Paul Kauffmann: il s’était trouvé naguère dans la même situation mais ce jour-là, il faisait un grand soleil, tout le monde s’était égayé dans la prairie voisine et soudain il s’était souvenu des photos de la dernière guerre: les gens restaient des heures, ne se risquant pas à l’abandonner, autour d’un train qui, lui, ne voulait pas aller au devant des bombardements…. Cet après-midi de vendredi, il faisait gris, nous avancions avec nos valises vers la gare qui n’était distante que d’un kilomètre: la victime avait rapidement mis fin à sa dernière randonnée. Quelques uns d’entre nous, un adolescent notamment que j’avais vu il y a une heure seulement accroché à son i-pod, se retournèrent plusieurs fois vers le museau du train: entre ses deu feu de détresse qui clignotaient mécaniquement, il portait des traces de sang. A l’entrée de la gare, un employé sanglotait presque. Il faut reconquérir le don des larmes, aimait à répéter Chaunu, que nous enterrions la semaine passée. Dans le car, un autre communiqua à qui le voulait le numéro de la désormais rituelle “assistance psychologique”: ça, c’est un droit nouveau que notre société reconnaît plus aisément.
Le lendemain, une poignée de lignes seulement dans Ouest-France. L’adolescent avait raison d’être ému: la victime, selon les premiers éléments de l’enquête, était une jeune fille de son âge. Fidèle à ses principes, notre confrère qui fait profesion de dignité, ne livrait pas de nom. Quand il s’agit de France-Télécom, les medias surenchérissent; ici c’est peut-être l’e cès inverse. Comment les parents de cette jeune fille, pleins de joie à la naissance - mais qu’adviendra-t–il d’elle? -auraient-ils pu imaginer que cela se terminerait ainsi? Le droit au silence est ce qui leur reste mais la malheureuse au visage meurtri a droit aussi au nom qu’ils lui avaient légué et au prénom qu’ils lui avaient choisi.
Je n’ai pas dit dans quelle gare nous nous étions retrouvés. C’était…Combourg. Le long de la voie ferrée, nous voyions un tracteur qui évoluait dans un champ. Plus loin, derrière la ligne d’arbres, nous devinions le chateau. Ce soir, au retour, j’ouvre les “Mémoires d’outre-tombe”. Au hasard. Et je lis, page 100 de ma vieille édition selon Gonzague Truc, le récit de la tentative de suicide de Chateaubriand, au même âge, au même endroit: “Si je m’étais tué, tout ce que j’ai été s’ensevelissait avec moi; on ne saurait rien de l’histoire qui m’aurait conduit à ma catastrophe; j’aurais grossi la foule des infortunés sans nom, je ne me serais pas fait suivre à la trace de mes chagrins comme un blessé à la trace de son sang.”

se retournèrent plusieurs fois vers le train dont le museau
portait des traces de sang

Pierre Chaunu, la vie, la mort, la foi…

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     Vendredi prochain, La Fabrique de l’histoire rendra compte comme il convient de l’oeeuvre de Chaunu qui vient de disparaître. Heureusement que France-Culture est là: “Le Figaro”, où Chaunu rendit compte avec fougue de dizaines et de dizaines de livres qu’il était souvent le premier à découvrir, ne lui consacre aujourd’hui qu’une malheureuse colonne dans ce qui lui tient lieu de pages culturelles…

     J’ai été l’élève d’Alphonse Dupront que Chaunu tenait pour le plus important historien de la génération qui l’avait précédé: de lui, il avait appris, comme moi, que l’homme est fondamentalement un animal religieu (mon clavier, toujours handicapé, ne parvient pas à achever l’écriture de ce mot…). Etudiant, je ne connaissais de Chaunu, outre ses grands livres bien sûr, que ses interventions fulgurantes dans des soutenances de thèses où je me rendais rien que pour l’entendre. Je me souviens néanmoins d’une rencontre furtive dans le métro, qui m’avait laissé interloqué. J’étais tranquillement assis sur une banquette quand l’illustre professeur vint s’installer à mes côtés; il portait comme à l’accoutumée la cravate noire qu’il ne quittait plus depuis la mort, à quinze ans, de son fils Marc; à peine posé, il se mit aussitôt à lire en même temps que moi le journal que je tenais  entre les mains, m’incitant d’un regard impérieu  à tourner plus vite les pages, me prenant presque l’ e emplaire des mains: un tel ogre gourmand d’informations, prêt, évidemment, à discuter ferme avec le benêt que j’étais, me fut aussitôt sympathique. A ceu  qui, à l’époque, le traitaient de “fasciste” parce qu’il n’avait pas baissé sa garde en 68 et qui, aujourd’hui encore, le qualifient d’homme d’e trème droite, je réponds qu’il n’aimait rien tant que l’échange et la confrontation: les “intellectuels de gauche” y sont souvent beaucoup moins portés qu’il ne l’était.

     Malade déjà, il avait publié à bas bruit, au Cerf, en 2006, un petit livre nourri des prédications qu’il assurait discrètement chaque dimanche dans le modeste temple protestant de Courseulles-sur- Mer. Le titre en était: “Leçons pour la pai”  (encore un mot que je ne parviens plus à écrire correctement). On y lit l’inquiétude d’un vieil homme issu de Lorraine qui, dès la rentrée 1938 qu’il effectua en Normandie, venu de Metz, savait que la guerre était pour demain et qui, en aout 1945, comprit de suite le sens d’Hiroshima et de Nagasaki. Mais, ô surprise pour ses détracteurs, on y relève aussi cet appel au croyants des trois grandes religions: “les conflits du Proche-Orient sont d’origine beaucoup plus récente qu’on ne veut vous le faire croire; ils ne remontent pas vraiment au  croisades dont Dupront a montré qu’elles fécondèrent  l’estime mutuelle entre chrétiens et musulmans; la manière dont fut faite - et mal- la décolonisation est l’e plication première;  si l’histoire n’est pas si ancienne, la solution n’est donc pas si éloignée…” Dans nos régions, recommande Chaunu, “les chrétiens doivent accueillir et mieu  connaître les immigrés qui viennent de pays musulmans; il faut qu’ils voient dans le musulman non pas un ennemi mais un allié; les armes dont nous disposons contre le terrorisme sont les signes de fraternité et l’aide au développement…”

    Les obstinés qui veulent renvoyer Chaunu, lequel prêchait sans cesse l’hospitalité, dans le camp des installés feraient bien de lire ce testament qui, de surcroît, est bref: Chaunu possédait l’ esprit de synthèse. Mais, pour l’entendre, il leur faudrait renoncer aussi à ce laïcisme obstiné qui voit en chaque croyant, juif, chrétien, musulman, un hystérique et un aliéné. C’e’st sans doute beaucoup demander…

     “En mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance, nous avons surtout compris que nous allions mourir.” Chaunu, entré dans le silence depuis longtemps, s’y était préparé. Au temple, la semaine prochaine, quand, peu de jours avant l’émission d’Emmanuel Laurentin, se réuniront ses mais, ils sauront dire que, bien au dessus de la connaissance -et Dieu sait si elle avait de l’importance pour Chaunu, il y a le coeur de la révélation: les hommes sont faits pour le dialogue et non pour la violence.

On

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Adieu à la politique telle que nous l’avons aimée…

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François Bazin est un camarade d’autrefois. Chacun dans son service, au temps ancien -le début des années 1980- où nous collaborions à “La Croi “, nous fumions tranquillement notre pipe, ce qui était déjà une marque de distance qui nous est restée: tant de nos confrères rentraient de déjeuner cigare au bec, ce qui nous semblait un début de connivence avec ceu qui régalaient trop grassement..
Bazin donc m’envoie son livre “Le sorcier de l’Elysée” (Plon). Plus de quatre cents pages serrées consacrées au grand vitruose des médias que fut Jacques Pilhan. Je connaissais très mal le bonhomme. Je me souvenais évidemment de quelques unes de ses oeuvres: l’émission “Ca m’interesse, Monsieur le Président” en 1985 avec Mourousi assis négligemment sur la table de Mitterrand, le débat à la Sorbonne avec Philippe Séguin et Guillaume Durand où chaque mot du même Mitterrand arrachait une voi pour le oui à Maastricht, la campagne de Chirac sur la fracture sociale… Le long entretien qu’il avait, par e ception, donné au “Débat” l’avait revêtu à mes yeu d’une sorte de légitimité, vite oubliée. En réalité, je le regardais toujours, un peu de surplomb, avec le goût de la vertu que donne une condition restée modeste, comme une sorte de joueur de poker. En dépit de ma fidélité admirative pour Bazin, j’aurais sans doute laissé le livre de côté si la dédicace ne m’avait attiré: “pour Jean, cet adieu à la politique telle que nous l’avons aimée”.
Chacune de mes interventions sur ce blog consiste à répéter: la radio,la presse, les musées ne peuvent plus ressembler à ce qu’ils étaient. Bien plus, la citoyenneté n’est plus ce que qu’enseignait l’école française, à savoir la necessité pour l’homme de s’élever au-dessus de ce qu’il est comme individu. De nos jours, la citoyenneté se sépare à grande vitesse des enjeu morau et se choisit des objectifs pratiques. Voyez, pour prendre un minuscule e emple sans grand intérêt, ce blog: combien d’individus qui le pratiquent n’ont d’autre but que de provoquer un tintamarre qui, croient-ils, les fait e ister, au point qu’ils se démultiplient chacun en quatre ou cinq pseudonymes pour occuper davantage l’espace qu’ils croient leur!
Bien avant l’internet, Pilhan avait deviné cela. C’était en effet un ancien joueur de poker, il avait été aussi loufiat dans des brasseries: c’est une bonne formation pour dissiper les illusions. il avait peu lu, avant de rencontrer Benoît Yvert à la librairie “Le Conservateur”, mais il connaissait bien Clausewitz, Gracian et “La société du spectacle” de Debord. Parfait amoraliste, il avait enregistré les conséquences de l’individuation, mesuré que la vieille forme “parti” s’y adaptait mal mais qu’en revanche, une nouvelle forme d’écriture de la politique, l’écriture médiatique pouvait les maîtriser: avant de devenir très riche avec sa société de conseil, il lui était aussi arrivé de faire danser les Français en tant que disc-jockey.
C’est à cet alchimiste qui interroge, sondages quantitatifs et qualitatifs à l’appui, les contradictions de l’opinion que François Mitterrand, au creu de la vague en 1985, confie le soin de le ramener au rivage. Il le convoque, lève le nez des “Rougon-Macquart” et lui demande: “Vous croyez vraiment que je vais me noyer?” (faut-il rappeler que Mitterrand le premier, dont ses électeurs naïfs avaient pu croire qu’il était converti au socialisme, ne se préoccupait lui-même que de son propre salut?)
S’ensuivent les opérations de sauvetage réussi que je détaillais plus haut. Et bien d’autres conseils distribués à Dray, Jospin, Rocard et Tapie tout à la fois: Pilhan ne vit longtemps l’avenir -pardon: son avenir- qu’à gauche et c’est faute, après 1993, de pouvoir continuer à la garantir ainsi qu’il se tourna vers Chirac…Que voulez-vous, le train doit bien continuer à rouler, après qu’ont été débarqués les voyageurs incapables de payer le pri de la modernité…
La lecture achevée - Pilhan, brillant cerveau qui avait oublié qu’il était aussi un corps, meurt prématurément en 1998- j’ai compris la dédicace. Nous sommes depuis 2007, nous répete-t-on, dans un nouveau temps. Non, simplement dans une autre séquence. Le changement vient de beaucoup plus loin. Sarkozy, atteint de priapisme, iintervient sans cesse dans les medias alors que Pilhan avait réussi à imposer une certaine retenue, une chasteté aui moins dans la parole à ces deu ogres qu’étaient Mitterrand et Chirac mais la différence n’est pas de première importance. C’est depuis un quart de siècle que, pour nos présidents, le geste est tout, et que le propos importe peu: ils écrivent un film à grand spectacle qui cherche à être efficace sur le moment car, demain, les clivages, les imaginaires auront changé et qu’après-demain ne se laisse pas deviner dans les cornues des sondages.
Ceci posé , que reste-t-il à faire pour les journalistes?
Bazin note qu’à chaque moment décisif, ils suspendent leur jugement afin d’observer dans quel sens va l’opinion.
Il n’y a même plus besoin de les inviter dans des restaurants fins pour les entretenir, les circonvenir et leur offrir des cigares. Ils guettent derrière leur ordinateur dans les salles de rédaction, devenues de vastes chambres d’écho, ce que l’instant leur dictera. Mais qui donc est encore l’émetteur?
Conclusion de Bazin: “Pilhan, en prenant son parti du spectacle, du tromphe de l’émotion sur la pensée a au moins réduit la part de la comédie. Les uns disent qu’il participait, ce faisant, à l’abaissement de l’idée républicaine. Les autres assureront qu’il fut l’image même de l’esprit démocratique triomphant. Tous auront, évidemment, raison.”

Une lettre me manque…

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    Une lettre me manque sur mon clavier et  je me sens quelque peu désemparé. Au retour d’un long week-end, je découvre les commentaires qui s’accumulent: une sédimentation qui m’étouffe, une mer où je me noie, un labyrinthe de pseudonymes où je me perds… Je désespère de pouvoir isoler, ici et là, une pépite. Tentation de lâcher prise… D’autant que manque à mon clavier une lettre décisive: toutes ces colères qui circulent comme autour d’un rond-point, sans jamais se calmer, comment dessiner des fcarrefours, des a es, surtout quand je n’ai plus l’usage de la

Je reviens de Bretagne, où j’accompagnais Mona Ozouf qui y a donné son nom à l’école de son enfance, à Plouha- moment unique dont je ferai le compte rendu cette semaine,avant un documentaire de La Fabrique de l’histoire,programmé en novembre. J’y ai lu un poème d’Yvon Le Men, “Les enfants et les mots”, que j’ai envie de reproduire tout simplement, comme on pose une pierre d’attente. Le Men s’y adresse à l’un de ses enfants:
“Quand tu apprends l’alphabet,
Ne laisse pas tomber une lettre
Car si elle se blesse,
Tu ne trouveras plus le mot pour appeler
Quand tu apprends l’alphabet
Et que le Z te paraît bien loin du A,
Demande à ta maman une chanson
Pour finir le chemin
Quand tu apprends l’alphabet,
Rappelle-toi qu’avec 26 lettres,
On peut faire beaucoup de mots
Et tu pourras  partager
Avec tes parents, tes amis, tes secrets…”
    Il me reste seulement 25 lettres. Cerné à gauche, à droite, il me manque une flèche dans mon carquois. Pourtant il faut se défendre et attaquer. Un peu de répit, de patience et le débat va reprendre.

Mélancolie au musée de Beauvais

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    Samedi dernier, aiguillonné par Pascal Quignard, Ali Baddou disait en riant: “Ah non, moi, je ne suis pas mélancolique.” Quelle chance il a de ne pas partager le sentiment qui étreint tant des blogueurs de ce site et qu’il m’arrive, à moi aussi, de partager.
 Ainsi, l’autre jour, je me retrouvais seul au Musée de Beauvais. Sur les murs, “Le clocher du Croisic” de Laboureur, les émouvants “Tirailleurs sénégalais au camp de Mailly” de Vallotton et les étonnants paysages que Dewanbez peignait après les avoir survolés dans des avions qu’il empruntait à la base de Mourmelon. Hélas, pas un visiteur. Un grand silence rompu seulement par une lame de plancher qui craquait sous mes pas. Et, par la fenêtre - dans les musées, je suis toujours aspiré par les ouvertures- la façade du palais épiscopal. Le musée de l’Oise devrait être installé dans le palais mais la charpente ployant, l’argent manquant, il a été replié dans une aile oubliée. Mélancolie: le regret de ne plus être ce que nous n’avons jamais été.
    Imaginez que France Culture soit un musée, comme certains, ici, le souhaitent. 
Nous nous retrouverions pris en tenaille, comme l’a été à un moment l’établissement de Beauvais avant de se retrouver vidé de sa substance. Le grand historien Krzystztof Pomian, dans une récente conférence à Genève, notait : les musées n’échappent pas à la contradiction entre les fonctions traditionnellement définies pour eu par
l’institution et les e igences de la gestion.
Ils doivent se diversifier par leur contenu: artistique mais aussi technique, ethnographique, historique, scientifique…
Ou ils s’effacent lentement, tristement et dignement comme celui de Beauvais ou, je cite toujours Pomian, “devenus multidimensionnels, ils relèvent les défis lancés par le développement de l’internet.Il leur faut à la fois se situer, en complémentarité mieu qu’en concurrence, par rapport au facilités de la consultation à distance de leurs collections, répondre dans leurs murs au attentes de visiteurs habitués au fortes stimulations émotionnelles de l’audiovisuel et enfin, last but no least, savoir e ister dans les médias.” Dans notre société liquide, caractérisée par un nouveau régime de l’attention, société de rond-points où on ne cesse de circuler, il leur faut même créer des évènements qui font vendre des quantitésde billets car les billets sont connus pour créer de longues files d’attente. Les auditeurs de France Culture ne me démentiront pas: je n’en ai pas vu dans les salles désertes de Beauvais mais beaucoup ont déjà retenu par internet une visite à l’e position Renoir du Grand Palais.
Puisque plusieurs d’entre eu semblent goûter les propos de notre directeur, je vais le citer encore une fois, sans guillemets car je ne voudrais pas lui donner l’impression de le piller et peut-être l’interprétè-je à ma façon: nous avons, disait Bruno Patino lors de notre conférence de presse de rentrée, beaucoup de raisons de ne pas aimer notre temps mais pour lui rester necessaire, pour qu’il sente combien nous restons différents,encore faut-il qu’il nous entende.
Je me demande si, dans le cadre de notre élargissement, nous ne devrions pas créer une émission de judo: le judo enseigne l’emprunt à l’adversaire de certains de ses moyens pour, enfin, le déséquilibrer.
Si je n’ai pas été clair, je vais m’abriter pour finir sous l’aile de…Dominique de Villepin, histoire de me faire quelques ennemis supplémentaires: dans un discours, recommandait l’ancien Premier ministre, n’attaquez pas de face, cherchez des angles…

PS Pardonnez le manque d’une lettre, mon clavier, usé, devient mélancolique, il ne me permet plus par e emple, de parler de se e…

La Ferté-Vidame: la fabrique de la mémoire

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   Tel ou tel s’interroge sur l’utilité de ce blog. Mais tel ou tel autre note que je suis coriace et obstiné. Je persiste donc et continue de suivre mon bonhomme de chemin. Après une journée passée dimanche dernier à La Ferté-Vidame où se tenaient plusieurs débats sur la mémoire, je voulais semer ici,à l’usage des esprits de bonne volonté, quelques remarques, en prévenant toutefois qu’elles ne prétendent pas atteindre la même hauteur de vue que les innombrables et mémorables commentaires postés ici…
Quand on vient du Perche, qu’on sort de la forêt et qu’on parvient au parc de La Ferté-Vidame, la vue est saisissante: au bout d’une longue perspective, se détache la silhouette, grandiose mais ruinée, d’un superbe chateau. La Révolution dévasta le batiment mais ne suffit pas à effacer complètement l’ombre qu’il continue de porter sur la pelouse, l’allée, les fossés.
C’est dans cet espace que, tout un après midi, Lanzmann, Pingaud, Blas de Roblès, Jourde, Forest allaient parler de la mémoire.
“Ce qui a été, écrivait Jankelevitch, ne peut désormais ne pas avoir été; le fait empli de mystère et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité.”
A La Ferté-Vidame,la première impression, cependant, peut être trompeuse. On sait, en y arrivant, que c’était le fief de Saint-Simon et on pense spontanément que le chateau ruiné était le sien et que, décidément, les grandeurs d’établissement que défendait le petit duc ne pèsent pas lourd sur les balances du temps. En réalité, ce que les acheteurs de Biens nationau ne sont pas parvenus à désosser complètement dans les années 1790, ce n’est pas la demeure du mémorialiste mais celle que son successeur, Laborde, a construite après avoir lui-même démoli ce que son predecesseur avait tenté, sans beaucoup d’argent, de maintenir. A cette révélation,le sens de nos méditations est aussitôt dévié: notre mémoire, décidément, est encombrée de chausse-trapes dont il nous faut nous méfier à chaque instant.
Je traduirais bien, à l’usage maintenant des auditeurs nostalgiques de France-Culture: ce qui a été mérite en effet d’être préservé puisque le respect du passé fonde l’éthique mais attention, nous croyons souvent avoir entendu une chaine qui, jamais, n’a été.
Souvenir rennais maintenant que j’espère transcrire correctement. L’été 2008, j’entre dans une librairie de la ville. Dans la boutique, j’entends la rediffusion d’un des samedis après-midis de la station tels que les illustra Frédéric Mitterrand. Le propriétaire se met à m’entreprendre: “Vous croyez que c’est de la culture,ça?” Je souris aujourd’hui dans ma barbe, maintenant que l’ancien producteur de la chaîne est installé rue de Valois. A l’époque, j’ai écourté la conversation grâce à l’achat d’un petit livre, que je vois évoqué à plusieurs reprises sur ce blog, et qui dénoncait la ruine programmée pierre à pierre de France Culture, un peu à la manière de celle de La Ferté-Vidame par les barbares. J’y reviendrai sans doute à l’occasion mais je constatais, à la lecture de cet opuscule, que chaque page ou à peu près contenait une erreur. Qui s’installe dans le confort du devoir de mémoire (”découvrez-vous, bonnes gens, devant le saccage et
pourchassez les coupables”) se dispense trop souvent du travail qu’il faut faire sur ses souvenirs et aussi de la recherche d’un minimum d’e actitude historique. Le chateau de Saint-Simon n’a jamais été ce que nos yeu croient voir. Et, pareillement, France Culture n’a pas été ce que nos oreilles croient avoir entendu.
Avant de développer une autre fois cette idée, je voudrais juste citer notre directeur. Puisque des participants de ce blog considèrent qu’on entend trop Bruno Patino, je reprends à dessein un de ses récents propos: je suis coriace et obstiné et surtout, je ne vois pas de raison de taire ce qui me paraît juste. France Culture,observe donc Bruno Patino, autrefois déjà, vivait dans une tension entre sa vocation auto-affirmée d’université populaire et sa recherche e périmentale de création. C’est fondamentalement la contradiction qui la caractérise.
Cultiver une mémoire univoque,faisant fi de cette contradiction, ne pas vouloir considérer que la mémoire est aussi une forme de fiction, c’est, disait Philippe Forest dans les débats de dimanche à La Ferté-Vidame, c’est se condamner au travau forcés du deuil perpétuel.

A Lisbonne, une Fabrica modèle

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A lire ce blog, mon goût du discours indirect grandit. Au milieu des participants qui stationnent ici sans se déplacer d’un centimètre, c’est plaisant d’apercevoir une fable qui se fraie un chemin et ouvre non sur une moralité mais sur une énigme.
En deu mots, ce soir, je voulais en conséquence évoquer les soirées inoubliables que j’ai passées à Lisbonne, au début de l’été ,dans un lieu culturel qui me paraît un modèle pour le temps présent, temps qu’on peut ne pas aimer , qui ne nous ressemble pas nécessairement mais qu’il faut bien considérer tel qu’il est.
La Fabrica, c’est une ancienne usine d’armements qui fournissait en fusils et en munitions le régime de Salazar quand celui-ci s’obstinait à penser qu’un pays pauvre et fier de l’être pouvait conserver le même port impérial qu’autrefois. L’endroit, abandonné, a été récupéré, à l’aide de quelques acrobaties juridiques, par Nuno, un éblouissant professeur de philosophie de l’Université. Le bonhomme, qui est très inventif, a planté dans la cour un grand chapiteau dédié au théatre ou à de grands concerts. A l’intérieur du bâtiment, dans les vastes salles, il programme du jazz, du rock, mais aussi bien du fado. Après que les boîtes d’Alfama ont fermé, leurs chanteurs ont ainsi pris l’habitude de se retrouver à la Fabrica pour chanter jusqu’à plus soif, rejoints dans la nuit par de vieu amateurs qui frètent des ta is pour rejoindre ce faubourg lointain de la ville. Et, à trente mètres, dans une autre pièce, peut s’achever une soirée d’heavy metal où les fadistes pointent le nez si bon leur chante. C’est ainsi qu’on butine et qu’on essaime en ce début de siècle, comme le dit Verdun dans son billet d’hier.
Mais l’originalité de la Fabrica n’est pas seulement là. Dans plusieurs des salles, baptisées Gilles Deleuze ou Simone de Beauvoir, on peut acheter …des livres de philosophie. Nuno distribue, en sus et gratuitement, les siens. Et même là où il n’ya ni commerce ni don de papier, il a disposé des bouquins . Jusque dans le repaire des rockers, qui sont invités donc à ouvrir les yeu et pas seulement les oreilles! L’unité de cet antique bâtiment reconverti tient au traces qu’on y lit partout d’un passé révolu, celui du salazarisme, et d’un passé vivant, celui de la pensée libre.
Je suis sans doute un peu utopiste, je ne mesure peut-être pas bien la différence qu’il y a entre une entreprise débutante comme celle de Nuno et l’institution installée qu’est notre radio, mais j’aimerais qu’à France Culture puisssent s’établir les mêmes circuits imprévisibles qu’à la Fabrica.

Les silos et la ruche

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    Répondre point par point? Vient un moment où la répétition des mêmes arguments provoque, chez qui écoute… l’érosion.

   La “france-interisation” , la “science-potisation” et, quand ce n’est pas la “science-potisation” et que nous faisons appel à de jeunes producteurs sans souci de leurs diplômes, la “compassion”…

    Mais, bon sang de bois, ce que nous vivons, c’est la contradiction. La tension entre notre  vocation de transmission et notre  envie de création. La polarisation entre les générations. L’éloignement tragique de la culture humaniste, de la culture de masse et de la culture scientifique alors que nous devons rendre compte des trois.

   La seule issue, plutôt que de faire abstraction de ce qui ne nous convient pas, c’est de tirer le meilleur parti de cette contradiction.

   Emmanuel Laurentin ( qui, soit dit en passant, est le fondateur de La fabrique et a donc droit de fêter son anniversaire comme bon lui semble), Emmanuel Laurentin donc dit que nous courrions un risque mortel à pratiquer l’agriculture en silos. Ici le patrimonial, là l’e perimental. Ici les vedettes de Paris, là les producteurs-maison. Ici, les sons de la vie, là les paroles des professeurs. 

   Plutôt que l’agriculture en silos, tentons l’apiculture. Les abeilles vont de la ruche au dehors, elles butinent, je sais que certains vont mal apprécier le mot, j’ajoute donc:  elles essaiment.

    Je sais aussi ce qu’on va ajouter: les abeilles filent présentement un mauvais coton, elles sont même menacées de mort par les pesticides. Oui ,mais si elles supportent mal l’atmosphère qui se raréfie dans leurs territoires traditionnels, l’air de la ville les rend libres. Des ruches sont installées là où on les imaginerait pas, sur les toits de l’Opéra, du Grand Palais mais aussi de la mairie de Saint-Denis.

    C’est la possibilité de rebondir d’un territoire à l’autre qui permet à FC de voler encore et de produire des miels au goûts inattendus.