Consacrer une chronique à caractère gastronomique à la très pieuse question des reliques n’est pas du goût de tout le monde, et je sens déjà le courroux divin s’élever parmi les volutes de fumée du café El Sur et les quolibets fielleux s’abattre sur moi comme les sept plaies sur les égyptiens : Impie ! Mécréant ! Cycliste !
C’est bien ma veine, ça, à peine ai-je, sous le coup d’une légitime curiosité gourmande, entrouvert la porte de la chambre froide, que l’on me tombe dessus à bras raccourcis (comme dirait le Che).
Pour ma défense, il faut tout de même dire que l’étalage de ces jolies pièces de collection que constituent les reliques, s’apparente fort aux devantures des meilleurs boucheries de la capitale, avec ses classifications étrangement similaires, distinguant les meilleurs morceaux (les reliques insignes) du second choix (les reliques notables), et relegant le cinquième quartier (les reliques exigues) à l’extrémité de l’étal, juste à côté des pieds panés, du tablier de sapeur et de toutes ces issues, injustement méprisées et pourtant fort savoureuses, à l’instar de l’ensemble des produits tripiers…
Et pour pousser la comparaison une station plus loin dans l’irrévérence tripière, on ne pourra que s’étonner de constater que l’une des critiques le plus souvent adressée à l’encontre du culte des reliques, à savoir, la prolifération exponentiellement inquiétante des dents de St Basile, des clés de bagnoles de St Pierre ou des collections automne-hiver du St Suaire, tout cela ressemble bizzarement aux miracles de l’élevage intensif, prodigant cuisses de poulet à foison, côtes de boeuf à profusion et litres de lait en quantité déraisonnable pour la taille du cheptel… Au point de faire s’exclamer un évèque facétieux, spécialiste de la question reliquaire dans cette formule explicite :
« Il y a tellement de capsules de lait de la Ste vierge que l’on pourrait en faire un considérable camenbert ! ».
En stigmatisant ainsi le nombre faramineux de capsules de lait, (rappelons qu’il faut quand même 2 litres de lait pour fabriquer un camembert normal (250 g), immaginez les quantités nécéssaires à la réalisation d’un camembert “considérable”!), notre évéque spécialiste voulait certainement mettre en doute l’authenticité et surtout la qualité de ce lait, tout juste bon à produire un vulgaire camembert platreux, falacieusement normand. Mais c’était sans compter sur la puissante ferveur religieuse qui entoure aussi bien le Sainte Vierge et les fromages d’Appellation d’Origine Contrôlée, et si l’on ne trouve pas aujourd’hui, dans toutes les bonnes crèmeries, de camembert “considérable”, au bon lait de Sainte Vierge, on peut néanmoins dénicher, place Maubert (par exemple), un modeste camembert gorgé de foi qui régalera tous les croyants puisqu’il est réalisé à partir de lait cru !


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