Natzwiller, il y a douze ans… C’Ă©tait notre première Ă©mission dans le camp le plus occidental du système concentrationnaire nazi, le premier Ă avoir Ă©tĂ© dĂ©couvert par les troupes amĂ©ricaines dès la libĂ©ration du territoire annexĂ© en novembre 1944. Ce petit matin-lĂ , dans le froid et la neige de fĂ©vrier - le Struthof est exposĂ© plein nord - nous avions Ă©tĂ© surpris de voir surgir de l’obscuritĂ©, lampes en main et chiens en laisse, un groupe de vigiles qui avait patrouillĂ© toute la nuit. “La nĂ©cropole, nous avait-on expliquĂ©, doit ĂŞtre protĂ©gĂ©e des taggeurs et rĂ´deurs dangereux mais aussi les baraquements qui survivent dans le camp-souche tout en dessous.” Il n’y avait pas que la nuit Ă ĂŞtre rongĂ©e par la suspicion. Le jour, certains visiteurs avaient du mal Ă admettre que le tranquille bâtiment un peu Ă l’Ă©cart, face Ă une auberge, et qui abritait avant-guerre des bals et des banquets avait Ă©tĂ© amĂ©nagĂ© en 1943 en chambre Ă gaz pour les besoins d’un experimentateur fou de l’UniversitĂ© nazifiĂ©e de Strasbourg. Quant au crĂ©matoire et Ă la salle d’anatomie dudit professeur Hirt, au bas de la pente du camp-souche, on les avait, au moment de notre première visite, fermĂ©s au public : “trop de ricanements, pas assez de recueillement”,avais-je pu comprendre de ce que me laissaient entendre les guides. Lire la suite »
Tous les billets de novembre 2007
Quelques jours seulement après avoir assistĂ© Ă l’Ă©mission consacrĂ©e aux infirmières, dans Travaux Publics, le lundi 19 novembre 2007, je ne peux m’empĂŞcher, ma dĂ©formation “passionnelle” y est sans doute pour quelque chose, de vous parler ici d’une de ces sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es hospitalières dont je suis un friand admirateur et que les amĂ©ricains savent rendre si universelles. Si on a tendance Ă Â parler un peu trop, ces derniers temps, dans un grand nombre de journaux, de la sĂ©rie amĂ©ricaine Ă succès de TF1, Grey’s Anatomy - bien Ă©crite, intĂ©ressante mais mineure - et de son avatar français, un peu loupĂ©, l’HĂ´pital, il y a parmi les plus belles sĂ©ries du genre, quoi que l’on en dise, une sĂ©rie qui sort du lot. Urgences, le cĂ©lèbre drama mĂ©dical de John Wells et de Michael Crichton est une sĂ©rie universelle, juste, certes un peu ancienne, mais toujours d’actualitĂ© : la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine diffusera, sur NBC, le 6 dĂ©cembre 2007, son 300ème Ă©pisode. Lire la suite »
Grève, petits pâtés et truffes en chocolat
Chroniques (Ă caractère gastronomique) 0 commentaire »21 nov 2007
Dans ma tendre jeunesse, lorsque les mouvements lycĂ©ens se dĂ©couvraient des ardeurs frondeuses, lorsque les appels Ă la manif’ prenaient des allures de mobilisation gĂ©nĂ©rationnelle, et lorsque les voix muantes des brochettes d’adolescents se galvanisaient de slogans-ritournelles, j’avais notĂ© qu’un certain nombre de petits malins profitaient de l’occasion pour cultiver leur passion et dĂ©velopper leurs aptitudes au farniente, Ă la paresse, pour tout dire, Ă la glande, loin, très loin des regards rĂ©probateurs de leurs camarades syndiquĂ©s :
« Qu’avez-vous fait de vos jours de grève, malheureux ? »
« Mais… rien, bien sĂ»r ! » aurait pu rĂ©pondre Jean Eustache…
Et aujourd’hui encore, une minoritĂ© baillante, hĂ©sitante sans ĂŞtre indiffĂ©rente, se gardant bien d’enfourcher les chevaux de la rĂ©volte comme de s’encarter au parti des râleurs, s’organise tant bien que mal pour profiter de chaque instant d’immobilisme ferroviaire, pour jouir de cette brèche entrouverte dans la temporalitĂ© salariale…
Du temps, certes, mais du temps pour quoi faire, me demanderez-vous ? Et bien pour cuisiner, pardi ! Parce que ce n’est certainement pas dans l’affolement des journĂ©es ordinaires que l’on peut s’attaquer Ă la cuisson d’un gigot de sept heures, ou se lancer dans les orfèvreries chantournĂ©es d’une bible de la pâtisserie baroque… Chaque minute de grève devient du temps de mijotage disponible et chaque enjambĂ©e dans l’escalade des blocages permet ainsi un pas de plus dans la connaissance du Grand Larousse Gastronomique…
Ce n’est plus « Sous les pavĂ©s, la plage »,
mais « Sous les pavés, la pâte sablée ! »
C’est scandaleux ! Hurleront certains, on dilapide l’hĂ©ritage de Mai 68 Ă coup de crème renversĂ©e et de truffes en chocolat…
Mais mĂ©fiez-vous ! Une cuisson ratĂ©e, une casserole qui dĂ©borde, une marmite qui sent le roussi, les bouillonnements d’humeurs ne sont jamais très loin et la situation peut se renverser (comme une crème). Les indĂ©cis des fourneaux pourraient très bien venir nourrir les rangs des agitĂ©s, que ce soit d’un cĂ´tĂ© ou de l’autre, usant de petits pâtĂ©s chauds ou de truffes en chocolats comme autant d’instruments contondants, de projectiles alimentaires savoureux.
On ne se méfie jamais assez des truffes en chocolats.
Bonus :
C’est un pâtissier de Chambéry, Louis Dufour, qui aurait inventé les truffes en 1895. Grand lecteur de Charles Fourier, il devina le potentiel subversif de ces friandises en mélangeant du chocolat avec de la crème fraîche.
Pour 4 grévistes en colère
Préparation : 10 min
Cuisson 5 min
Réfrigération : 8 h
200 g de chocolat noir amer (70% cacao)
10 cl de crème fraîche
50 g de beurre demi-sel
100 g de cacao en poudre « amer »
Dans une grande casserole au bain-marie, faites fondre le chocolat, la crème fraîche et le beurre. Lorsque l’ensemble est bien fondu, retirez du feu et laissez tiédir. Mettez cette préparation au réfrigérateur pour 8 h environ. Etalez le cacao en poudre sur une grande assiette. Sortez la préparation du réfrigérateur. Formez de petites boules avec les doigts, puis roulez-les dans le cacao.
La sortie du premier Guide Michelin consacrĂ© Ă la capitale japonaise a fait l’effet d’un tsunami, dĂ©versant pas moins de 191 “macarons” sur les restaurants de Tokyo ! (Paris en totalise 97).
Excellente analyse à lire sur le site de François Simon.
Jean-François Kahn et l’apĂ©ro “bon esprit”
In Vinas No Veritas, Chroniques (Ă caractère gastronomique) 0 commentaire »20 nov 2007
Cher Jean-François Kahn,
S’il y a toujours quelque chose de jubilatoire Ă vous voir filer la mĂ©taphore vineuse, arroser l’actualitĂ© de gĂ©nĂ©reuses rasades pinardières ou affiner vos analyses politiques Ă l’aide de solides comparaisons alcoolisĂ©es, il me semble que votre dernière envolĂ©e bistrotière, qui assimile les rĂ©centes grèves Ă une sorte d’apĂ©ritif, annonciateur de furieuses et flamboyantes agapes sociales Ă venir ; il me semble, donc, que cette dernière brève de comptoir fleure bon l’analogie dĂ©suète, la boutanche empoussiĂ©rĂ©e, la quille de Cinzano oubliĂ©e dans une vieille cave murĂ©e.
Je ne sais pas dans quelles auberges surannĂ©s vous vous sustentez, mais il y a belle lurette que le rituel de l’apĂ©ritif est passĂ© Ă la trappe de la santĂ© publique, annihilĂ© par la pression conjointe de la morale, de l’hygiĂ©nisme ambiant et du permis Ă point. Et aujourd’hui, lorsqu’un tĂ©mĂ©raire maĂ®tre d’hĂ´tel formĂ© Ă l’ancienne, pousse l’audace jusqu’Ă vous proposer de dĂ©buter le repas par un verre de champagne, de whisky ou de porto, c’est tout juste s’il ne vous fait pas rĂ©pĂ©ter votre choix, lorsque par extraordinaire, vous avez daignĂ© rĂ©pondre :
« Oui, juste un doigt »
« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas un peu de Porto ? ».
Non, Jean-François Kahn, les temps ont bien changĂ© depuis l’Ă©poque glorieuse oĂą Armand GouffĂ© chantait :
« Je bois quand je me mets à table.
Et le vin m’ouvre l’appĂ©tit;
Bientôt ce nectar délectable
Au dessert, m’ouvrir l’esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu.
Pour trinquer avec ma maîtresse.
M’apprêter pour le coup du milieu. »
C’Ă©tait Ă©galement l’Ă©poque oĂą Grimod de la Reynière Ă©tablissait une typologie Ă©rudite et minutieuse entre le coup d’avant, le coup du milieu et le coup d’après, autant de subtilitĂ©s Ă©thyliques qui pouvaient servir de support Ă une analyse très fine de la grogne populaire, mais aujourd’hui, votre comparaison tombe Ă l’eau.
Mais tout n’est pas perdu pour autant, et il existe peut ĂŞtre un Ă®lot de rĂ©sistance, une frange minoritaire chez qui votre dĂ©monstration Ă©thylico-rhĂ©torique trouvera son plus juste Ă©cho. Je pense Ă cette jeunesse dĂ©cadente et exaltĂ©e, celle qui n’a jamais eu son permis et donc, de fait, n’a pas grand chose Ă perdre (en matière de point, en tout cas) ; et qui se rĂ©unit tous les mois sous la houlette de l’agitateur multicarte JĂ©rĂ´me Laperruque, dans des « ApĂ©ros bon esprit », gigantesques bacchanales dont le fondement thĂ©orique se rĂ©sume dans ce sĂ©ditieux slogan :
« Boire plus tĂ´t, c’est boire plus ! »
Avec une jeunesse pareille, l’hiver social s’annonce chaud brĂ»lant !
Il Ă©tait une fois une principautĂ© qui n’Ă©tait pas sans beautĂ© mais qui ne jouait pas de ses charmes. Elle s’appelait Salm. Ses princes, simples comtes au dĂ©part mais montĂ©s en grâce, se nommaient Salm et Salm. Voltaire, qui s’y rendit comme en tant d’autres terres-frontières, disait que sa superficie Ă©tait si petite qu’un escargot aurait pu en faire le tour en un jour. Lire la suite »
Il Ă©tait particulièrement dĂ©licat pour moi d’imaginer ce soir une chronique Ă caractère gastronomique ayant pour cadre le milieu hospitalier tant ce dernier reste indissociablement attachĂ© aux agonies longues et douloureuses de trois de mes grands-parents, et aux dimanches après-midi consacrĂ©s Ă ces visites interminables, bercĂ©s par les bruitages science-fictionnels des dispendieux appareils des services de soins palliatifs et enveloppĂ© constamment par les Ă©coeurantes odeurs des plateaux repas dont chaque cloche en plastique recouvrant l’assiette semblait dire : Et si c’Ă©tait sa dernière bouchĂ©e ? Oh, rassurez-vous, sur la fin de leurs agonies respectives, mes grands-parents n’avaient pas beaucoup l’occasion d’apercevoir ces funestes prĂ©sages culinaires, percĂ©s de part en part qu’ils Ă©taient de diffĂ©rents tuyaux d’alimentation liquide… Mais l’odeur Ă©tait partout prĂ©sente, s’immisçant jusque dans les manteaux, les Ă©charpes et les gants glissĂ©s au fond des poches.
Alors oui, j’imagine sans peine les tensions et les difficultĂ©s extrĂŞmes qui ponctuent les journĂ©es du personnel hospitalier, les pauses dĂ©jeuner qui passent la trappe et les sandwichs avalĂ©s sur le pouce, Ă l’abri, je l’espère, des odeurs des plateaux-repas… Et si des actions ponctuelles, comme la Semaine du GoĂ»t, permettent parfois Ă quelques chefs Ă©toilĂ©s de venir divertir les papilles tant des malades que des infirmiers, introduisant en contrebande un morceau de foie gras, une brioche truffĂ©e, un chocolat aux Ă©pices dans l’enceinte de l’Ă©tablissement, le quotidien hospitalier semble bien loin d’ĂŞtre savoureux. Et il faut l’humour et la bienveillance d’un auditeur infirmier, qui nous a dĂ©crit avec une grâce touchante son univers professionnel dans une longue note sur le site de l’Ă©mission, pour transformer son chariot de prescriptions mĂ©dicamenteuses en « Bonbons, caramels, chocolats »…

Ah comme c’est confortable de voyager pendant la grève de la SNCF ! Samedi, 18h16, TGV Strasbourg-Paris. Voiture numéro 11. Quatre voyageurs, l’auteur de ce billet, envoyé spécial de France Culture en Alsace inclus ! Les autres font la grève du train ou ont eu peur et pris l’avion. Ils sont plus précautionneux, ils lisent les journaux, ils comprennent la logique des mouvements sociaux…
Moi j’observe. Lire la suite »
A mon arrivĂ©e Ă Strasbourg, le chauffeur de taxi ne manque pas de me plaindre: “Vous autres Ă Paris,vous ĂŞtes pris en otages”…
L’expression est si galvaudĂ©e qu’habituellement, elle ne me fait plus rĂ©agir. Il se trouve que ce matin, j’ai une historiette Ă servir Ă mon interlocuteur, qui permet de remettre les mots Ă l’endroit: “Figurez-vous que, ce matin, au dĂ©part de Paris et attendant un de vos collègues au pied de mon domicile, je vois surgir, trottinant d’un bon pas, JoĂ«lle Kauffman - vous savez, la femme du journaliste emprisonnĂ© au fond d’une cave pendant trois ans, au Liban. Elle s’en allait, toute emmitouflĂ©e, Ă pied, Ă son travail. Jean-Paul Ă©tait parti pareillement mais dans la direction opposĂ©e. Je ne pense pas que l’un comme l’autre se sentaient otages de qui que ce fĂ»t ce jour de grand soleil.” Lire la suite »


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