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Ah comme c’est confortable de voyager pendant la grève de la SNCF ! Samedi, 18h16, TGV Strasbourg-Paris. Voiture numéro 11. Quatre voyageurs, l’auteur de ce billet, envoyé spécial de France Culture en Alsace inclus ! Les autres font la grève du train ou ont eu peur et pris l’avion. Ils sont plus précautionneux, ils lisent les journaux, ils comprennent la logique des mouvements sociaux…

Moi j’observe.

Depuis le début du conflit les unes de la presse “réaliste” nous annoncent “l’essoufflement” tandis que la presse “utopiste” martèle que “la lutte continue”. Les chaînes TV ainsi que les sites Internet nous montrent les visages graves : à gauche un Thibault, à droite des “usagers” désespèrent. Selon le point de vue, le verre paraît soit à moitié plein, soit à moitié vide. Et puis vous arrivez à la Hauptbahnhof de Strasbourg, pardon à la gare centrale devenu invisible sous le masque de verre. Cinq touristes japonais, quelques étudiants, deux clochards, un chien, les vendeuses de Paul. Curieusement je ne ressens aucune gravité ni sur leurs visages, ni autour. Strasbourg est calme. Pas de grève dans les transports publics.

La grève à l’Université (enfin dans l’une des trois universités, de “sciences sociales”, comme par hasard) était aussi assez Strasbourgeoise : on fait la grève mais les cours continuent ! Puis c’était “l’occupation” “sans blocage” pendant dix heures - quelques révolutionnaires ont été rapidement évacués. Et puis c’était Le Rideau !

Comment ? Vous n’étiez pas au courant ? Même Valérie Pécresse est au courant. Et comme toute personne raisonnable elle a trouvé ça inadmissible ! Oui le rideau est parti en flammes pendant que 300 étudiants écoutaient les leaders syndicaux de protestation contre l’autonomie des universités, le traité “simplifié”, les tests ADN, l’expulsion des “sans-papiers”, etc.

Je les ai entendus la veille de l’incendie du rideau.

“L’assemblée générale” du 15 novembre 2007. L’une des trois universités vouée à la dissolution dans La Grande Université de Strasbourg d’ici un an. (Rien à voir avec la loi Pécresse, le projet date d’il y a 10 ans déjà). Présidium : Sud, UNEF, indépendants. Première question a l’ordre du jour : faut-il expulser les journalistes ? Quelques centaines de personnes tendent l’oreille mais n’entendent toujours pas les arguments d’un faible défenseur de la Presse. Les micros sont uniquement pour le présidium syndical. Puis arrive le tour de Guevara. Jeune barbu a l’écharpe, lui il a de la voix forte et les arguments qui tuent : lisez comment LA PRESSE traite la contestation, pas beaucoup de sympathie, n’est-ce pas ? Lisez les DNA ! C’est scandaleux ! Mais c’est logique car ils sont tous achetés par le Pouvoir et le Grand Capital ! Dans le brouhaha de l’amphithéâtre on vote à main levée : 112 pour l’expulsion, 77 contre. Que pensent les autres 400 ? 500 ? Un pauvre journaliste de L’Alsace se fait éconduire par une jeune blonde. Lui, qui a fait les khmers et les autres dictatures. En revanche une jeune documentariste “sympa” a obtenu la dérogation. C’est normal, elle a tourne la contestation anti CPE en continue pour filmer “la lutte”. Je reste. Ils ne me connaissent pas encore. L’assemblée vote ensuite la nomination des porte-paroles. Un amendement : auront-ils le droit d’exprimer leurs opinions « a titre personnel » ou uniquement la position officielle de l’Assemblée ? Peu importe. Je quitte la salle quand je vois qui est devenu l’un de porte-paroles. Vous avez deviné. Le Guevara.

Je me promène dans le Campus. Ici tout est calme. Les autres Universités sont calmes. Toute la ville est calme. Il tombe de la neige. Dans ”L’Epicerie”, charmant café estudiantin du centre ville on parle du tout sauf des “conflit sociaux”. Comme d’habitude, notre émission du jeudi n’a pas dit l’essentiel – le verre n’est pas à moitie vide elle est vide presque entièrement.

Et si on délocalisait les rédactions à Strasbourg ?