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Tous les billets du 20 novembre 2007

Jean-François Kahn et l’apéro “bon esprit”

In Vinas No Veritas, Chroniques (à caractère gastronomique) 0 commentaire »
20 nov 2007

Cher Jean-François Kahn,
S’il y a toujours quelque chose de jubilatoire à vous voir filer la métaphore vineuse, arroser l’actualité de généreuses rasades pinardières ou affiner vos analyses politiques à l’aide de solides comparaisons alcoolisées, il me semble que votre dernière envolée bistrotière, qui assimile les récentes grèves à une sorte d’apéritif, annonciateur de furieuses et flamboyantes agapes sociales à venir ; il me semble, donc, que cette dernière brève de comptoir fleure bon l’analogie désuète, la boutanche empoussiérée, la quille de Cinzano oubliée dans une vieille cave murée.
Je ne sais pas dans quelles auberges surannés vous vous sustentez, mais il y a belle lurette que le rituel de l’apéritif est passé à la trappe de la santé publique, annihilé par la pression conjointe de la morale, de l’hygiénisme ambiant et du permis à point. Et aujourd’hui, lorsqu’un téméraire maître d’hôtel formé à l’ancienne, pousse l’audace jusqu’à vous proposer de débuter le repas par un verre de champagne, de whisky ou de porto, c’est tout juste s’il ne vous fait pas répéter votre choix, lorsque par extraordinaire, vous avez daigné répondre :

« Oui, juste un doigt »
« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas un peu de Porto ? ».

Non, Jean-François Kahn, les temps ont bien changé depuis l’époque glorieuse où Armand Gouffé chantait :

« Je bois quand je me mets à table.
Et le vin m’ouvre l’appétit;
Bientôt ce nectar délectable
Au dessert, m’ouvrir l’esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu.
Pour trinquer avec ma maîtresse.
M’apprêter pour le coup du milieu. »

C’était également l’époque où Grimod de la Reynière établissait une typologie érudite et minutieuse entre le coup d’avant, le coup du milieu et le coup d’après, autant de subtilités éthyliques qui pouvaient servir de support à une analyse très fine de la grogne populaire, mais aujourd’hui, votre comparaison tombe à l’eau.
Mais tout n’est pas perdu pour autant, et il existe peut être un îlot de résistance, une frange minoritaire chez qui votre démonstration éthylico-rhétorique trouvera son plus juste écho. Je pense à cette jeunesse décadente et exaltée, celle qui n’a jamais eu son permis et donc, de fait, n’a pas grand chose à perdre (en matière de point, en tout cas) ; et qui se réunit tous les mois sous la houlette de l’agitateur multicarte Jérôme Laperruque, dans des « Apéros bon esprit », gigantesques bacchanales dont le fondement théorique se résume dans ce séditieux slogan :

« Boire plus tôt, c’est boire plus ! »

Avec une jeunesse pareille, l’hiver social s’annonce chaud brûlant !

Jean Séguy et les anabaptistes de Salm

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20 nov 2007

Il était une fois une principauté qui n’était pas sans beauté mais qui ne jouait pas de ses charmes. Elle s’appelait Salm. Ses princes, simples comtes au départ mais montés en grâce, se nommaient Salm et Salm. Voltaire, qui s’y rendit comme en tant d’autres terres-frontières, disait que sa superficie était si petite qu’un escargot aurait pu en faire le tour en un jour. Lire la suite »

Plateau-repas en berne

Chroniques (à caractère gastronomique) 0 commentaire »
20 nov 2007

Il était particulièrement délicat pour moi d’imaginer ce soir une chronique à caractère gastronomique ayant pour cadre le milieu hospitalier tant ce dernier reste indissociablement attaché aux agonies longues et douloureuses de trois de mes grands-parents, et aux dimanches après-midi consacrés à ces visites interminables, bercés par les bruitages science-fictionnels des dispendieux appareils des services de soins palliatifs et enveloppé constamment par les écoeurantes odeurs des plateaux repas dont chaque cloche en plastique recouvrant l’assiette semblait dire : Et si c’était sa dernière bouchée ? Oh, rassurez-vous, sur la fin de leurs agonies respectives, mes grands-parents n’avaient pas beaucoup l’occasion d’apercevoir ces funestes présages culinaires, percés de part en part qu’ils étaient de différents tuyaux d’alimentation liquide… Mais l’odeur était partout présente, s’immisçant jusque dans les manteaux, les écharpes et les gants glissés au fond des poches.

Alors oui, j’imagine sans peine les tensions et les difficultés extrêmes qui ponctuent les journées du personnel hospitalier, les pauses déjeuner qui passent la trappe et les sandwichs avalés sur le pouce, à l’abri, je l’espère, des odeurs des plateaux-repas… Et si des actions ponctuelles, comme la Semaine du Goût, permettent parfois à quelques chefs étoilés de venir divertir les papilles tant des malades que des infirmiers, introduisant en contrebande un morceau de foie gras, une brioche truffée, un chocolat aux épices dans l’enceinte de l’établissement, le quotidien hospitalier semble bien loin d’être savoureux. Et il faut l’humour et la bienveillance d’un auditeur infirmier, qui nous a décrit avec une grâce touchante son univers professionnel dans une longue note sur le site de l’émission, pour transformer son chariot de prescriptions médicamenteuses en « Bonbons, caramels, chocolats »…