Je n’ai malheureusement pas encore suffisamment d’expĂ©rience dans la blogosphère pour pouvoir en tirer une quelconque expĂ©rience rĂ©trospective, c’est pourquoi je me suis cantonnĂ©, ce soir, Ă  observer, d’un oeil curieux, la prolixitĂ© savoureuse de quelques blogs consacrĂ©s aux plaisirs de la table, et la dimension quasi-encyclopĂ©dique que revĂŞt certains d’entre-eux quand le nombre de notes du blog en question commence Ă  dĂ©passer le nombre d’ouvrages de ma propre bibliothèque culinaire. GĂ©nĂ©ralement, lorsque je tombe sur un de ces monstres chronophages qui font rĂ©fĂ©rence dans le petit milieu gastronomique, afin de pouvoir ingurgiter la masse des recettes, des rĂ©cits, des Ă©tats d’âmes comestibles, des conseils spirituels et spiritueux, j’entame une lecture Ă  double sens. Non qu’il y ait Ă  dĂ©couvrir un sens cachĂ© dans la recette du cake aux olives, (il ne faut tout de mĂŞme pas pousser mĂ©mĂ© dans la soupe aux orties) ; mais je partage dans ce cas ma lecture entre les notes rĂ©centes, avide que je suis d’hĂ»mer l’air du temps, de m’imprĂ©gner de la contemporanĂ©itĂ© de cette plume, et je vais dans le mĂŞme temps rebrousser chemin afin dĂ©couvrir les fondations du blog, les premiers pas, les tâtonnements, les infos essentielles qui m’auraient Ă©chappĂ©s pour avoir une vision globale de l’auteur et de son oeuvre. Et c’est ainsi que l’on dĂ©couvre parfois de bien Ă©tonnantes Ă©volutions : un style qui s’affine, des notes qui se complexifient, se densifient, mais aussi des dĂ©testations prĂ©maturĂ©es et des engouements un peu rapides pour des adresses, des produits, des techniques qui, avec quelques annĂ©es ou mĂŞme quelques mois de recul, apparaissent soudain dĂ©suets, datĂ©s, en contradiction, parfois avec la ligne Ă©ditoriale actuelle du blog. Et oui, souvenez-vous, amis bloggeurs, de cette annĂ©e 2006, oĂą ne fleurissaient sur vos colonnes que de dithyrambiques Ă©loges de la pistache, fruit sec bombardĂ© superstar de la blogosphère culinaire et que vous fourriez un peu partout, dans des mille-feuilles, dans des babas, dans des tartelettes, dans des vinaigrettes, sur des carpaccios, des tartares, et jusque dans la mythique recette de la mousse Ă  la pistache. Succombant Ă  une hype gastronomique sans prĂ©cĂ©dent, on en a tous soupĂ© de la pistache, ingrĂ©dient trop vu, trop lu, trop avalĂ©, et aujourd’hui dĂ©finitivement ringardisĂ©. C’est donc avec une certaine gène, pour ne pas dire, une culpabilitĂ© certaine, que l’on relit ces pages vertes de notre sombre histoire culinaire. « Mon Dieu, mais c’est moi qui ai publiĂ© autant de recettes Ă  base de pistache ? C’est horrible, j’ai honte ! ». Dès lors, la question est posĂ©e : Faut-il procĂ©der Ă  une réécriture, Ă  une rĂ©interprĂ©tation de ces pistacha non grata ? Les plus malicieux de bloggeurs culinaires n’hĂ©siteront pas Ă  revisiter d’anciennes recettes, mais cependant attention ! Tous les bureaux de style sont d’accord sur ce point, l’annĂ©e 2008 sera en effet l’annĂ©e des produits tripiers, et il faudra une bonne d’imagination et de contorsion gastronomique pour inclure foie de veau, ris d’agneau et autre coeur de boeuf dans vos gigantesque base de donnĂ©es pistachières, entre pain d’Ă©pice, madeleine, tarte tatin et Ă®le flottante… J’attends donc toutes vos plus belles recettes sur ce blog, les meilleurs d’entre-elles remporteront l’excellent ouvrage de SĂ©bastien Lapaque et Yves Camdeborde, « Des tripes et des lettres », 8 recettes et 8 pastiches littĂ©raires autour de 8 convives d’exception…

 

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