Petite scène de la vie de province à Millau, sous-préfecture de l’Aveyron bien assoupie en ce premier jour de février. De nombreux gendarmes ont pris position en face de l’Hôtel de Ville. Le bruit court en ville qu’un ministre est attendu. Quel ministre? On ne sait. Un quidam un peu informé précise qu’il s’agit seulement d’un secrétaire d’Etat: “un nommé Marleix.” Il serait chargé des Anciens combattants (”Si, si, c’est un poste qui existe toujours”) et il viendrait  rendre visite à son ami, le maire Jacques Godfrain. Peu après, alors que les voitures officielles sont enfin arrivées, le capitaine des gendarmes entre, mission accomplie, dans un bar de la place et confirme: “J’ai livré le colis”. En réalité, Alain Marleix, en dépit de son titre un peu dérisoire au gouvernement, est un des hommes les plus importants de l’UMP: chargé des investitures aux élections, il connaît  le pays comme sa poche.  D’un hublot d’avion, il sait distinguer la troisième circonscription de l’Ain de la seconde. Elu pour sa part dans le Cantal, il ne se formaliserait pas, s’il les entendait, des commentaires madrés que font dans son dos les bienheureux habitants du Massif central. Millau, c’est son monde. Un monde qui s’efface: presque plus rien n’y témoigne de la grande activité de mégisserie d’autrefois: plus de gants ni de peaux dans les vitrines des commerces. Le Palais de Justice, réputé abriter le plus petit tribunal de grande instance de France, vient d’être rayé de la carte par Rachida Dati. Il y a quelques années encore, notre émission lui avait rendu visite: le président nous avait confié qu’il aimait rendre ses jugements en compagnie de son chien dissimulé sous la table et, le soir tombant, nous l’avions vu se diriger tranquillement, avec le même animal, jusqu’au bar de la place où l’attendait peut-être le capitaine de gendarmerie pour un partie de rami. Lire la suite »