
Préparant actuellement pour la grille d’été de France Culture, plusieurs émissions sur l’histoire des séries télévisées américaines, j’ai pris, quelques temps, un peu de recul du côté de Travaux Publics. Je cède donc volontiers ma place, sur ce Blog à d’autres collaborateurs de Jean Lebrun. Ce soir, un billet signé Sophie Berger (photo ci-contre) qui a eu la charge et l’honneur de préparer, en peu de jours, l’émission du 4 juin 2008 sur Yves Saint Laurent …
Yves Saint Laurent et la mémoire de la voix
Faire une émission en hommage à Yves Saint Laurent après la nouvelle de son décès semble s’imposer tout en même temps que naît le sentiment que le moment offre l’écueil de l’émotion et de la canonisation hâtive. Comment en parler sans que la mélodie ne sonne définitivement faux ? Comment assembler quelques notes qui donnent corps à celui qui n’a plus vie ? C’est peut-être moins aux proches, aux nombreux hommes et femmes qui s’empressent de parler d’ « Yves » et de jouer la comédie du merveilleux à l’imparfait, peut-être moins à ceux-là , qu’à celui-ci qu’il faudrait donner voix. Celui-ci ?  Peut-être serait-il un peu plus juste d’écouter seulement, le temps d’une émission, Yves Saint Laurent lui-même, dont la voix se déroule en bobines dans les couloirs de l’INA. Lire la suite »

En attendant, devant la porte du studio de Radio-Canada, la ministre du développement durable, qui s’en était allée “se délier les jambes” quelques
instants, j’avise son attaché de presse. Ce jeune homme gourmé n’est pas
terriblement parlant, comme on dit à Québec; il me vient néanmoins à l’esprit de l’entreprendre sur l’histoire du site gouvernemental d’où, chaque jour, il envoie communiqué sur communiqué (le lundi notre bilan carbone, le mardi les gaz à effet de serre, le mercredi les algues tueuses des lacs …): “Votre immeuble s’appelle Marie Guyard, n’est-ce pas le nom de Marie de l’Incarnation avant sa prise d’habit?” Stupéfaction de mon nterlocuteur. Il ignore visiblement tout du personnage et, la ministre survenant et réclamant ses services, je renonce à lui raconter l’histoire de cette jeune veuve tourangelle qui, dans les antiques années 163O, lâcha tout pour entrer au couvent à Tours avant de s’établir en Nouvelle France. C’est son fils, Dom Claude Martin, qui nous l’a fait connaître: abandonné sur le carreau et d’abord furieux, manifestant même avec quelques camarades au pied de sa clôture pour la récupérer, il devint moine à son tour et passa sa vie entière à reconstituer à distance l’aventure mystique de sa mère, l’une des plus étonnantes du Grand Siècle. A quoi bon dire tout cela à un garçon d’abord occupé du présent, tendu, ou le faisant croire, vers l’avenir et pour qui tout ce qui est ancien est sans doute démodé?La veille, au crépuscule, j’avais assisté malgré moi à une petite scène fugitive, et qui m’avait touché. Je passais devant la maison de la Congrégation Notre-Dame au moment où en sortait, à pas pressés, un couple d’une vingtaine d’années. Une religieuse, une vieille tante peut-être, qu’ils avaient dû visiter en coup de vent, tentait de les retenir sur le perron en multipliant sourires et exclamations de reconnaissance mais les jeunes gens couraient déjà vers leur voiture, fuyant la bâtisse austère dont la porte se referma sur leur parente engloutie dans le silence. La scène avait duré quelques secondes, elle suffisait pour montrer que le catholicisme , au Québec, ne pouvait plus être entendu. Littéralement, il ne parlait plus. Lire la suite »