A l’occasion de la dernière émission que Jean Lebrun vient d’animer depuis El Sur avant de prendre la route des festivals et de mettre un terme à l’aventure Travaux Publics, il m’est difficile d’écrire quoi que ce soit … l’émotion, sans doute … Alors, comme souvent, lorsque l’émission a lieu, je suis, chez moi entre la cuisine et le bureau, à ajouter au compte goûte liens ou biblio sur le site de l’émission … Ce soir,  impossible pour moi d’assister à  cette dernière à El Sur, ma petite famille qui vient de s’agrandir avait besoin de ma présence à la maison, c’est donc avec tendresse que j’ai écouté, ce dernier rendez-vous argentin et parisien … Difficile d’en écrire plus … Peut-être dans quelques jours … Alors pour marquer le coup, je laisse, avec grand plaisir cet espace “virtuel” à Sophie Berger qui vous propose de partager avec elle sa photographie personnelle du lieu … Merci à elle …
Au Café El Sur
Des pensées remontent à la surface au rythme des bulles qui se pressent contre la paroi d’un verre de bière argentine. On repense à l’article du journal que l’on vient de refermer. En écho, un autre journal, celui de France Culture. Il est 18h20 au Café El Sur. De petits paquets de gens par petites tables. Un Å“il sur le boulevard, une gorgée de bière. On repense à ce que l’on pourrait avoir envie de dire sur ce que l’on a lu dans le journal. On saurait de quoi on parle, on a l’expérience du terrain. Oh, bien sûr, il y a les blogs ou les « post » de nombreux médias sur internet, mais il faudrait oser y aller, poser noir sur blanc des mots qui apparaîtraient à l’écran… On ferait entendre la fanfare quand on hésite à sortir la flûte à bec. Alors on sait qu’on va se taire, à moins que…
18h30. Le silence se fait, progressivement. Les habitués, dociles, cessent de parler dès le début de la météo. Pour les autres, un peu interloqués, quelques « chut » feront office de rappel à un ordre bien mystérieux : par quel décret la parole n’est-elle plus autorisée dans un café à 18h30 ? La scène fait penser quelques instants au silence qui s’imposerait de lui-même suite à l’irruption du professeur dans la salle où il s’apprête à donner cours, ou peut-être plutôt, au silence qui s’installerait dans une salle de spectacle dont les lumières, une à une, s’éteindraient. Mais la parole reprend vite place dans ce petit café aux murs jaunes, et la scène et la salle ont des limites floues. Un micro tendu dans l’assemblée silencieuse, dès le début de l’émission, convertit ici un spectateur en acteur à qui réplique sera donné. Celui-ci aura pu ajouté une note de bas de page à l’article lu quelques minutes auparavant.
Ceux qui étaient venus couler un moment entre amis dans les murs d’un café au hasard, tendent l’oreille. Absorbés par la discussion amicale, ils n’avaient pas vraiment fait attention au dispositif technique qui se mettait en place. Ils s’apprêtaient peut-être même à partir, scandalisés par ce silence imposé et semblent comme retenus par la veste. Etonnant cet invité. Curieux cet extrait musical. Ce sont ceux-là aussi que la radio vient chercher au café. De la rencontre naît l’inattendu et le biscornu qui se feront forme à part entière, donnant au corps de la radio des allures similaires au lieu qu’elle investit, une salle ni ronde ni carrée, avec cette porte battante à l’entrée, plus souvent ouverte que fermée.
Le lieu du café n’est pas neutre. Les micros sortent de leur tour d’ivoire. Des tirades sur la politique environnementale, ou encore budgétaire s’accommodent bien de l’élégance prosaïque des bruits de vaisselle, d’une machine à café, ou d’une viande qu’on bat pour la rendre plus tendre. La parole se fait aussi malléable que la viande fraichement frappée. Elle peut se reprendre, se nuancer, se corriger. La radio cesse un instant de se faire cours magistral.Â
En période de campagne électorale, le petit dispositif radiophonique conforte sa place au café.
Au café, on cause et on confesse. Le café a hérité de l’ancienne veillée. Anecdotes en tous genres et bigarrure du propos. Tel ancien député y livre son goût immodéré pour les crèches qu’il fait et défait souvent le soir. Au détour d’un chemin escarpé, il dessine ses convictions : « celui qui n’a pas d’activité peut appartenir pleinement à la communauté dans cette société où le travail gratifiant est chose rare. »
Certains jours, un ou deux habitués rédigent en hâte des « dépêches », qui tombent ensuite durant la diffusion des reportages. Questions que certains veulent poser et griffonnent sur un bout de papier avant de prendre la parole au micro. Le direct ressemble alors fort à un exercice d’équilibriste ou plutôt de jonglerie. Rattraper toutes les balles, les faire tourner, en alternance et avec force variable. Mais l’exercice n’est pas statique et l’appui sur les piliers bleus d’El Sur, de peu de secours. Des invités, des reportages ou extraits sonores, des interventions ici ou là dans la salle, une chronique gastronomique parfois. La parole se tisse lentement, sous nos yeux, faite de fils colorés et inégaux.
Par les baies vitrées d’El Sur, on peut voir une partie du boulevard Saint-Germain. L’agitation de l’heure de sortie des bureaux, la circulation, accompagnent assez bien l’exercice radiophonique en cours. Parfois l’extérieur se plaît à faire irruption dans le café. Une sirène de police, à l’occasion, nourrira également le tissu bariolé des voix et propos qu’offre l’émission. L’été, toutes baies vitrées ouvertes, l’intérieur du café argentin et le boulevard parisien ne font plus qu’un. Les passants se font auditeurs. Les auditeurs parlent. Et jusqu’à 19h30, l’intérieur d’un café de Paris se confond aussi bien avec l’intérieur de telle ou telle autre habitation quelque part en France.
- Sophie Berger -


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1 juillet 2008 à 14:47
J’espère qu’on en profitera pour remplacer Travaux Publics, à la rentrée prochaine, avec une émission plus ouverte, plus originale, loin des sujets d’actualité (cela nécessite de faire quelques efforts d’imagination), et surtout faite pour des auditeurs! La formule actuelle est davantage faite pour un auditoire de café. J’écoute Travaux Publics et je décroche au bout de 10mn car le format n’est pas radiophonique (hésitations, flottements, pas toujours grand chose à dire). Une “République du dialogue”, ce n’est pas suffisant pour se considérer comme “émission de radio”. J’espère ainsi que ce sera l’occasion pour les dirigeants de France Culture de se faire un brain storming pour créer une émission originale, montée, s’adressant aux auditeurs, et qui n’existerait nulle part ailleurs! Je ne me suis jamais senti intéressé par les sujets traités par Travaux Public (on avait souvent l’opposition Clochemerle vs St Germain), et quand les sujets semblaient s’approchaient de mes centres d’intérêt, ils étaient développés avec une telle dose de technocratie que je changeais rapidement de station. Sans compter les effets de batteur d’estrade de Jean Lebrun, toujours prêt à faire dans la sensation.
Enfin… Au moins on n’entendra plus les chroniques lourdissimesd’Emmanuel Giraud, c’est déjà un bon point.
Alors, un appel aux dirigeants de France Culture : faites vos devoirs, inspirez vous de la radio anglaise (par exemple), et montez nous une émission de radio originale!
Cordialement,
Yann
2 juillet 2008 à 16:29
Je ne voudrais pas qu’il y ait ici seulement l’opinion de Yann… même si je trouve que le joli texte de Sophie Berger lui répond mieux que je ne saurais le faire. J’espère que cette émission fera école.
5 juillet 2008 à 15:29
Une idée de remplacement possible : confier cette tranche à des émissions par séries de plusieurs semaines, cela garantirait l’originalité thématique et la fraîcheur de ton. L’auditeur aurait sans arrêt de nouveaux sujets et de nouvelles approches à découvrir, et non pas le ressassement satisfait qui hélas régnait à El Sur. Vivement un peu d’air frais!
Cordialement,
Yann
18 juillet 2008 à 12:19
pauvre yann !!! il est aussi affligeant que le reste des bobos à prétention intello
il n’a rien compris à jean lebrun et à sa liberté d’expression
que yan nous retrouve entre autres miguel benassayag en toute liberté sur france-culture qui ne mérite plus ce nom
pauvre de pauvre
murielle
18 juillet 2008 à 12:39
bonjour, mrsbillets ne passent pas ? je souhaite exprimer mon indignation sur les propos de yann qui doit être un super bobo
courage à jean lebrun
murielle
18 juillet 2008 à 17:20
Quelle définition d’une “émission originale”, Yann ?
Quelle “radio anglaise” à prendre comme modèle ?
Mjo
18 juillet 2008 à 18:59
moi je suis une fan de Jean Lebrun et c’est avec nostalgie que j’ai écouté cette der des der … je souhaite à Frculture de toujours et encore nous étonner comme il a su lui le faire depuis … en tout cas 22 ans que je suis une auditrice fidèle, attentive et anonyme qui dès le matin ou en fin de soirée, savait me captiver par le côté décalé qu’il imprimait à toutes ses émissions …. bravo J. Lebrun, merci, vous nous manquerez
20 juillet 2008 à 10:15
Non, Yann n’est pas un super bobo. C’est un têtu, un militant avec une seule idée en tête, un sicaire, un poseur de bombe… En voyant le cortège de pleureuses et de pleureurs qui accompagne le départ du vaisseau de Jean Lebrun, il doit se dire: “Caramba! Encore raté!”
Moi, ce qui m’amuse c’est de voir des gens qui ont l’air de défendre les mêmes idées se battre entre eux, et d’autres qui se rejoignent alors qu’ils ne parlent pas de la même chose. On écoute la même émission et on ne l’entend pas de la même façon, alors quel intérêt ont ces jugements péremptoires, ces grandes théories sur ce qui fait ou non une bonne radio? Avez-vous entendu ces confidences, ce secret douloureux… Je me suis senti très proche de Jean Lebrun et son équipe de jeunes dans leur dernière émission. C’était un très bel hommage vivant. Alors, direct ne veut pas dire bavardage creux, personnel ne veut pas dire culte de la personnalité, quotidien ne veut pas dire galvaudé, etc, etc…
Avec toute mon ancienne sympathie Yann.
V.
PS: j’ai vu qu’il y a un autre vincent qui intervient, tant pis je ne change pas de pseudo. De toute façon, je n’ai pas l’intention de repartir dans les débats du blog de Caroline Cesbron (que je salue malgré tout au passage).
21 juillet 2008 à 17:18
Bigre, par la Grande Malpeste de 1348! Sicaire, poseur de bombe, militant, super bobo, je n’ai plus qu’à m’imaginer portant les derniers vêtements à la mode, avec une banderole de manifestant et une bombe d’anarchiste (vous savez, celle en forme de boulet noir avec la grosse mèche qui fait “pchhhhhhhh”). Et moi qui pensait que les auditeurs de Jean Lebrun, faisant partie de cette grande République de la Parole, était tous pourvus d’une touchante et chaleureuse humanité ornée d’une tolérance attendrie…
Il m’a suffit d’écouter la dernière de Jean Lebrun pour malheureusement conforter certaines idées. Si le personnage était fort talentueux matutinalement, il a subi une forte transformation lorsqu’il s’est agi de vespérer, au point qu’il est devenu méconnaissable : répétitions thématiques, invités identiques (sciencepotards etc.), sensationnalisme et exploitation de son public pour son show. La dernière émission, proprement ahurissante, m’a renforcé dans cette opintion : il faut être sacrément fort pour assister à sa propre muséification, coordonner ses propres éloges, approuver tous les compliments, en rajouter (”c’est une femme de ménage qui s’adresse à un fils de femme de ménage”, il faut avoir une certaine idée de soi-même pour émettre ce genre de jugement). Ce pot de retraite n’avait pas besoin d’être retransmis, et je vais vous demander, mes très chers amis, une toute petite minute de votre précieux temps pour commémorer dans le plus grand silence (s’il vous plaît), la masse muette, silencieuse et mutique des producteurs de France Culture, populaires, talentueux, qui furent débarqués sans autre forme de procès, pour des raisons diverses (souvent la “retraite”, d’ailleurs). Eux, malheureusement (souviens-toi, passant), n’eurent pas l’heur d’une cérémonie commémorative en leur présence, et ils n’auraient certes pas eu le culot de coordonner leurs propres éloges et parfaire leur hagiographie en direct. JL en a profité pour se placer sous le patronage de Louis Bozon, pour parfaire sa réputation de monstre sacré de la radio faisant ses adieux, alors que ce dernier, en personnalité, en caractère, n’aurait jamais laissé se dire une telle messe publique de canonnisation à son égard (et l’aurait encore moins coordonnée). Jean Lebrun aura inventé l’auto-canonnisation muséifiante. Pas mal pour un personnage qui travaille encore pour France Culture! Je n’ai d’ailleurs pas de doute que l’on continue à l’entendre régulièrement, car il se trouve du bon côté de la Direction. Le tour de chant de Jean Lebrun risque de perdurer…
La petite masse d’éloges qu’il reçoit mériterait une analyse sociologique, tant elle semble sortir du répertoire habituel des hommages personnalités partant en retraite : chaleur humaine, respect de l’autre etc… On dirait une déification certifiée conforme, que l’on peut appliquer à nombre d’autres personnalités, et qui semble ressortir d’un réflexe (”il était si généreux, si touchant, si plein d’humanité”). Pourtant, on l’entendait souvent plein d’une moquerie mauvaise à l’encontre de ses critiques, ne respectait ses spectateurs qu’à la condition qu’ils puissent être mis en scène pour son show…
Je suis long, je m’en aperçois, je vais donc terminer en répondant :
- la radio anglaise : BBC Radio4
- une émission originale? C’est aussi difficile à définir qu’un livre original… Il s’agit d’un contenu original, surprenant dont on retient quelque chose, et que l’on est heureux d’intégrer à son paysage de connaissances.
Je renouvelle mon impatience à découvrir ce qui remplacera Travaux Publics. J’espère voir une émission qui ne répétera jamais la même chose, qui respectera et s’adressera à ses auditeurs, qui aura soin de ne pas fonctionner sur un carnet d’adresses exclusif, et qui ne fera pas de démagogie participative. Le dernier numéro de Travaux Public m’a convaincu dans l’idée que la seule chose qui compte pour Jean Lebrun, c’est Jean Lebrun et son héritage.
Désolé de détonner, mais évoquons Sartre, en ce grave instant, qui songeait, pendant la messe, à grimper aux colonnes et faire pipi dans le bénitier.
Et souvenons-nous des producteurs débarqués sans messe pontificale aucune…
A+
Yann
21 juillet 2008 à 23:04
Rien que pour le plaisir d’apporter mon soutien à Yann qui n’en a vraiment pas besoin… Peu importe que nous ne soyons pas d’accord sur l’émission TP, ni sur Jean Lebrun. Vous lui faites un triomphe, laissez donc vivre les quelques voix discordantes ! Vous qui vantez tant la liberté d’expression, la pluralité, la tolérance etc. donnez donc l’exemple et ne plaignez pas, avec commisération, ceux qui ne pensent pas comme vous.
Comme Yann, je trouve que l’émission de JL posait de sérieux problèmes. Non seulement sur le plan de la forme (confusion, brouhaha, difficulté d’écoute, émission conçue pour un public présent, pas pour des auditeurs radiophoniques) mais sur le fond. Nul doute, JL est l’un des fers de lance de la “radio participative”, de ce leurre de démocratie que FC a inscrit à la première page de son nouveau cahier des charges. Naguère – je dis bien naguère –, il fallait faire l’effort (un tout petit effort) pour se hisser vers FC. Les bénéfices et les bienfaits en étaient immenses et le savoir, la connaissance transmis de haute tenue. À présent, FC va au-devant de ses auditeurs, comme toute chaîne commerciale qui se respecte, avec – nuance– une certaine qualité de ton, de style, et de savoir-faire en plus (encore heureux). Mais où est la différence ? Bien des fois, j’ai trouvé ces émissions – que j’ai pourtant souvent écoutées, afin d’en avoir une idée précise – terriblement racoleuses et démagogiques. Une émission qui véhiculait, d’ailleurs, et fort insidieusement, une drôle de conception corporative de la société – une émission pour les manucures de Montargis et une autre pour les garçons coiffeurs de Ramatuelle (no ofense) –. Ainsi, tout le monde avait l’impression d’être reconnu, d’exister enfin, grâce à *La Radio* qui allait sur le sacro-saint * Terrain * (doctrine kesslerienne) découvrir ces vies anonymes. Qu’est-ce sinon de la Radio Realité ? Est-on vraiment plus proche de la réalité en faisant une émission d’un jour ou d’une semaine au Bar des sportifs de Palavas ? Mais ah…. l’illusion de la participation, qui résiste à ce leurre ? Alors que ledit Jean Lebrun, fin et sournois comme pas deux, verrouillait l’émission de bout en bout, faisait les question et les réponses, ne tenait pas le moindre compte de ce que lui disaient les intervenants, quelle que fût la qualité de leurs propos, car il en savait de toute façon davantage que ses invités et que le public. Où est la communication ? l’échange ? la transmission du savoir ? L’humilité indispensable à cette transmission ? Quand vous avez un animateur persuadé d’être mille fois plus intelligent que ses invités ? Oui, l’émission était un faire-valoir pour la personne de JL, qui se mettait en scène et y faisait montre de son brillant, de son habileté, de ses indéniables qualités de funambule.
On peut comprendre que la formule ait séduit : les émissions étaient vivantes, pleines de surprises et de rebondissements, toujours animées (parfois pathétiques d’humour gras et lourdingue, mais passons). Mais les effets produits ne manquent pas d’être inquiétants : car c’est bien cette désinvolture, notamment à l’égard des invités (se moquer des “puissants”, de ceux qui savent, mettre le premier quiddam au niveau du professeur du Collège de France) qui plaît tant au nouvel auditorat, comme on le lit dans de très nombreuses contributions. Certains auditeurs y recherchent expressément une forme de journalisme (je souligne) critique, persifleur, impertinent qu’ils disent ne plus trouver ailleurs (radio ou télévision). JL, rempart contre la pensée unique, contre la pensée formatée, etc. Alors, où est la spécificité de France **Culture** dans cette affaire ?
Désolée, mais cette émission ne construisait aucune connaissance: elle mettait en scène du débat, de la polémique, de l’opinion par quintaux, zappait dès qu’une explication était trop longue, coupait tout développement un peu trop professoral, entravait tout essai de construction d’un raisonnement suivi, par des interruptions, l’imposition de brusques bifurcations, d’incises, de renvois sans fin, qui égaraient et l’invité et l’auditeur, mais qui devaient sembler au maître de cérémonies particulièrement subtils. Et ce dans le but de séduire, toujours séduire un public conquis par tant de brio.
Malheureusement, on peut prendre les paris sur l’avenir. Fort de son succès d’audience, JL est en passe de transformer une formule contestable en Doctrine radiophonique (on en a vu d’autres, et autrement plus improvisées et douteuses, telles que “la radio c’est le direct”, de sinistre mémoire). Du poste qu’il occupera, il aura tout loisir de transformer le peu qu’il reste de transmission du savoir et de connaissance un peu sérieuse sur cette chaîne en débat perpétuel.
Radio bistro à tous les étages.
EZ, PAris
Comme Yann, et sans vouloir faire trop long, je trouve que l’émission de JL posait de sérieux problèmes. Non seulement sur le plan de la forme (confusion, brouhaha, difficulté d’é&coute, émission conçue pour un public présent qui seul peut comprendreet suivre vraiment) mais sur le fond. Nul doute, JL est l’un des fers de lance de la radio participative , de ce leurre de démocratie que FC a inscrit dans son nouveau cahier des charges. Naguère – je dis bien naguère –, il fallait faire l’effortd e se hisser un tout petit peu vers FC. Les bénéfices étaient immenses. A présent, FC va au-devant de ses auditeurs, comme toute chaîne commerciale, avec une certaien qualité de ton et de style, et de savoir-faire en plus (encore heureux). Mais où est la différence ? Bien des fois, j’ai trouvé ces émissions, que j’ai pourtant souvent écoutées, afin d’en avoir une idée précise, racoleuses et terriblement démagogiques. Mais ah…. l’illusion de la participation, de faire la radio avec Jean Lebrun, qui résiste à ce leurre ? Alors que ledit Jean Lebrun, fin et futé comme pas deux, verrouille l’émission de bout en bout, fait les question et les réponses, et en sait davantage que ses invités. Oui, l’émission était un faire-valoir pour JL, qui y faisait montre de son impertinence, de son brillant, d’une certaine désinvolture à l’égard des invités, qui plaît tant à certain auditorat. Et le pire dans l’affaire, ce n’ets pas lui. Bourré de talent, il l’est, c’est évident. Mais ce sont les petits clones assez pâles qu’il a engendrés ou qui imitent sa manière de faire. ce qui nous vaut ce style de journalisme assez creux, peu consistant, pauvre en contenus et en connaissances, mais sûr de lui.
21 juillet 2008 à 23:08
Et zut, un premier brouillon qui est resté là par mégarde ! Milles excuses pour ce doublon !
22 juillet 2008 à 11:13
Suite et fin (pour moi), sans brouillon et sans style. Vous avez le droit de ne pas aimer cette émission, moi je l’aimais, me semble-t-il pour de bonnes raisons. C’est affaire d’opinion. Vous menez un combat, c’est la démocratie… Il faudrait débattre, certes, pour lutter contre l’imposition des opinions. Mais, personnellement, je ne suis pas très intéressé comme vous, Emma ou Yann, par la définition de ce que doit être une radio culturelle. Ce qui me pousse à réagir, c’est voir comment ces opinions, subjectives, sont transformées en soi-disant vérités. Je comprends qu’en rester au stade de la réaction ce n’est pas très constructif, mais je ressens le discours militant comme étant, lui, essentiellement destructif.
En deux mots quand même, vous faites une opposition de nature entre une radio participative, style Jean Lebrun, et une radio de connaissance, ou je ne sais pas quel autre meilleur terme vous pourriez choisir. Donc, la première est disqualifiée, et ses éventuelles petites réussites sont dues à l’habileté réelle mais factice de l’animateur. Excusez-moi, mais pour moi c’était, disons avec pédanterie, une maïeutique de groupe, Jean Lebrun portant la parole de chacun et à chacun, comme un “butinage”, dont l’auditeur faisait son miel, créant une espèce de partage d’inspiration certainement religieuse (ce qui donne à Yann l’envie d’aller pisser dans le bénitier…). On aime ou on n’aime pas. Mais au nom de quoi dire que ce n’est pas culturel, que ça n’a pas de valeur…? Moi, je vous dis que j’y ai trouvé beaucoup de valeur et de patrimoine transmis.
Je n’ai pas de réponse à l’argument de Yann, qui me dira qu’on lui impose quotidiennement aux seules heures où il peut écouter la radio, une émission qui ne lui convient pas. Il a le droit de ne pas être content et de le faire savoir, mais le passage par le dénigrement me paraît injuste et me fait réagir, à mon tour, par la plaisanterie. Remarquez quand même que je suis intervenu pour prendre sa défense…(smiley)!
Avec ma sincère sympathie,
V.
22 juillet 2008 à 18:51
Bonsoir Vincent,
contente de vous lire, depuis le temps !
Travaux publics était appréciée (les contributions sont élogieuses, bien que l’on s’étonne d’une ferveur quelque peu lyrique) et sans aucun doute pour des raisons aussi bonnes que celles pour lesquelles Yann ou moi ne l’aimions pas, cela va de soi. Elle me rappelle pourtant certains discours pédagogistes fort en vogue dans l’Education nationale, et responsables d’immenses dégâts (Jean Lebrun ne va pas aimer que je le rappelle, s’il lit ces messages) : l’élève, ou ici l’auditeur, construisant son savoir, acteur de sa propre connaissance, au centre de la connaissance etc. Personnellement, je ne crois pas une seule s econde à cette fable car je préfère apprendre. Et comme je l’avais une fois écrit à l’émission de JL, je n’ai pas grand intérêt à écouter mon voisin de palier, pas plus que ma parole ou mon commentaire n’a d’intérêt pour celui-ci. En revanche, si je tourne le bouton de France Culture, c’est vraiment pour écouter des gens que je ne peux écouter ailleurs, qui ont quelque chose à dire, en fonction de leur spécialité,de leur passion, de leur domaine de savoir. Idem pour un bon producteur : nous avons tous appris des foules de choses des plus talentueux et cultivés (il y avait des producteurs immensément cultivés naguère) d’entre eux.
Cette radio participative me semble factice, en effet, même si elle est agréable à l’auditeur (elle le flatte très subtilement). Je ne crois pas une seconde, comme vous, à la sincérité de Jean Lebrun construisant son émission à partir des paroles entendues. Il fallait d’ailleurs le voir, quelque minutes avant le lancement, passer au crible la salle, à la recherche de quelque proie utilisable dans le déroulement de l’émission. Je crois au contraire que son séquenceur était archi-bétonné d’avance. Mais l’homme est habile et sait donner l’illusion de la réflexion à l’Å“uvre ou de la découverte, de la surprise.
N’avez-vous pas eu l’impression tout de même que certains jours se transformaient en grand show ? Là encore, il faudrait distinguer. Parfois, lorsque JL était calme, plus posé qu’à l’ordinaire, quand il ne ressentait pas le besoin compulsif de faire le malin, de susciter l’événement pour l’événement on pouvait assister à des débats écoutables. Rares étaient les invités capables de le déstabiliser mais parfois, face à certains, il avait moins le besoin d’être en représentation permanente.
Entendons-nous : je ne rejette pas le débat, l’ennui est qu’il prolifère comme le chiendent sur cette chaîne et que du débat, au bout du compte, il ne reste souvent pas grand-chose de substantiel. La parole, quand elle circule et s’échange ainsi, à plusieurs, se dilue dans le souvenir Parvenez-vous à vous souvenir vraiment de la plupart des émissions de TP ? Tout autre est, par exemple, l’entretien entre un producteur et un invité et certains producteurs de FC excellent dans l’exercice. TP m’a toujours semblé convenir bien mieux à France Inter, de même que tant d’autres émissions de l’actuelle FC, ou quelques producteurs.
Je ne crois pas que Yann ou moi-même soyons des militants. Permettez-moi, en toute amitié, de récuser le terme. Mais nous défendons encore – peine perdue, rassurez-vous – une certaine idée de France Culture,à laquelle beaucoup d’auditeurs, beaucoup plus nombreux que ne le pense la Direction, sont attachés eux aussi. De guerre lasse, bien souvent accablés par ce qu’ils écoutent, ils ont définitivement fait leur deuil de FC et renoncé à faire entendre leur voix.
C’est un combat définitivement perdu, j’en suis consciente. Il l’est aussi sur d’autres terrains, où il se pose en termes très semblables.
Bien cordialement,
Emma Z
23 juillet 2008 à 9:24
Chère Emma,
par politesse et pour le plaisir que j’ai eu à échanger avec vous, je vous réponds, mais c’est vraiment mon dernier message, parce que je ne veux pas que ces discussions m’occupent trop l’esprit! A 43 ans je me suis à faire une thèse, mais le temps passe, je réfléchis lentement et je me fatigue vite… Je pense que j’apprécie autant que vous les programmes culturels “exigeants”, et je suis persuadé que Jean Lebrun les apprécie aussi. Je suis personnellement convaincu de sa sincérité profonde, ce qui n’empêche pas, au contraire, que ses émissions soient très préparées. C’est comme un exercice littéraire, il sait à l’avance ce que les invités ont à dire (parce que lui ou ses collaborateurs ont déjà parlé avec eux), et il le leur fait redire dans une mise en scène qui contextualise et qui fait jouer la parole. C’est fragile, ça peut être plus ou moins réussi, mais c’est intéressant. C’est du journalisme d’un genre particulier mais pas une discussion de palier.
Que nous ayons une vision opposée, je trouve cela intéressant. Ca rejoint mon questionnement de thèse… Que vous rattachiez la quetion au débat sur la pédagogie m’intéresse aussi, étant moi-même prof d’espagnol en lycée, mais là encore je fuis les opinions tranchées. J’aurais aimé que Jean Lebrun développe ses conceptions en la matière, puisqu’il a plusieurs fois dit qu’il regrettait les évolutions récentes. Je pense, très benoîtement, que la vérité est au milieu et que de toute façon on ne l’atteint jamais.
Je vous souhaite une bonne continuation, des succès dans l’obtention de programmes culturels de qualité sur FC, et ne me tentez pas trop pour la polémique (ou bien plus tard…). Il y a aussi une autre raison pour laquelle je suis gêné pour débattre ici, comme je l’ai déjà dit, c’est que j’écoute FC assez régulièrement, mais pas non plus énormément, ce qui ne m’empêche pas d’y être très attaché et de souhaiter, par exemple, que Jean Lebrun continue de se consacrer à elle avec autant d’énergie, de talent et de sincérité.
Amitiés,
V.
2 septembre 2008 à 16:01
j’avais cru que l’interruption de T.P. était due aux vacances !Merci à France culture de m’avoir mise au courant. ce qui est sûr c’est qu’on avait, avec jean Lebrun, un journaliste guettant avec un enthousiasme contagieux l’auditeur qui allait déclencher les paroles, les émotions , les émois de tout le groupe autour de lui.Il semblait improviser sur une partition que l’auditoire lui tendait. Je me souviens de ce café associatif au fond de la campagne bourbonnaise où la parole rebondissait de l’agriculteur-éleveur, au fabricant de fromage, en passant par l’écrivain Michel Ragon . Jamais le mot ” public” n’avait si bien convenu ! J’attends avec impatience “le nouveau petit livre ” aux éditions Bleu Autour.