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28 août 2007

Fellag et la “Pelure d’Oignon”

Posté dans: In Vinas No Veritas, Chroniques (à caractère gastronomique)

Comment ne pas se laisser séduire par la dimension saoulographique du roman de Fellag, « l’allumeur de rêves berbères » ? Et notamment par l’incroyable déluge de boissons alcoolisées qui sembler irriguer chacun (ou presque) de ces valeureux personnages . On y boit de la bière, du whisky, de la Marie-Bizard, mais c’est surtout le vin, bien plus que l’eau du robinet, qui apporte ici une fluidité apaisante, un lien réconfortant, une cohérence fraternelle et fébrile entre les différentes figures de cette cité algérienne… Coteaux de Mascara, Lion du Thessala, Coteaux de Tlemcen sont ainsi égrenés tout au long des pages comme autant de médicaments salvateurs, plutôt appréciés pour leur propriétés analgésiques ou leur effet anti-dépresseurs que pour leurs subtils bouquets, leur arômes délicats de fruits rouges et leurs longueurs en bouche…
Pour tout dire, la dernière fois que j’ai entendu parler de ces crus algériens, c’était par le truchement de très érudits collectionneurs de vins anciens, se passionnant pour certains fleurons de la viticulture nord-africaine du début du vingtième siècle, les yeux brillants de gourmandises, les mains tremblant d’émotion à la simple évocation d’un Royal Kébir datant de 1935… C’était l’époque, raconte Fellag, où certains oenologues algériens, musulmans et très respectueux de tous les principes de l’Islam, humaient, goûtaient les vins en cours d’élaboration, puis recrachaient, sans jamais en avaler une seule goutte, pour rester ainsi en parfaite harmonie avec leurs convictions. Autre temps, autre moeurs, ajoute même un de ses personnages, suite à cette anecdote.
C’est d’autant plus étonnant de retrouver dans le frigo de monsieur Zacharia, aux cotés de ces crus algériens à l’histoire prestigieuse, de la “Pelure d’Oignon”, un « vin rosé léger », précise Fellag, favori des amateurs d’apéritifs anti-stress, certes, mais véritable fossile d’une époque où le vin était un aliment, un carburant pour les travailleurs de force et autre moteurs à pinard. A vrai dire, je croyais l’espèce disparue et c’est avec un grand étonnement que j’ai trouvé, aujourd’hui même, sur les rayonnage du supermarché voisin, une bouteille de cette “Pelure d’Oignon”, totem hybride faisant le pont entre deux époques, présenté non pas en bouteilles plastique avec une simple capsule, comme j’aurais pu me l’imaginer au premier abord, mais dans une élégante bouteille en verre, décorée tout de même d’une kitchissime étiquette en lettre gothique, cette “Pelure d’Oignon” vin de table français rosé est un objet viticole véritablement fascinant. Oh, ce n’est pas pour son goût, loin de là, (je l’ai dégusté consciencieusement pour vous, et, comment dire… Vous pouvez vous abstenir !), mais pour la dimension incroyablement poétique que dégage cette marque commerciale ! Par sa puissance évocatrice, la “Pelure d’Oignon” remplace bien des appellations. Une gorgée de “Pelure d’Oignon”, et c’est tout le nomadisme celte des Johnnies Roscovites, partant sur des embarcations de fortunes pour aller vendre leurs oignons roses, qui descend dans votre gosier ! Et si l’on se plonge attentivement sur la contre étiquette, qui vaut également son pesant d’Alka Setzer, on comprend la fascination que peut exercer cette bouteille sur tout amateur de poésie : « Remarquable par sa splendide robe tuilée, le Pelure d’oignon exprime toute la fougue et la chaleur d’un vin rosé ». Car c’est bien de ça dont il est question ici, l’amateur de “Pelure d’Oignon” ne cherche pas bêtement une boisson alcoolisée, mais une allégorie liquide de la fougue et de la chaleur !
A votre santé.


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