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21 novembre 2007

L’Hôpital à la télévision : le cas Urgences

Posté dans: séries télévisées

Quelques jours seulement après avoir assisté à l’émission consacrée aux infirmières, dans Travaux Publics, le lundi 19 novembre 2007, je ne peux m’empêcher, ma déformation “passionnelle” y est sans doute pour quelque chose, de vous parler ici d’une de ces séries télévisées hospitalières dont je suis un friand admirateur et que les américains savent rendre si universelles. Si on a tendance à parler un peu trop, ces derniers temps, dans un grand nombre de journaux, de la série américaine à succès de TF1, Grey’s Anatomy - bien écrite, intéressante mais mineure - et de son avatar français, un peu loupé, l’Hôpital, il y a parmi les plus belles séries du genre, quoi que l’on en dise, une série qui sort du lot. Urgences, le célèbre drama médical de John Wells et de Michael Crichton est une série universelle, juste, certes un peu ancienne, mais toujours d’actualité : la télévision américaine diffusera, sur NBC, le 6 décembre 2007, son 300ème épisode.

Un peu oubliée par la critique, ces dernières années, ER (Emergency Room) qui , à ses débuts, en 1993, brillait à la Une de Libération ou encore de l’hebdomadaire Télérama n’a pas si mal vieilli. On a beaucoup parlé de son réalisme et il suffit de revoir le pilote de la série, l’épisode n°1, pour se rendre compte du talent de ses auteurs. En 42 minutes, ils arrivent à nous plonger au plus près de la réalité d’une nuit aux urgences. On a aussi beaucoup entendu les professionnels de la santé, en milieu hospitalier, avouer leur passion pour la série et sa vision sans concession mais romancée de leur quotidien. Par ailleurs, d’autres n’ont pas manqué de critiquer son “soi-disant” réalisme un peu “caricatural”. Je me souviens des critiques fromulées par ma tante, infirmière à Toulouse pendant plusieurs années : “En une journée le bon docteur Ross cumule quand même un peu trop de cas particuliers … En un seul épisode il vit ce que j’ai pu connaître en trois ans d’expériences à Purpan (le CHU de Toulouse), c’est du n’importe quoi ta série”.

Quoi qu’il en soit du côté du téléspectateur lambda, si on a une tendance “fleur bleue”, on s’intéressera plus volontiers à la vie sentimentale des héros du feuilleton qu’aux opérations chirugicales. On peut également préférer la photographie sociale assez juste de cette Amérique pauvre et malade qu’Urgences dépeint avec justesse. Pour ma part, si je ne suis pas insensible à ces différents aspects de la série, ce qui m’incite, tous les ans, à reprendre ma petite boîte de 22 comprimés d’Urgences, et ce, depuis 14 ans, c’est surtout et avant tout pour y retrouver un condensé de la vie : on nait, on vit et on meurt au Cook County. A ce propos, le personnage le plus symbolique est celui par lequel on entre dans la série et c’est le rôle de John Carter qui fait son entrée aux urgences de Chicago en 1993 en qualité de jeune interne. De sa découverte du métier à son engagement dans l’Humanitaire après plusieurs années d’apprentissages aux côtés de ses maîtres Benton et Green, Carter, comme tout bon personnage d’Urgences, devra faire face, au fil des épisodes, à la mort. Il devra, en effet, apprendre à traiter des patients, les aider à vivre mais aussi parfois les laisser mourir sans pour autant oublier sa vie personnelle : mûrir et donner la vie à son tour.

Pour chacun des héros du feuilleton, le but est donc d’exister au-delà de son métier par et pour sa famille et tenter de donner un sens à sa vie. Pour s’en rendre compte, il est assez intéressant de voir comment les scénaristes ont mis en scène le départ de chacun de leurs personnages réguliers. Ont-ils ou pas atteint leurs buts lorsqu’ils tirent leur révérence ?

Etre soignant est un métier à temps complet où la vie de famille passe très souvent au second plan. Deux options se présentent donc à nos personnages :
- Soit ils quittent le service pour se consacrer à leur vie familiale et vivre ainsi auprès de leurs proches la vie qu’ils entendent mener.
- Soit ils font le choix d’une vie professionnelle intense tout en aménageant, tant bien que mal, leur vie familiale mais dans cette situation, le destin semble s’abattre sur eux.

Voici quelques exemples …

- Dans le premier cas : Le Dr Peter Benton quitte les urgences pour devenir un brillant chirurgien dans le secteur privé, mieux payé, il aura surtout des horaires moins contraignants qui lui permettront de s’occuper plus facilement de son fils. Le Dr Ross, alias George Clooney, quitte lui aussi Chicago pour Seattle et laisse au Cook County sa compagne, infirmière, enceinte de jumeaux. Cette dernière, Carol Hathaway, ne pouvant sacrifier sa vie familiale pour sa carrière quittera, elle aussi, le navire pour retrouver le père de ses enfants. A la mort de son mari, le Dr Corday “opére” un retour au source en rentrant avec sa fille en Grande Bretagne.
- Dans le second cas : Luka Kovac, jeune père et patron des urgences, est obligé de rentrer en Croatie et laisse ainsi, du jour au lendemain, son job, mais aussi sa femme et son enfant aux Etats-Unis. Mark Green, l’un des plus anciens responsables du service, marié et père de deux enfants, meurt d’une tumeur cérébrale. Jeanie Boulet, assistante médicale, atteinte du VIH, doit quitter le service. Le Dr Gallant part et meurt en Irak et le tout jeune Ray Barnet termine infirme à la suite d’un grave accident. Quand au Dr Romano, il meurt, tout simplement, écrasé par un hélicoptère. Enfin, en ce qui concerne notre cher Dr John Carter, si pendant 11 ans son cheminement est chaotique, c’est à la mort de son enfant qu’il quitte la série. C’est en s’éloignant pour l’Afrique dans le cadre d’une ONG que le couple endeuillé tentera de survivre.

L’image du monde médical que donne Urgences - mais avant elle, aussi, la série plus méconnue Saint Elsewhere - est donc assez différente de celles que la fiction populaire romantique a montré pendant des décennies : super médecin, jolies infirmières, salles de soins et d’opérations intactes et cliniques parfaites où la mort était bannie. Justement, écoutez, à l’occasion de l’émission sur le monde infirmier, réalisée à El Sur, le 19 novembre dernier, une interview de notre invitée. J’ai filmé - avec l’aide de Sylvain Souklaye - Anne Perrault-Solivères et je lui ai justement demandé ce qu’elle pensait de l’image des infirmières dans la fiction …

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RF / B.Lagane


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