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Des nouvelles de l’équipage de Travaux Publics

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17 sept 2008

 Après l’appareillage de la rentrée, quelques nouvelles de l’équipage de Travaux Publics…

Merci pour les témoignages de sympathie que vous continuez à nous adresser : ce blog, qui va rester accessible encore un moment, c’est un quai d’où vous persistez à nous dire “au revoir” pendant que nous autres, les équipiers de “Travaux Publics”, avons appareillé dans des directions diverses.
Deux d’entre nous, Vincent Lemerre et Benoit Lagane, participent au RenDez-Vous qui s’est en partie substitué à Travaux Publics. Après Du Grain à Moudre, qui mouline les thèmes politiques, sociaux, économiques qui étaient un peu les nôtres, le RenDez-Vous paraît plus radicalement différent; la démarche, qu’accompagnent Vincent et Benoit avec leur souci de précision, a cependant quelque chose de commun avec la nôtre : l’ouverture de Travaux Publics était plus géographique, plus sociale; celle de Laurent Goumarre plus générationnelle mais dans les deux cas il s’agit de se porter, non sans dangers et bravement, aux frontières de notre public.

Alexis Ipatovtsev et Sophie Berdah - qui signe maintenant : Bober - se retrouvent tous deux aux frontières de… l’horaire, à Minuit/dix. Si vous ne pouvez plus écouter, à cette heure tardive, Alexis, auquel tant d’entre vous s’étaient un peu identifiés, suivez les auditeurs de France Culture de plus en plus nombreux à utiliser le podcast. Et d’ici peu, Alexis va ouvrir un blog voisin de celui-ci et qui sera beaucoup plus “actif”: l’Europe vue depuis minuit dix, de biais et de profil.

Nos réalisateurs ont, eux aussi, suivi des chemins différents. Laurent Rousseaux reprend des études de journalisme à Strasbourg tandis que Jean-Christophe Francis travaille maintenant avec Sonia Kronlund dans Les pieds sur terre. Il y retrouve quelques uns de nos pigistes qui collaborent avec cette équipe. D’autres piaffent d’impatience, ayant repris leur métier traditionnel sans l’échappée belle de Travaux Publics ou, pire, ils chôment. Le mieux loti est évidemment Emmanuel Giraud : il rejoint en octobre, comme pensionnaire, la Villa Medicis. La République a jugé nécessaire que soient représentés à Rome les arts culinaires… Gageons qu’Emmanuel, au bout d’un an de séjour, nous préparera un festin de Trimalchion à sa façon.

Quant à moi… Un auditeur, ex-capitaine au long cours, m’a écrit:” Descendu de votre passerelle, vous allez vous ennuyer dans un bureau”. Eh bien, ce n’est pas encore le cas. D’abord je circule d’un bureau à l’autre, d’un étage à l’autre, cherchant à coordonner les envies et les humeurs de chacun. Retrouvant la Maison ronde après beaucoup d’absences, j’ai l’impression d’être en reportage : il faut dire qu’il se produit plus de changements à France Culture, où notre nouveau directeur est attendu le 6 octobre, que je ne l’avais imaginé. Je viens d’envoyer à l’impression un petit livre sur notre expérience commune. Titre provisoire : Le frisson du dehors. J’avais pensé dans un premier temps à : La liberté nous aime encore. L’ originalité de ce modeste volume, qui sera illustré par les photos de Jean-Christophe ? Il a été largement réalisé à partir de vos témoignages, favorables ou non. La radio est une conversation sans fin. Si, une autre particularité : comme ce blog, comme tant de rendez-vous que nous avons eus, ce livre sera difficile à trouver, édité qu’il sera en octobre par Bleu Autour, à… Saint-Pourçain-sur-Sioule. On ne se refait pas, on est artisan ou on ne l’est pas. L’artisan ne sert pas, il travaille et il chante.

A bientôt donc, et en toute fidélité.

Jean LEBRUN

Bientôt 45 000 messages d’adieu ?

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14 juil 2008

PPDA aurait reçu 45 000 messages lui disant kenavo, Travaux Publics en est encore loin du compte. Il est vrai  que l’antenne quitte PPDA avant qu’il ne la quitte. Il faut toujours savoir  partir à temps. Un merci particulier à ceux qui l’ont compris et le disent dans leurs courriels. Dans les médias le renouvellement générationnel des audiences, si difficile, passe notamment par le renouvellement générationnel des producteurs et des animateurs. Dans mes nouvelles fonctions, j’aiderai les nouveaux venus, c’est ce qui m’a toujours le plus passionné dans ce métier, et, rassurez-vous, je veillerai, dans la mesure de mes forces à ce qu’ils restent fidèles à ce qui fonde la légitimité de France Culture.

Juste une remarque à celui qui, fidèlement et régulièrement, signe Sexus Empiricus. C’est vrai, naguère, au temps ancien de Culture Matin, je prenais peu de vacances et il fallait “presque l’intervention des forces de l’ordre” pour me contraindre à m’éloigner du studio. Les formes changent mais les habitudes restent : cet été, je m’éloignerai … De mon stylo, je compte rassembler quelques réflexions issues de notre expérience commune d’auditeurs et de journalistes. Cela fera l’objet d’un nouveau petit livre aux vaillantes et discrètes éditions Bleu Autour : ce sera ma modeste contribution aux états généraux de la presse de cet automne, convoqué par Nicolas Sarkozy, ça y est j’ai encore prononcé son nom, il est temps que je m’arrête.

Les ders des ders

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30 juin 2008

Depuis deux ans, je me prépare à l’échéance. On m’a d’abord laissé entendre qu’il me fallait expier de quelques années de responsabilité, dans l’équipe de direction de France Culture, les vingt deux années de liberté qu’on m’avait généreusement octroyées à l’antenne. Je me suis peu à peu convaincu. N’ai-je pas tenté tous les exercices possibles et imaginables: au petit matin, l’escalade par la terrasse du Conseil d’Etat, du bureau du ministre de la Culture et le soir, en plein hiver, l’accès en raquettes jusqu’à un studio improvisé dans un refuge du Haut Jura ? Il ne me resterait qu’à faire une émission pendu au plafond et la tête en bas mais n’est-ce dangereux pour un monument historique de France Culture?
 

Un jour, Claude-Jean Philippe m’a questionné: “Vous passez tellement de temps à préparer vos émissions, les questions que vous posez aux invités comme leurs réponses que vous ne leur laissez pas le loisir de seulement commencer, qu’on se demande quelle vie vous menez.” Sur le moment, je n’ai pas su que dire et voilà, quatre ans plus tard, je réagis: j’arrête. La radio telle que je la pratique exige un tel engagement physique que le bonhomme risque de s’user. Surtout, avec l’âge, le vieil acrobate que je suis devenu ne peut plus prétendre provoquer l’admiration ou l’identification chez les jeunes générations: bien malin est celui qui sait aujourd’hui sauter du trapèze des classiques à celui des adolescents et tendre son fil entre des univers culturels éclatés, atomisés, individualisés. Mieux vaut retrouver cet anonymat que j’ai toujours désiré. Lire la suite »

Le Quebec, du catholicisme à la religion du developpement durable

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9 juin 2008

En attendant, devant la porte du studio de Radio-Canada, la ministre du développement durable, qui s’en était allée “se délier les jambes” quelques
instants, j’avise son attaché de presse. Ce jeune homme gourmé n’est pas
terriblement parlant, comme on dit à Québec; il me vient néanmoins à l’esprit de l’entreprendre sur l’histoire du site gouvernemental d’où, chaque jour, il envoie communiqué sur communiqué (le lundi notre bilan carbone, le mardi les gaz à effet de serre, le mercredi les algues tueuses des lacs …): “Votre immeuble s’appelle Marie Guyard, n’est-ce pas le nom de Marie de l’Incarnation avant sa prise d’habit?” Stupéfaction de mon nterlocuteur. Il ignore visiblement tout du personnage et, la ministre survenant et réclamant ses services, je renonce à lui raconter l’histoire de cette jeune veuve tourangelle qui, dans les antiques années 163O, lâcha tout pour entrer au couvent à Tours avant de s’établir en Nouvelle France. C’est son fils, Dom Claude Martin, qui nous l’a fait connaître: abandonné sur le carreau et d’abord furieux, manifestant même avec quelques camarades au pied de sa clôture pour la récupérer, il devint moine à son tour et passa sa vie entière à reconstituer à distance l’aventure mystique de sa mère, l’une des plus étonnantes du Grand Siècle. A quoi bon dire tout cela à un garçon d’abord occupé du présent, tendu, ou le faisant croire, vers l’avenir et pour qui tout ce qui est ancien est sans doute démodé?La veille, au crépuscule, j’avais assisté malgré moi à une petite scène fugitive, et qui m’avait touché. Je passais devant la maison de la Congrégation Notre-Dame au moment où en sortait, à pas pressés, un couple d’une vingtaine d’années. Une religieuse, une vieille tante peut-être, qu’ils avaient dû visiter en coup de vent, tentait de les retenir sur le perron en multipliant sourires et exclamations de reconnaissance mais les jeunes gens couraient déjà vers leur voiture, fuyant la bâtisse austère dont la porte se referma sur leur parente engloutie dans le silence. La scène avait duré quelques secondes, elle suffisait pour montrer que le catholicisme , au Québec, ne pouvait plus être entendu. Littéralement, il ne parlait plus. Lire la suite »

Après les assises du journalisme de Lille: la langue des médias

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26 mai 2008

Les secondes Assises du journalisme viennent de s’achever. “Travaux Publics” y a tenu sa petite place, au bar comme de bien entendu et à l’heure du cocktail quotidien. Pour réunir des professionnels d’une profession qui a beaucoup de raisons de s’inquiéter de son avenir, le lieu, en plein centre de Lille, cité d’affaires internationale, était parfaitement choisi. Son nom, d’abord, “Le nouveau siècle” : les journalistes sont des dévots du nouveau, ils savent d’expérience comment le récit cathodique qu’ils construisent quotidiennement, séquence après séquence, étouffe peu à peu le récit historique sous les fausses évidences de la modernité. L’atmosphère de l’endroit n’était pas non plus pour surprendre les gens de presse : ils sont dorénavant habitués à se laisser guider par des hôtesses gourmées, à travers un labyrinthe moquetté, jusqu’au pied d’une tribune où s’échangent des discours parfois enflammés mais qui ne déclenchent jamais d’incendie : les réglements de sécurité font que les plafonds sont ignifugés. Dans ce sinistre décor pour managers, quand il s’est agi de trouver un saint patron à l’assemblée qu’ils tenaient, les professionnels de la profession ont néanmoins choisi le polonais Richard  Kapuscinski. Celui qui ne travaillait jamais en “pool” ni dans les zones réservées, celui qui, jusqu’à sa disparition récente, put se permettre, protégé par sa réputation exceptionnelle et aussi son habitude de la pauvreté, de refuser ce à quoi ses admirateurs se retrouvent précisément condamnés aujourd’hui. Lire la suite »

Un dîner au collège, chez le principal

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19 mai 2008

 Il arrive que des auditeurs nous traitent à leur table. A Metz, un beau matin, nous avons  même eu l’heureuse surprise de découvrir  que la note de toute l’équipe avait été réglée à l’avance…

Ici, il s’agit seulement d’un dîner, dans le logement de fonction d’un principal de collège. L’appartement n’a pas les mêmes charmes que le vieil hôtel de Metz mais se révèle, à l’usage, tout à fait convenable: merci aux collectivités locales qui construisent et entretiennent beaucoup mieux que l’Education nationale. J’ai été convié en solo - qui, d’ailleurs, aurait voulu m’accompagner dans cette banlieue assez reculée? Et, pour l’occasion, le chef d’établissement a réuni toute sa petite famille. Sa couvée, nourrie, dès le plus jeune âge, comme à la becquée, par France Culture, ne laisse pas de surprendre dans le climat d’aujourd’hui: les deux enfants entendent travailler dans la fonction publique! Et leurs conjoints pareillement. D’entrée de jeu, ils me servent un acte de foi en l’intérêt général: j’aime bien goûter cela, c’est plus précieux qu’un apéritif.

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Réponse à une enquête: “A quoi sert un journaliste ?”

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5 mai 2008

La question que pose Jerôme Bouvier pour ses Assises du journalisme de Lille me trotte dans la tête depuis quelques nuits. Je suis comme le Capitaine Haddock sur le Ramona, à qui on a demandé: “Dormez-vous la barbe sous les draps ou bien au-dessus ?”: j’enverrais bien mon interrogateur par dessus bord. Mais si j’ai appris une chose du métier, c’est la bienveillance; je me plie à l’exercice. Cependant, l’évitisme et l’orgueil étant ma seconde nature, je vais, si vous le permettez, ne parler qu’en mon nom propre. Lire la suite »

Une matinée et une après-dînée à Ornans

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27 avr 2008

Gustave Courbet aimait bien un certain Jean Journet dont il fit même un portrait. C’était un brave potard un rien naïf. Il avait quitté ses bocaux pour prêcher la bonne parole fouriériste à travers la France. Jusqu’au coup d’état de 1851, qui mit fin à ses rêves, il parcourait le pays, sac au dos, grande canne de marche en main.

Ce 26 avril, Travaux publics, avec son matériel d’enregistrement léger, sa perche… et sa voiture, est justement à Ornans, chez Courbet. La maison qui l’aurait vu naître, devenue depuis 1971 musée à lui consacré, va fermer pour trois ans: sécurité, rajeunissement, agrandissement obligent. En ce moment-clé, l’Institut Courbet, autrefois appelé Association des amis du
peintre, tient à 11h30 son assemblée générale.

Sans Robert Fernier, son fondateur, sans son fils Jean-Jacques, imaginatif continuateur, sans les camaraderies qu’ils ont su fédérer, Ornans n’aurait pas retrouvé son enfant prodige. La petite ville fort heureusement restée industrielle ne connaîtrait pas un tel tourisme. Les expositions de l’Institut attirent autour de vingt mille visiteurs payants l’été. Bien davantage encore en 1996 quand fut exposée, en primeur, “L’origine du monde”. Entre la source de la Loue, à quelques kilomètres en aval, où s’entrevoit le secret obscur des entrailles de la terre, et ces autres lèvres, peintes, qui articulaient des sons inintelligibles sur les murs de son musée, Ornans, cette année-là, tutoyait le centre de la planète. Lire la suite »

De Besançon et d’autres villes moyennes supérieures…

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20 avr 2008

Marc Bloch après l’ “étrange défaite” de 1940: “Ce qui vient d’être vaincu, c’est notre chère petite ville. Ses journées au rythme trop lent, ses administrations somnolentes, l’oisiveté de ses cafés de garnison, sespoliticailleries à courte vue, son artisanat de gagne-petit.”  

Depuis, le temps est venu des villes supérieures. Elles disputent à larégion parisienne la palme du bonheur de vivre: leur lutte est déjà gagnée. Et, entre elles, elles s’arrachent les fonctions métropolitaines de demain : là, un âpre combat fait rage qui laisse beaucoup de fières cités sur lechemin, condamnées à n’être plus que des agglomérations moyennes dansl’ombre de plus grandes.  

Soit, dix ans après le constat de Marc Bloch et à l’aube des Trente glorieuses, quatre vieilles capitales d’antiques provinces, où “Travauxpublics” a récemment pris ses aises : Rennes, Grenoble, Montpellier,Besançon. De belles villes qui avaient les mêmes raisons d’être fières de leur patrimoine, de leurs grands hommes et de leurs robins, de leurs fonctionnaires et de leurs militaires. Mais quelle différence dans leur développement à la hauteur de nos années 2000, alors qu’elles partaient avec des atouts comparables, qu’elles décollaient ensemble dans les années 5O-60 et qu’elles devenaient toutes cinq d’importants noeuds de communication !  Lire la suite »

La Radio en énigmes

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13 avr 2008

Habib Bourguiba aimait les énigmes. L’une d’entre elles s’appliquerait fort bien à France-Culture : on sait que les producteurs, soucieux d’être complets et irréprochables, y voient toujours trop grand quand ils composent leurs émissions. “Si la porte est très étroite et l’armoire très large, que faites-vous?”, demandait le sage de Tunis à ses visiteurs. A cette question, à France Culture, on serait tenté de répondre: donnez-moi les moyens de mes légitimes ambitions, démolissez  le mur  qui gêne le passage de mon meuble dont vous savez bien qu’il est indispensable à l’intérêt général… “Pas du tout, réplique depuis l’outre-tombe le vieux malin, songez plutôt à démonter l’armoire”. Profitable leçon qu’illustrait autrefois, au grand siècle de ma bonne cité malouine, l’armoire du même nom: avec ses caissons et ses tiroirs, elle avait grande allure et était fort commode mais on pouvait la disposer aussi bien dans une cabine de bateau que dans la plus grande salle d’un manoir puisqu’elle se défaisait et se reconstituait comme on voulait. Une émission de radio, c’est tout pareil et même mieux: on peut la remonterà l’envers, elle doit encore tenir debout. Lire la suite »