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Tous les billets de la catégorie In Vinas No Veritas

Antony Cointre fait son cirque

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11 avr 2008

Ancien comédien, Antony Cointre a la voix qui porte, la gouaille épatante des piliers de bar de l’Est parisien et, accessoirement, il a toujours aimé faire le clown. Voilà quelques années que l’animal a délaissé les bistrots canailles de la capitale pour s’installer à Dingé, à quelques kilomètres de Rennes, sur la route de Saint-Malo. Depuis l’ancien presbytère où il a élu domicile, on pourrait presque apercevoir l’imposant château de Combourg, tout proche. Oh, ce n’est pas une fervente passion pour Chateaubriand qui a motivé l’installation d’Antony Cointre dans ce paisible village d’Ille-et-Vilaine. Disons que c’était plutôt dans la logique déambulatoire de ce cuisinier ambulant, partagé entre l’appel déchirant des huîtres cancalaises et les implorations émouvantes des poulets “Coucou de Rennes”… Lire la suite »

Champagne et musique (Bonus)

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5 déc 2007

A l’instar de certaines émissions de radio, les magazines “papier” sont parfois trop riches. (Oh, je ne parle pas de phynances, ne vous emballez pas, Père Ubu !). Mais il arrive que certains sujets soient particulièrement excitants, les journalistes prolixes et enthousiastes, les reportages plantureux et les photographes très fiers de leur abondante production. Et dans ce cas, que ce soit en radio ou en presse écrite, que fait-on ? Et bien… “on dégorge”, comme disent à la fois Jean Lebrun et les vignerons champenois !

A ce propos, j’ai publié ce mois-ci dans le magazine Saveurs (Hors-Série “Spécial Fêtes”), avec la complicité du compositeur Bruno Mantovani, un dossier consacré aux accords entre champagne et musique. Pour chaque bouteille sélectionnée, correspond un air à écouter pendant la dégustation, choisi avec brio par le maestro Mantovani…

Hélas, le support papier n’est pas toujours extensible et une partie de notre travail a du passer à la trappe. Je vous propose donc ici en “bonus” une savoureuse correspondance  entre l’oreille et le palais qui n’a pas pu être publiée dans “Saveurs”…

Bruno Mantovani / photo (c) Maurice Rougemont

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Jean-François Kahn et l’apéro “bon esprit”

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20 nov 2007

Cher Jean-François Kahn,
S’il y a toujours quelque chose de jubilatoire à vous voir filer la métaphore vineuse, arroser l’actualité de généreuses rasades pinardières ou affiner vos analyses politiques à l’aide de solides comparaisons alcoolisées, il me semble que votre dernière envolée bistrotière, qui assimile les récentes grèves à une sorte d’apéritif, annonciateur de furieuses et flamboyantes agapes sociales à venir ; il me semble, donc, que cette dernière brève de comptoir fleure bon l’analogie désuète, la boutanche empoussiérée, la quille de Cinzano oubliée dans une vieille cave murée.
Je ne sais pas dans quelles auberges surannés vous vous sustentez, mais il y a belle lurette que le rituel de l’apéritif est passé à la trappe de la santé publique, annihilé par la pression conjointe de la morale, de l’hygiénisme ambiant et du permis à point. Et aujourd’hui, lorsqu’un téméraire maître d’hôtel formé à l’ancienne, pousse l’audace jusqu’à vous proposer de débuter le repas par un verre de champagne, de whisky ou de porto, c’est tout juste s’il ne vous fait pas répéter votre choix, lorsque par extraordinaire, vous avez daigné répondre :

« Oui, juste un doigt »
« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas un peu de Porto ? ».

Non, Jean-François Kahn, les temps ont bien changé depuis l’époque glorieuse où Armand Gouffé chantait :

« Je bois quand je me mets à table.
Et le vin m’ouvre l’appétit;
Bientôt ce nectar délectable
Au dessert, m’ouvrir l’esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu.
Pour trinquer avec ma maîtresse.
M’apprêter pour le coup du milieu. »

C’était également l’époque où Grimod de la Reynière établissait une typologie érudite et minutieuse entre le coup d’avant, le coup du milieu et le coup d’après, autant de subtilités éthyliques qui pouvaient servir de support à une analyse très fine de la grogne populaire, mais aujourd’hui, votre comparaison tombe à l’eau.
Mais tout n’est pas perdu pour autant, et il existe peut être un îlot de résistance, une frange minoritaire chez qui votre démonstration éthylico-rhétorique trouvera son plus juste écho. Je pense à cette jeunesse décadente et exaltée, celle qui n’a jamais eu son permis et donc, de fait, n’a pas grand chose à perdre (en matière de point, en tout cas) ; et qui se réunit tous les mois sous la houlette de l’agitateur multicarte Jérôme Laperruque, dans des « Apéros bon esprit », gigantesques bacchanales dont le fondement théorique se résume dans ce séditieux slogan :

« Boire plus tôt, c’est boire plus ! »

Avec une jeunesse pareille, l’hiver social s’annonce chaud brûlant !

Fellag et la “Pelure d’Oignon”

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28 août 2007

Comment ne pas se laisser séduire par la dimension saoulographique du roman de Fellag, « l’allumeur de rêves berbères » ? Et notamment par l’incroyable déluge de boissons alcoolisées qui sembler irriguer chacun (ou presque) de ces valeureux personnages . On y boit de la bière, du whisky, de la Marie-Bizard, mais c’est surtout le vin, bien plus que l’eau du robinet, qui apporte ici une fluidité apaisante, un lien réconfortant, une cohérence fraternelle et fébrile entre les différentes figures de cette cité algérienne… Coteaux de Mascara, Lion du Thessala, Coteaux de Tlemcen sont ainsi égrenés tout au long des pages comme autant de médicaments salvateurs, plutôt appréciés pour leur propriétés analgésiques ou leur effet anti-dépresseurs que pour leurs subtils bouquets, leur arômes délicats de fruits rouges et leurs longueurs en bouche…
Pour tout dire, la dernière fois que j’ai entendu parler de ces crus algériens, c’était par le truchement de très érudits collectionneurs de vins anciens, se passionnant pour certains fleurons de la viticulture nord-africaine du début du vingtième siècle, les yeux brillants de gourmandises, les mains tremblant d’émotion à la simple évocation d’un Royal Kébir datant de 1935… C’était l’époque, raconte Fellag, où certains oenologues algériens, musulmans et très respectueux de tous les principes de l’Islam, humaient, goûtaient les vins en cours d’élaboration, puis recrachaient, sans jamais en avaler une seule goutte, pour rester ainsi en parfaite harmonie avec leurs convictions. Autre temps, autre moeurs, ajoute même un de ses personnages, suite à cette anecdote.
C’est d’autant plus étonnant de retrouver dans le frigo de monsieur Zacharia, aux cotés de ces crus algériens à l’histoire prestigieuse, de la “Pelure d’Oignon”, un « vin rosé léger », précise Fellag, favori des amateurs d’apéritifs anti-stress, certes, mais véritable fossile d’une époque où le vin était un aliment, un carburant pour les travailleurs de force et autre moteurs à pinard. A vrai dire, je croyais l’espèce disparue et c’est avec un grand étonnement que j’ai trouvé, aujourd’hui même, sur les rayonnage du supermarché voisin, une bouteille de cette “Pelure d’Oignon”, totem hybride faisant le pont entre deux époques, présenté non pas en bouteilles plastique avec une simple capsule, comme j’aurais pu me l’imaginer au premier abord, mais dans une élégante bouteille en verre, décorée tout de même d’une kitchissime étiquette en lettre gothique, cette “Pelure d’Oignon” vin de table français rosé est un objet viticole véritablement fascinant. Oh, ce n’est pas pour son goût, loin de là, (je l’ai dégusté consciencieusement pour vous, et, comment dire… Vous pouvez vous abstenir !), mais pour la dimension incroyablement poétique que dégage cette marque commerciale ! Par sa puissance évocatrice, la “Pelure d’Oignon” remplace bien des appellations. Une gorgée de “Pelure d’Oignon”, et c’est tout le nomadisme celte des Johnnies Roscovites, partant sur des embarcations de fortunes pour aller vendre leurs oignons roses, qui descend dans votre gosier ! Et si l’on se plonge attentivement sur la contre étiquette, qui vaut également son pesant d’Alka Setzer, on comprend la fascination que peut exercer cette bouteille sur tout amateur de poésie : « Remarquable par sa splendide robe tuilée, le Pelure d’oignon exprime toute la fougue et la chaleur d’un vin rosé ». Car c’est bien de ça dont il est question ici, l’amateur de “Pelure d’Oignon” ne cherche pas bêtement une boisson alcoolisée, mais une allégorie liquide de la fougue et de la chaleur !
A votre santé.